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Tout le monde peut crier. Encore faut-il savoir le faire. Qu’il exprime la joie, la peur, la rage, la douleur ou l’extase, un cri nous saisit toujours par surprise. Fulgurant, insondable, il jaillit dans l’espace comme une chose étrangère, capable de tétaniser, d’hypnotiser, de percer les tympans d’autrui. Voire de faire vaciller l’ordre du réel. Car le cri a ses secrets que le langage ignore. Ce documentaire se propose de les explorer. Si nous tenons à un minimum d’équilibre, remettons-nous au cri, ne perdons aucune occasion de nous y jeter et d’en proclamer l’urgence. (Cioran)

Le Cri, d’Edvard Munch (1893)
Le Cri, d’Edvard Munch (1893)

Un documentaire de Katell Guillou

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Réalisation : Céline Ters

Prise de son et mixage : Claire Levasseur

C’était une nuit apparemment comme les autres. L’été touchait à sa fin il faisait encore chaud. La fenêtre était restée ouverte sur la rue. Je m’étais endormie tard, très tard, l’esprit légèrement embrumé par le vin. Je rêvais. Je rêvais d’une chambre sous les combles d’un amour interdit d’une vitre couverte de buée sur laquelle s’inscrivaient des chiffres énigmatiques… Le parquet craquait – ne me trouvais-je pas dans une chambre de bonne, sous les toits ? Il craquait vraiment. Je me réveillai. C’est alors que je vis s’avancer lentement vers moi, dans le noir, une ombre fantomatique.

Le cri qui surgit soudain de ma gorge ne m’appartenait pas. Il venait du plus profond de moi, de bien plus loin que moi. Un cri primaire, primal. Archaïque. Etranger à moi-même comme était étrangère cette présence obscure dans la nuit, entrée par effraction dans mon appartement.

Le cambrioleur s’enfuit en sautant par la fenêtre – j’habite au premier étage, pas sous les combles. Mais le hurlement formidable qui avait jailli de mon corps a continué de résonner longtemps dans ma poitrine, dans ma tête, dans mes yeux exorbités par l’effroi, dans le dessin de ma bouche aussi déformée que celle du fameux tableau d’Edvard Munch.

Cette expérience troublante est le point de départ de ce documentaire autour d’un phénomène à la fois naturel et mystérieux, intime et universel : le cri.

D’où sort-il ? Comment le définir ? Qu’est-ce qui cherche à se dire à travers lui ?

Quelle vérité recèle-t-il qui serait inaccessible au langage articulé ?

Quels pouvoirs que la voix seule ignore ?...

C’est à ces questions que ce documentaire tente d’apporter des réponses, en interrogeant notamment des professionnels de la voix ayant été confrontés, de par leur activité, au défi et à l’énigme que représente le cri, mais aussi en faisant de larges détours par le cinéma, territoire de résonance privilégié de cette forme d’expression viscérale et extrême.

Avec :

Jean Abitbol , phoniatre et médecin ORL

Anne Alvaro , comédienne

Michel Chion , enseignant-chercheur, compositeur de musique concrète

Elise Heinisch , agrégée de musique, doctorante en ethnomusicologie et chargée de cours

Jean-Pierre Laforce , mixeur cinéma

Frédérique Leichter-Flack , maître de conférence à l’université de Nanterre et essayiste

Michael Lonsdale , comédien et metteur en scène

… et les voix d’Antonin Artaud et Gilles Deleuze

Lectures :

Journal d’Edvard Munch (traduction de l’anglais par Julien Ibos-Marquant)

« L’ellipse d’un cri », de Federico Garcia Lorca (« Cante jondo », *Poésies II, * Gallimard/« Poésie »)

La Chute dans le temps , de Cioran (ed. Gallimard)

Séminaire XII , de Jacques Lacan

Le Livre de Job (traduction de Pierre Alferi et Jean-Pierre Prévost, édition Bayard, 2001)

Position de la chair , d’Antonin Artaud

ainsi que le texte écrit par Antonin Artaud à l’occasion de l’exposition de ses dessins à la galerie Pierre en juillet 1947 (in Œuvres , éd. Gallimard/« Quarto »)

Extraits de films :

King Kong , de Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack (1933)

L’Humanité , de Bruno Dumont (1999)

India Song, de Marguerite Duras (1975)

*Blow Out, * de Brian De Palma (1981)

Amour , de Michael Haneke (2012)

Rocco et ses frères , de Luchino Visconti (1960)

*Psychose, * d’Alfred Hitchcock (1960)

Soudain l’été dernier , de Joseph L. Mankiewicz (1959)

Le Tambour , de Volker Schlöndorff (1979)

*Le Cri du sorcier, * de Jerzy Skolimowski (1978)

**Musiques : **

Kiodyssea , de Jacques Derégnaucourt

Symphonie n° 5, de Dimitri Chostakovitch

Musique de scène de Gertrude (le cri) , de Gianfranco Tedeschi, pour la mise en scène de la pièce d’Howard Barker par Giorgio Barberio Corsetti (Théâtre de l’Odéon, 2009)

Lulu , d’Alban Berg

Medea , de Iannis Xenakis

Tout un monde lointain , d’Henri Dutilleux

Miserere , de Gregorio Allegri

Dolmen Music , de Meredith Monk

**Archives : **

Pour en finir avec le jugement de Dieu , création radiophonique d’Antonin Artaud (1947)

Cours de Gilles Deleuze du 17/05/1983 à l’université de Vincennes, disponible en intégralité ici : http://www2.univ-paris8.fr/deleuze/article.php3?id_article=251

Références

L'équipe

Inès de Bruyn
Collaboration