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Où l'on apprend que Jérusalem n’était pas, au milieu du XIXe siècle, une bourgade à l’abandon.

Ni un établissement humain où sévissaient la dissension communautaire et la guerre larvée des identités. Loin de la division actuelle, la ville a connu l’émergence d’une identité citadine partagée par tous. C’était sous l’effet des réformes portées par les *Tanzimet * à l’Etat ottoman depuis les années 1830. L’esprit municipal a ainsi été expérimenté à Jérusalem dès les années 1860 avant d’être universalisé par l’administration impériale une décennie plus tard. C’est dans cette institution municipale que se retrouvent les multiples entités qui peuplent la ville. Musulmans, juifs, chrétiens y collaborent.

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Et c’est dans ce partage qu’ont été conduites la modernisation de la ville et son extension hors les murs. Parcs, adduction d’eau courante, kiosques, municipalité, théâtre, hôpital ont été créés. De nouveaux quartiers furent bâtis selon des principes urbanistiques obéissant aux normes européennes contemporaines. Une ligne de chemin de fer rapprocha Jérusalem de son débouché maritime Jaffa, ce qui a désenclavé la ville. Cette dynamique a fait muter culturellement les familles patriciennes vers un horizon polyglotte et cosmopolitique. La bibliothèque de la famille Khalidi en témoigne. La ville a été vivifiée. Ainsi est-elle passée en un demi-siècle d’une population de 15.000 habitants à 75.000. Le miracle d’une telle mutation a eu lieu dans la zone temporelle dont l’axe est 1900.

Et c’est la ranimation de l’exclusivisme identitaire pendant le mandat britannique, entre sionisme et nationaliste palestinien, qui a recouvert cette heureuse séquence historique. Or, il importe de retrouver ce temps de convivance où s’est exercée la modernité, dans la traversée des clôtures identitaires. Car cet hier, que nous restaure l’historien, porte en lui la promesse d’un lendemain où, de nouveau, rayonnerait le partage.

Bibliographie :

Vincent Lemire, *Jérusalem 1900, La ville sainte à l’âge des possibles, * Armand Colin, 2012