Stand à la COP21 à Paris
Stand à la COP21 à Paris
Stand à la COP21 à Paris ©AFP - Patrick Kovarik
Stand à la COP21 à Paris ©AFP - Patrick Kovarik
Stand à la COP21 à Paris ©AFP - Patrick Kovarik
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Résumé

Actifs dès l'émergence de l'enjeu du réchauffement climatique dans les années 80, les lobbys n'ont jamais ménagé leurs efforts pour orienter les politiques climatiques européennes ou américaines voir même pour nier les conséquences du réchauffement. Quelles sont leurs stratégies ?

avec :

Antonin Pottier (chargé de recherche au Cerna, École des Mines, auteur de "Comment les économistes réchauffent la planète" (Seuil)).

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Selon les ONG, lors de la COP26 qui s’est tenu en automne 2021, étaient présents plus de 500 lobbyistes du charbon, du gaz et du pétrole. « Si l’industrie des combustibles fossiles était un pays, elle aurait de loin le plus grand nombre de délégués » a résumé Global Witness. Cette présence n’est pas nouvelle, et ne se limite pas à l’arène des négociations internationales sur le climat. En effet, dès l’émergence de l’enjeu du réchauffement sur la scène scientifique et politique, dans les années 1980, les entreprises les plus émettrices de gaz à effet de serre se sont emparées de cette problématique avec l’objectif de semer le doute sur l’existence même du changement climatique, à grand renforts de think-tank et autres coalitions, largement financées aux Etats-Unis par Exxon et d’autres majors des hydrocarbures. L’établissement d’un relatif consensus scientifique a par la suite conduit ces entreprises à changer de stratégie : il ne s’agit plus désormais de nier, mais de proposer des solutions qui leur sont favorables, quitte à ce qu’elles soient inefficaces. C’est ainsi que les groupes d’intérêts se retrouvent par exemple aux premières loges à Bruxelles, pour orienter les politiques climatiques européennes.

Comment les lobbies industriels interviennent-ils concrètement au sein des négociations internationales sur le climat ? Qui sont ces acteurs et comment leur action a-t-elle évolué depuis les années 1980 ? Dans quelle mesure la convergence idéologique entre entreprises et gouvernements limite-t-elle l’action politique contre le changement climatique ?

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Florian Delorme reçoit Antonin Pottier, maître de conférences en économie à l’EHESS et chercheur associé au Centre Marc Bloch à Berlin et Amandine Orsini professeure en science politique à l’Université Saint Louis Bruxelles. 

"Le travail d’influence des lobbys ne se limite pas à l'action sur la décision politique. C'est aussi des stratégies de communication qui consistent à présenter les entreprises, non pas comme des sources de pollution, mais comme des acteurs de changement et des porteurs de solution" analyse Antonin Pottier

"La principale proposition des lobbys des énergies fossiles est le « net zero » : l’idée qu'il est possible de continuer à produire des émissions de gaz à effets de serre, à condition de les compenser par des efforts climatiques. Mais aujourd’hui on ne maitrise pas les technologies de compensation" observe Amandine Orsini.  

Seconde partie : le focus du jour

Le GIEC, cible des lobbies depuis 1988

30ème anniversaire du GIEC dans les locaux de l'UNESCO à Paris en 2018
30ème anniversaire du GIEC dans les locaux de l'UNESCO à Paris en 2018
© AFP - JACQUES DEMARTHON

Le groupe international d’experts sur le climat a été perçu dès sa création comme une menace par les entreprises productrices et consommatrices d’énergies fossiles, qui se sont appuyées sur des scientifiques climatosceptiques pour décrédibiliser ses travaux. Fuites informatiques, débats procéduraux ou coquilles dans les rapports ont ainsi été régulièrement montés en épingle pour semer le doute sur les conclusions des spécialistes.

Avec Kari de Pryck, chercheuse en science politique au laboratoire PACTE de l’Université Grenoble Alpe.

"Dès les années 90, les lobbys américains ont cherché à influencer le GIEC au sein de la Coalition Globale pour le climat qui regroupait des industries des énergies fossiles. Ils travaillaient très étroitement avec les délégations américaine et saoudienne pour remettre en question les conclusions du GIEC sur la réalité anthropique des changements climatiques" explique Kari de Pryck

Références sonores 

  • Alexandria Ocasio-Cortez dénonçait les lobbies et les conflits d’intérêts qui ont cours aux Etats-Unis lors d’une séance au Congrés (Brut, 08 février 2019)
  • Témoignage d’un manifestant d’Extinction Rébellion en marge de la dernière COP qui s’est tenue à Glasgow (Natura sciencs, 03 novembre 2021
  • Le représentant démocrate Ro Khanna demande aux PDG des compagnies pétrolières Exxon de quitter l’American Petroleum Institute, un lobby qui selon lui est responsable du non-développement de la voiture électrique (The Washington Post, 28 octobre 2021)
  • Extrait de la conférence de presse de Jim Skea, co-président du groupe de travail III du GIEC, qui publiait le dernier volet de son rapport début avril (AFP, 05 avril 2022)

Références musicales 

  • « Hannibal » de Caribou (Label : City Slang)
  • « A Better Tomorrow » du Wu Tang Clan (Label : Warner Bros)
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Production déléguée
Vincent Abouchar
Réalisation