France Culture
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Il est possible d’écrire une histoire de la guerre d’Algérie à partir des profuses archives rassemblant le point de vue des intellectuels.

Ceux-ci ont participé activement à des débats, ont défendu des causes, ont mené des combats qui rendent plus complexe la distinction entre une gauche acquise à l’indépendance et une droite partisane de l’Algérie française. Dès avant le déclenchement de la guerre, le 1er novembre 1954, bien des prises de positions ont été prémonitoires, notamment celles de Jean Amrouche, puis de Mounier, Ricoeur, Camus. Les plus grands noms des deux rives ont participé à ce débat intensément entretenu au quotidien, de Sartre à Raymond Aron, de Jean Paulhan à René Char, de Malraux à Mauriac, d’Edgar Morin à Aragon, d’Aimé Césaire à Pierre Guyotat.

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S’y ajoutent les voix qui se sentent charnellement concernées par l’être algérien, telles celles d’Albert Camus, Emmanuel Roblès, Kateb Yacine, Mouloud Feraoun, Gabriel Audisio, Mouloud Mammeri auxquelles s’adjoint l’engagement de Frantz Fanon.

Parmi les voix conciliatrices, nous retenons celle de Pierre Nora, prolongée par la réaction de Jacques Derrida, alors jeune philosophe. L’implication de Blanchot fut aussi grande, à côté de Marguerite Duras, Antelme, Mascolo. Claude Simon, Nathalie Sarraute ont eux aussi pris leur part. Les revues et leurs directeurs n’étaient pas en reste.

Puis il y a eu la guerre des communiqués et des manifestes répartis entre trois tendances : celle qui prend fait et cause pour l’indépendance celle qui cherche une voix médiane, réconciliatrice, tenant compte de la survie de toutes les communautés et celle qui espère conserver l’ordre colonial quitte à le réformer et à l’accommoder à la nouvelle conjoncture. Beaucoup de ces intellectuels étaient inquiets par trois dérives perceptibles dans la politique et l’action conduite par le FLN :

  1. La violence et le terrorisme 2. le nationalisme 3. la répulsion que suscite la promesse théocratique.

Toutefois, l’intensité du débat n’a pas dénoué le nœud qui s’est constitué entre l’Algérie et la France le long d’une histoire violente, dure, séculaire, où la part de l’irréconciliable demeure jusqu’à ce jour malgré la mêlée de tant de destins sur l’une et l’autre rive.

Bibliographie :

Catherine Brun et Olivier Penot-Lacassagne, *Engagements et déchirements, les intellectuels et la guerre d’Algérie, * Gallimard et imec éditeur, 2012