Le hashtag "Ni Una Menos" projeté sur le palais présidentiel chilien lors d'une manifestation contre les violences faites aux femmes à Santiago le 19/10/16
Le hashtag "Ni Una Menos" projeté sur le palais présidentiel chilien lors d'une manifestation contre les violences faites aux femmes à Santiago le 19/10/16 ©AFP - Claudio Reyes
Le hashtag "Ni Una Menos" projeté sur le palais présidentiel chilien lors d'une manifestation contre les violences faites aux femmes à Santiago le 19/10/16 ©AFP - Claudio Reyes
Le hashtag "Ni Una Menos" projeté sur le palais présidentiel chilien lors d'une manifestation contre les violences faites aux femmes à Santiago le 19/10/16 ©AFP - Claudio Reyes
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En 2021, le Nicaragua vote une loi inédite prévoyant la perpétuité pour les féminicides. Si la pandémie a révélé une fois encore les chiffres élevés de violences conjugales et de féminicides en Amérique latine, les voix des militantes derrière #NiUnaMenos semblent se faire, petit à petit, entendre.

Avec
  • Axel Nogué Doctorant en histoire contemporaine au laboratoire FRAMESPA (France, Amériques, Espagne) de l’Université Toulouse 2 Jean Jaurès
  • Tania Romero Barrios Doctorante en études hispaniques et études de genre à l'université Paris-VIII
  • Laura Cahier Doctorante en droit international et spécialisée en droits humains à Aix-Marseille université et enseignante à Sciences-po Lyon

Ni una menos – pas une de moins en français — a rassemblé des centaines de milliers d’Argentins contre les féminicides après le viol et l’assassinat d’une enfant et d’une jeune fille en 2015. Deux ans avant #MeToo, un mouvement d’une ampleur inédite traversait le continent. Du Chili au Mexique en passant par le Pérou, le mot d’ordre a essaimé, réactivant une internationale féministe sud-américaine dont l’écho a porté jusqu’en Europe et aux Etats-Unis. Sept ans après ces mobilisations monstres, plusieurs avancées notables témoignent des batailles remportées par les militantes féministes : droit à l’avortement légalisé en Argentine, victoire d’une alliance de gauche à la pointe des questions de genre au Chili, ou encore perpétuité pour les auteurs de féminicides au Nicaragua.

Comment Ni Una Menos et Me Too se sont-ils articulés, mutuellement nourris, et comment ont-ils contribué à l’inscription des enjeux féministes dans l’agenda politique des sociétés latino-américaines ? Quelles solidarités, coopérations et synergies les mouvements féministes de chaque pays ont-ils mis en place pour faire triompher leur cause sur le continent ? À l’inverse, quelles résistances ont-ils rencontrées sur des questions hautement symboliques telles que le droit à l’avortement dans des sociétés marquées par un héritage religieux et politique conservateur ?

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Pour répondre à ces questions, Florian Delorme reçoit Tania Barrios Romero, doctorante en études hispaniques et en études de genre à l'université Paris-VIII.

"Tout ce bagage politique et d'organisation des associations féministes qui date de la période post-dictature en Argentine notamment, a permis d'articuler et d'être le fer de lance de ce qui deviendra par la suite ce mouvement à l'échelle régionale, puis à l'échelle internationale", explique Tania Barrios Romero.

Deuxième partie - Féminisme chilien : entre défaite constitutionnelle et victoire politique

Des femmes manifestent pour les droits humains lors d'une marche pour demander la tenue d'une nouvelle assemblée constituante à Santiago, Chili, le 14/09/22
Des femmes manifestent pour les droits humains lors d'une marche pour demander la tenue d'une nouvelle assemblée constituante à Santiago, Chili, le 14/09/22
© AFP - Martin Bernetti

Le 4 septembre dernier, 62 % des citoyens chiliens rejetaient le projet de nouvelle Constitution. Un texte porté par Gabriel Boric et le Frente Amplio, la coalition de gauche arrivée au pouvoir en mars 2022, et marqué par les préoccupations féministes telles que le droit à l’avortement ou l’éducation sexuelle. Pourquoi un pays pourtant extrêmement investi dans le mouvement Ni Una Menos s’est-il massivement opposé à ce texte ? Et cette défaite constitutionnelle est-elle un aveu d’échec politique complet pour le féminisme de gauche ?

Avec Axel Nogué, doctorant en histoire contemporaine au laboratoire FRAMESPA de l’Université Toulouse 2 Jean Jaurès.

"Le mouvement féministe chilien sera un acteur central dans les prochains mois pour la définition d'un nouveau pacte constitutionnel", affirme Axel Nogué.

Pour aller plus loin :

Axel Nogué est coauteur avec Franck Gaudichaud de l'article " Sans féminisme, il n’y a pas de démocratie" : réflexion sur le nouvel élan des mobilisations féministes au Chili paru dans la Revue internationale et stratégique en 2020.

Troisième partie - Guatemala : la justice alternative contre les féminicides d’Etat

Les juges du deuxième Tribunal de Conscience contre les violences faites aux femmes au Guatemala rendent leur décision à Guatemala, le 26 juin 2019
Les juges du deuxième Tribunal de Conscience contre les violences faites aux femmes au Guatemala rendent leur décision à Guatemala, le 26 juin 2019
- Laura Cahier

En 2022, des femmes victimes de violences durant la guerre civile du Guatemala obtiennent justice alors que sont condamnés des ex-militaires, leurs agresseurs. Et ce n’est qu’une petite victoire sur le long chemin du combat contre les violences faites aux femmes dans lequel se sont engagées les femmes guatémaltèques dès la fin de la guerre civile. Le militantisme fervent de ces femmes, accompagné d’un contexte régional en ébullition avec #NiUnaMenos - entre autres mouvances féministes - les ont conduits à réaliser deux tribunaux de conscience, dont un en 2019. Quel rôle de cette forme de justice alternative dans un contexte national, régional, et mondial, de libération de la parole des femmes et dans le combat contre l’impunité ?

Avec Laura Cahier, doctorante en droit international et spécialisée en droits humains à Aix-Marseille université et enseignante à Sciences-po Lyon.

"Un des effets indirects de ces tribunaux de conscience est l'ouverture d'un espace de parole et la normalisation du fait de dénoncer la violence", observe Laura Cahier.

Pour aller plus loin :

Vous pouvez consulter en ligne l'article de Laura Cahier intitulé L’expérience des tribunaux de conscience contre les violences sexuelles au Guatemala : vers une récupération de la justice par les femmes autochtones.

Références sonores

  • Argentine : la révolte des femmes ( ARTE -07/10/19)
  • Perú rechaza la violencia contra la mujer con multitudinaria marcha ( Agencia Efe - 14/08/16)
  • Mexique : Bloque Negro, la révolution féministe ( ARTE - 09/08/21)
  • Argentine : avancée historique pour le droit des femmes à l'IVG ( Brut - 14/06/18)
  • Argentine : explosion de joie à Buenos Aires après la légalisation de l'avortement ( Le Parisien - 30/12/20)
  • Chili : "non" massif à une nouvelle constitution ( AFP - 05/09/22)
  • Mayan women and their fight for justice in Guatemala -June 2019 ( Laura Cahier - 13/06/20)

Références musicales

  • "Come to dust" de Boards of Canada

Préparation de l'émission

Une émission préparée par Barthélémy Gaillard et Julie Ducos.

L'équipe