Le sergent Wayne Jenkins (Jon Bernthal) dans "We Own This City" de David Simon, Ed Burns et George Pelecanos - © Home Box Office, Inc. All rights reserved
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Résumé

Après la série événement "The Wire" ("Sur écoute"), retour à Baltimore avec "We Own This City" et une affaire de corruption policière.

avec :

Olivier Joyard (Critique et réalisateur), Mathieu Potte-Bonneville (Philosophe, spécialiste de Michel Foucault), Ariane Hudelet (Angliciste, spécialiste de culture visuelle).

En savoir plus

Retour à Baltimore

Vingt ans après avoir révolutionné l'univers des séries télévisées avec l'inoubliable The Wire, David Simon et George Pelecanos livrent avec We Own This City une mini-série en six épisodes se déroulant de nouveau à Baltimore. L’histoire d’une bande de flics gangsters qui pensent que la ville leur appartient. Un récit de corruption policière qui a éclaboussé la police de Baltimore et étiré le lien déjà fragile entre les forces de l’ordre et la population.

We Own This City revient cette fois sur les méfaits de la Gun Trace Task Force, une unité de police ayant réellement existé. Créée en 2007, elle voit ses membres condamnés en 2017 pour corruption et racket en bande organisée. Jouant avec les lignes temporelles, la série montre le déroulé de l'enquête. Au passage, elle s'arrête sur certains personnages, tel l'implacable sergent Wayne Jenkins (Jon Bernthal), leader de la Gun Trace Task Force, ou Nicole Steele (Wunmi Mosaku), avocate du bureau des droits civils qui cherche à comprendre les agissements de cette unité.

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Si la comparaison s’impose entre We Own This City et The Wire, sa grande sœur mythique, Ariane Hudelet, maîtresse de conférences en études anglophones à l'Université de Paris et auteure de The Wire. Les règles du jeu (Presses universitaires de France, 2016), pointe les différences entre les deux séries. Selon elle, alors que The Wire avait quelque chose du mélodrame, avec des moments de pause quasiment contemplatifs, We Own This City porte une dimension "fortement journalistique (...). Les passages d’une ligne temporelle à l’autre font qu’on est constamment sous pression en tant que spectateur, il n’y a pas cette sorte de gratification qu’offrait la part de fiction de The Wire".

L'adaptation d'un livre enquête

Réalisée par Reinaldo Marcus Green (La Méthode Williams), We Own This City est adaptée du livre enquête de Justin Fenton La ville nous appartient, sorti en mars 2021 aux États-Unis et traduit en France aux éditions Sonatine. Ce livre est né de ses recherches en tant que chargé des affaires criminelles au Baltimore Sun de 2008 à 2021, poste qu'occupait auparavant David Simon. Réalisateur, scénariste et critique aux Inrockuptibles, Olivier Joyard souligne de fait que le côté documentaire et l'aspect didactique forment "des piliers" du travail de David Simon.

La question des violences policières

Avec nous également, le philosophe Mathieu Potte-Bonneville souligne un "retournement de perspective" avec We Own This City : "c’est la police qu’on regarde et non plus les gangs, et le 'policé' a changé de sens et de valeurs". On peut selon lui se concentrer sur le sens du verbe anglais to police, très présent dans The Wire et qui fait référence aux fonctions que la police est censée exercer. Dans The Wire, là où toute la pratique policière était gangrenée, "ce 'to police' tel qu’il se tricotait au ras des pratiques policières était plutôt dans une espèce de remédiation vis-à-vis des consignes aberrantes" imposées par la politique du chiffre ; "l’art de la débrouille comme maintien d’une relative rationalité, d’une 'Common decency'". Avec We Own This City, à l’inverse, se diffuse "une politique de l’illégalisme, de l’excès permanent couvert par la hiérarchie".

En outre, We Own This City fait référence à la mort de Freddie Grey des suites de violences policières en avril 2015 et aux émeutes qui ont suivi. Presque une répétition générale avant l’affaire George Floyd et Black Lives Matter, "comme si le ver était dans le fruit depuis le début" nous dit Olivier Joyard.

We Own This City est à voir sur OCS.

Pour aller plus loin

  • La conférence donnée par Mathieu Potte-Bonneville en 2012, "The Wire : qu'est-ce qu'un loser ?", dans le cadre de la troisième édition d'Un Nouveau festival est à voir ici

Extraits sonores

  • Extraits de We Own This City (David Simon et George Pelecanos)
  • "Way Down in the Hole", Tom Waits, Frank's Wild Years (1987)
Références

L'équipe

Romain de Becdelièvre
Romain de Becdelièvre
Laura Dutech-Perez
Collaboration
Juliette Marcaillou
Collaboration