Sétif le 8 mai 1945
Sétif le 8 mai 1945
Sétif le 8 mai 1945
Sétif le 8 mai 1945
Sétif le 8 mai 1945
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Résumé

En 2021, le gouvernement algérien a instauré une "Journée annuelle de la Mémoire" en souvenir des massacres du 8 mai 1945 perpétrés par l'armée Française en Constantine. Que représente cette date en Algérie ?

avec :

Jean-Pierre Peyroulou (Spécialiste de l'histoire de l'Algérie, auteur), Laetitia Bucaille (Professeure de sociologie et vice-présidente l'Inalco,chercheuse au Centre d'études en sciences sociales sur les mondes africains,américains et asiatiques (CESSMA).), Matthieu Rey (Chercheur, agrégé d'Histoire).

En savoir plus

Depuis le 23 juin 2021, le 8 mai est officiellement journée nationale du souvenir en Algérie. Une officialisation qui peut sembler tardive pour un événement d’une telle ampleur. Le 8 mai 1945, des mouvements nationalistes algériens saisissent l’occasion des défilés célébrant la victoire des Alliés contre l’Allemagne nazie pour organiser des manifestations indépendantistes, dans différentes villes du département de Constantine. La France leur oppose une répression meurtrière durant plusieurs semaines, dont le bilan total reste incertain, mais se compte en dizaine de milliers de victimes. Pour beaucoup d’historiens, cet épisode constitue le prélude à l’insurrection de 1954, qui déclenche la guerre d’Algérie. Et c’est celle-ci, victorieuse, qui sera commémorée en priorité par le jeune État algérien durant les premières années de son existence. Pour le FLN au pouvoir, la tentative insurrectionnelle de 1945 n’a pas la même valeur politique : d’une part, car elle a échoué, de l’autre, car elle rappelle l’existence de mouvements nationalistes algériens antérieurs, portés par Messali Hadj ou Ferhat Abbas. Mais au tournant des années 1990-2000, la mémoire de ces massacres s’est faite de plus en plus présente.

Que représente le 8 mai 1945 en Algérie ? Comment expliquer le retour progressif de cette date sur le devant de la scène ? Dans quelle mesure son interprétation fait-elle consensus de part et d’autre de la Méditerranée ?

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Florian Delorme reçoit Jean-Pierre Peyroulou, professeur agrégé et docteur en histoire et Laetitia Bucaille, professeure de sociologie et vice-présidente de l’Inalco.

"En Algérie, le 8 mai 1945 a longtemps été mis au second plan car parler de cette date c’était parler de ce qu’il s’est passé avant l’existence du FLN, créé en 1954, et surtout parler des mouvements concurrents qui portaient le nationalisme algérien à cette époque, à l’image du Parti du Peuple de Messali Hadj, et que le FLN a, par la suite, éliminés" explique Laetitia Bucaille.

"Dans les années 80, le 8 mai 1945 est plus présent dans la mémoire française que dans la mémoire algérienne : dans le prolongement du mouvement antiraciste se créent en France des associations qui vont entretenir le souvenir de ces massacres. Mais dans les années 90, l’Algérie connait une brève démocratisation qui permet d'ouvrir le champ historique et mémoriel. La mémoire des massacres du 8 mai est alors ressuscitée" observe Jean-Pierre Peyroulou.

Le focus du jour

Mai 1945 : Quand la France bombardait Damas

Le Général de Gaulle à Beyrouth au Levant le 29 juillet 1941
Le Général de Gaulle à Beyrouth au Levant le 29 juillet 1941
© Getty - Keystone-France\Gamma-Rapho

En Syrie, le 29 mai 1945, 21 jours après les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, des manifestations indépendantistes réclamant la fin du mandat français, institué par la Société des Nations au lendemain de la Première Guerre mondiale, sont brutalement réprimées par le gouvernement du Général de Gaulle. L’ordre est alors donné aux troupes françaises de bombarder Damas et son Parlement, provoquant la destruction d’une partie de la ville et la mort de nombreux syriens. Retour sur cet événement oublié de la mémoire française mais aussi syrienne.

Avec Matthieu Rey, directeur des études contemporaines à l’Institut Français du Proche-Orient Beyrouth et chercheur au CNRS

"En 1945 on se retrouve face à deux lectures antagonistes de la situation au Levant : pour les Français, la Syrie est toujours un territoire mandataire faisant partie intégrante de l’Empire colonial français que le général de Gaulle a promis de restituer. Mais pour les Syriens, l’indépendance est la finalité logique du processus de dévolution des pouvoirs de la France vers la Syrie qui a commencé quelques années plus tôt. Cette situation explique que les manifestations indépendantistes aient été réprimées si brutalement par l'armée française." analyse Matthieu Rey.

Bibliographie

  • Jean-Pierre Peyroulou :

- Histoire de l’Algérie depuis 1988, La Découverte, 2020

- Histoire de l’Algérie à la période coloniale. 1830-1962, La Découverte 2014

- Guelma, 1945. Une subversion française dans l’Algérie coloniale, La Découverte, 2009

  • Laetitia Bucaille :

- Le pardon sans la rancœur. Algérie/France, Afrique du Sud : peut-on enterrer la guerre ?, Paris, Payot & Rivages, 2010

  • Matthieu Rey :

- Histoire de la Syrie (XIXe-XXIe siècle), Paris, Fayard, 2018

Références sonores

  • Témoignages d’Algériens qui ont participés dimanche dernier à la marche dans le cadre de la journée de la mémoire à Sétif (Ennahar Tv Plus, 08 mai 2022)
  • L’écrivain Kateb Yacine racontait en 1982 comment à l’âge de 15 ans il avait lui-même vécu la répression de la manifestation à Sétif dans le documentaire Déjà le sang de Mai ensemençait Novembre de René Vautier
  • Le réalisateur Mehdi Lallaoui recueille les témoignages d’Illès Abdallah, l’un des manifestants, et celui de Madame Picard, l’épouse d’un officier français, qui relatent le massacre qui a eu lieu à Guelma le 8 mai 1945
  • Extrait du discours de François Hollande le 20 décembre 2012 dans lequel il reconnaît "les souffrances que la colonisation a infligées au peuple algérien" (France Info, 20 décembre 2012)
  • Extrait d’un reportage vichyste à propos des combats qui opposent en Syrie les troupes restées fidèles au Maréchal Pétain aux troupes franco-anglaises (INA, 08 août 1941)

Références musicales

  • EQ de Bab (Label : Afrobotic Musicology)
  • Musique de fin : Souâl de Djazia Satour (Label : Alwane Music)
28 min
33 min
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation
Clément Perrier
Collaboration