Crédit : Amandine Casadamont
Crédit : Amandine Casadamont
Crédit : Amandine Casadamont
Crédit : Amandine Casadamont
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Fukushima: récit des voyages et états des lieux; une création sonore live sur vinyles et ordinateur enregistrée en public au Club Eden à Bucarest dans le cadre du Grand Prix Nova International (prix de création radio) – diffusée en direct sur Radio 3 net.

L’idée de cette performance est d’articuler des sons enregistrés à Fukushima, des chants de contestation anti-nucléaire enregistrés face au parlement japonais avec une sélection de vinyles japonais et autres. "Mon objectif est de raconter une histoire qui puisse être écoutée par tous, sans barrière de la langue. Car le problème de Fukushima est un problème mondial." Amandine Casadamont

"Je reviens de mon troisième voyage à Fukushima. Chaque année, équipée d’un compteur Geiger, je pars faire un état des lieux des 50 km autour de la centrale. A chaque voyage je ramène des matériaux que j’articule sous une forme et un angle différent.

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1 avril 2017, les autorités "ré-ouvrent" plusieurs villes en terre irradiée. Ordre d’évacuation levé sur 4 districts (Tomioka, Namie, Iiate, Kawamata) autour de la centrale. Fin avril je fais le constat que presque personne n’est revenue, pas de boutique, pas de restaurant, pas d’habitant ou presque, à Namie la nourriture est accessible par des distributeurs automatiques disposés dans les gares de la Joban line, les stations essences et devant quelques bureaux administratifs donnant un semblant de vie à des villes inhabitées. Le train qui me conduit à ces zones de désolation se vide peu à peu. Je partage le wagon avec un mystérieux mercenaire américain, puis plus personne.

29 avril 2017 un incendie se déclenche dans une forêt de Namie, il faudra plus de deux semaines pour l’éteindre. L’accès aux forêts est interdit car elles ne sont pas décontaminées. Dispersion de particules radioactives. Le vent souffle très fort. Je m’arrête à Hirono pour l’enregistrer à travers les parois de métal d’un pont fraichement reconstruit. A Iwaki, ville dortoir des liquidateurs et des exilés du nucléaire (« Les 6 millions de Yen »), à 50 km de la centrale, mon compteur Geiger affiche brutalement 1.58 millisieverts puis redescend quelques secondes après à 0,38 msv. A Fukushima city, une amie m’emmène visiter un temple sur une colline boisée, dans mon sac, mon compteur s’affole à plusieurs reprises. Je préfère penser avoir halluciné après avoir lu 5.37 msv puis 7.49 msv. Je dis d’ailleurs à mon amie japonaise : « il bugue, ce n’est rien ». Je comprends alors que la radioactivité en plus de fonctionner par taches et se fixer sur un point, agit par rafales.

Le compteur : compteur geiger dans un parc pour enfant (Fukushima préfecture)
Le compteur : compteur geiger dans un parc pour enfant (Fukushima préfecture)
© Radio France - Amandine Casadamont

Mais les jeux olympiques approchant, le gouvernement Japonais doit faire bonne figure pour ne pas effrayer les investisseurs et "ré-ouvre" des lieux où « il est fortement recommandé de ni boire ni manger » en raison du taux de radioactivité élevé .Il me semble que le Japon et l’industrie nucléaire veulent montrer au monde comme « leur Shinkansen » va vite, au risque de le faire dérailler.

Fendre le temps. Fissurer le paysage.Les forêts vont craquer. L’océan est en larmes." Amandine Casadamont

Production déléguée : Amandine Casadamont

Prise de son : Bogdan Radut et Harald Teodorescu de Radio Roumânā

Remerciements à : Attila Vizauer, Ilinca Stilli, Oana Cristea Grigorescu, Mihnea Chelariu, Ryoji Kurihara, Janick Magne, Miyuki Ito, Pascal Besnard et Gilles Mardirossian.

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