Une marche sous le slogan "solidaires dans la crise", dénonçant la dépendance aux énergies fossiles et le manque de sécurité sociale à Berlin, le 22/10/22
Une marche sous le slogan "solidaires dans la crise", dénonçant la dépendance aux énergies fossiles et le manque de sécurité sociale à Berlin, le 22/10/22 ©AFP - John Macdougall
Une marche sous le slogan "solidaires dans la crise", dénonçant la dépendance aux énergies fossiles et le manque de sécurité sociale à Berlin, le 22/10/22 ©AFP - John Macdougall
Une marche sous le slogan "solidaires dans la crise", dénonçant la dépendance aux énergies fossiles et le manque de sécurité sociale à Berlin, le 22/10/22 ©AFP - John Macdougall
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Conformément aux promesses du chancelier allemand, le Parlement votait en juin une hausse du salaire minimum désormais fixé à 12 euros/heure. Une mesure saluée en temps de crise inflationniste mais qui demeure insuffisante pour contenter les syndicats, mobilisés face à la hausse du coût de la vie.

Avec
  • Thomas Grjebine économiste au CEPII (centre de recherche et d’expertise sur l’économie mondiale), travaille sur les effets de la fiscalité et sur les cycles immobiliers.
  • Brigitte Lestrade Professeur émérite de civilisation allemande contemporaine à l’Université de Cergy-Pontoise
  • José Reis Professeur d’économie à l’université de Coimbra

La « solidarité nationale » pour passer l’hiver, comme on l'appelle en Allemagne, consiste à la fois en des mesures d’urgence pour plafonner les prix de l’énergie, dans un pays jusque-là très dépendant au gaz russe et en l’augmentation du salaire minimum légal à 12 euros de l’heure. C’était une promesse de campagne du Premier ministre social-démocrate Olaf Scholz mais c’est surtout ce qu’impose aujourd’hui l’urgence sociale : en Allemagne l’inflation atteignait 10% en octobre, dans un pays où 7 millions de personnes vivent de « mini-jobs ». Cet interventionnisme du gouvernement bouscule le modèle allemand qui laisse habituellement les syndicats et le patronat discuter entre eux. Il ne suffit néanmoins pas à rasséréner un climat social tendu marqué par de nombreuses grèves du secteur aérien au secteur social en passant par le cœur de la puissance industrielle allemande : l’automobile et la métallurgie. Les salariés y demandent des augmentations de salaire. Ce nouveau modèle délaisse aussi pour l’instant toute une frange des nouveaux précaires allemands des années Schröder, entre retraités pauvres et femmes au foyer...

Comment la première économie d’Europe peut-elle encaisser le choc inflationniste ? L’inhabituel interventionnisme de l’Etat peut-il redéfinir le modèle social allemand ?

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Pour répondre à ces questions, Julie Gacon reçoit Thomas Grjebine, économiste responsable du pôle macroéconomie et finance internationale du Centres d’Etudes Prospectives et d’Informations Internationales (CEPII) et Brigitte Lestrade, professeure émérite de civilisation allemande contemporaine à l’Université de Cergy-Pontoise.

"Depuis des décennies, il n'y jamais eu une telle hausse des prix en Allemagne. Même dans les années 70, l'inflation s'élevait à 5% environ. Or aujourd'hui elle tourne plutôt autour de 10%. Il y a un traumatisme allemand vis-à-vis de l'inflation issu de 3 causes : l'hyperinflation de la république de Weimar datant de 1923, le vieillissement très fort de la population - un retraité étant beaucoup plus sensible à une hausse des prix car leurs retraites ne sont pas indexées sur l'inflation - et pour finir la crise du modèle industriel allemand qui est très lié à la modération salariale depuis la fin de la Seconde guerre mondiale",  commence Thomas Grjebine.

"Habituellement l'Etat reste en retrait par rapport à ce qui se passe entre les partenaires sociaux. Il faut vraiment qu'il y ait une grave crise comme aujourd'hui pour qu'il se mobilise en faveur des salariés. Le gouvernement essaie néanmoins de renforcer sa protection envers cette part croissante de la population qui n'est plus couverte ni par un contrat de travail stable ni par la protection des syndicats, comme le cas des "mini-jobs", cette frange de la population qui s'accroît aujourd'hui en Allemagne.", observe Brigitte Lestrade.

Seconde partie : le focus du jour

Portugal : répondre à la grogne avec la politique des « bas salaires »

Depuis l’arrivée d’Antonio Costa à la tête du gouvernement en 2015, le “miracle économique” portugais a été loué par les observateurs : investissements publics ciblés, création d’emplois massive dans les services, cette belle mécanique a été enrayée par la pandémie. Face au retour du chômage, aux bas salaires et à la poussée inflationniste, le Portugal est le pays où la pauvreté a le plus augmenté en Europe en 2021. Les socialistes au pouvoir tentent d’y répondre avec des recettes comparables à celles employées en Allemagne : l’augmentation du salaire minimum et des fonctionnaires, actée au mois d’octobre.

Avec José Reis, professeur d’économie à l’université de Coimbra.

"Dans le cas de l'Allemagne il y a une protection du modèle industriel, de la compétitivité allemande, de la capacité d'exportation. Mais dans le cas du Portugal, il y a la protection d'un modèle de services, donc de secteurs à faible productivité et où les salaires sont faibles. Après 2015, le Portugal a œuvré en faveur d'une augmentation importante de l'emploi et même des salaires, mais surtout dans le secteur des services.", analyse José Reis.

Références sonores

  • Face à l'inflation galopante, des Allemands se tournent vers les banques alimentaires ( euronews - 19/06/22)
  • Olaf Scholz annonce devant le Parlement le lancement d’un premier plan de lutte contre l’inflation ( Zeit - 01/06/22)
  • Yasmin Fahimi, présidente de la Confédération des syndicats allemands (DGB), se réjouit des mesures prises dans le cadre de l’action concertée prônée par le gouvernement ( ntv Nachirchten - 31/10/22)
  • Allemagne : vers un hiver de la colère ? ( C dans l'air - 13/10/22)
  • Allemagne : l'économie plombée par l'inflation ( C dans l'air - 01/10/22)
  • Allemagne : la colère des retraités ( Youtube - 06/10/18)
  • La grogne monte au Portugal face à une vie de plus en plus chère ( RFI - 16/10/22)

Références musicales

  • "Come to dust" de Boards of Canada
  • "Ohne Benzin" de Domiziana (2022)

Une émission préparée par Barthélémy Gaillard et Julie Ducos.

L'équipe

Julie Gacon
Julie Gacon
Julie Gacon
Production
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Bertille Bourdon
Collaboration
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Vivian Lecuivre
Réalisation
Julie Ducos
Stagiaire