Des manifestants brandissent des photographies d'Aung San Suu Kyi, détenue, lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire birman, devant l'ambassade du Myanmar à Bangkok, le 8 février 2021.
Des manifestants brandissent des photographies d'Aung San Suu Kyi, détenue, lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire birman, devant l'ambassade du Myanmar à Bangkok, le 8 février 2021.
Des manifestants brandissent des photographies d'Aung San Suu Kyi, détenue, lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire birman, devant l'ambassade du Myanmar à Bangkok, le 8 février 2021. ©AFP - MLADEN ANTONOV
Des manifestants brandissent des photographies d'Aung San Suu Kyi, détenue, lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire birman, devant l'ambassade du Myanmar à Bangkok, le 8 février 2021. ©AFP - MLADEN ANTONOV
Des manifestants brandissent des photographies d'Aung San Suu Kyi, détenue, lors d'une manifestation contre le coup d'État militaire birman, devant l'ambassade du Myanmar à Bangkok, le 8 février 2021. ©AFP - MLADEN ANTONOV
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Résumé

Aung San Suu Kyi avait décidé de faire confiance à l’armée birmane, qu’elle avait pourtant passé des décennies à combattre. A l'heure où des manifestants se mobilisent à travers la Birmanie pour sa libération, comment expliquer le décalage entre sa popularité domestique et sa perte de légitimité ?

avec :

Bénédicte Brac de la Perrière (ethnologue, spécialiste de la Birmanie, chercheuse au CNRS – CASE (Centre Asie du Sud-Est).), Marie-Sybille de Vienne (professeur à l'Inalco), Olivier Guillard (directeur de recherche Asie à l'IRIS, directeur de l'information chez CRISIS24.).

En savoir plus

Aung San Suu Kyi avait décidé de faire confiance à l’armée birmane, qu’elle avait pourtant passé des décennies à combattre, au moment d’amorcer la transition démocratique du pays. Aux manettes des transformations de son pays, elle avait réussi à y faire triompher son parti aux élections de 2015, et plus encore lors des élections de novembre 2020. 

Or pour la démocratie birmane - qui est toujours en construction -, le pouvoir civil reste limité face à celui des militaires, quel que soit le verdict des urnes. Aung San Suu Kyi, qui espérait, au cours de son mandat, faire aboutir des processus de paix engagés avec les nombreuses rebellions ethniques qui minent les régions périphériques du pays, n’y est pas parvenue, l’armée s’étant appliquée à freiner les discussions. 

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Mais ces échecs n’ont pas terni la popularité d’Aung San Suu Kyi sur le plan intérieur, et son parti, la Ligue nationale démocratique, a en effet obtenu une écrasante victoire aux élections de 2020. Un revers inacceptable pour les militaires, qui ont crié à la fraude et demandé un recompte des voix. Face au refus de la LND (Ligue nationale pour la démocratie, le parti d'Aung San Suu Kyi), ils ont mené début février 2021 un nouveau coup d’Etat et arrêté Aung San Suu Kyi, désormais assigné à résidence. Accusée d’avoir enfreint une loi sur les importations en se procurant des talkies walkies, elle devait être entendue aujourd’hui par un juge.

Dans quelle mesure Aung San Suu Kyi a-t-elle été flouée par l’armée birmane et ses promesses de transition démocratique ? Peut-elle sortir vainqueure de son combat contre le pouvoir militaire et remettre le pays sur la voie de la démocratisation ?

Alors que des manifestants se mobilisent depuis une dizaine de jours au péril de leur vie pour sa libération, comment expliquer le décalage entre sa popularité à l’intérieur du pays et sa perte de légitimité sur le plan international ? 

Une discussion en compagnie de Bénédicte Brac de la Perrière, chercheuse au Centre Asie du Sud Est (EHESS, CNRS, Inalco), spécialiste de la Birmanie, et d'Olivier Guillard, chercheur au CERIAS (Université du Québec à Montréal), directeur de l’information du cabinet de conseil Crisis24.

Les militaires souhaiteraient - entre diverses choses - continuer à avoir la main haute sur la gestion des affaires internationales. Soit en étant au premier rang, comme ils le sont, hélas, depuis le début du coup d'Etat ; soit, comme ils ont pu le faire lors du gouvernement de la Ligue nationale pour la démocratie, être ceux qui ont l'autorité du pouvoir sans le dire. C'est une situation qui leur conviendrait. Olivier Guillard

En laissant Aung San Suu Kyi prendre le pouvoir, les militaires ont fait le pari de la démocratisation. Une démocratisation "disciplinée" - c'est à dire qu'ils la contrôlent eux-mêmes. Et ils la contrôlent à travers la constitution du pays, qui fait conserver aux militaires les postes de ministres régaliens et un pourcentage de sièges au parlement qui leur permet de poser un veto à toute transformation de cette constitution. Or, les démocrates cherchent exactement à modifier la constitution birmane. C'est cela que les militaires ne supportent pas. Bénédicte Brac de la Perrière,

À réécouter : L'armée birmane cesse de "jouer" à la démocratie

Seconde partie - le focus du jour

Thaïlande : Thanathorn Juangroongruangkit, le businessman qui veut réformer le régime

Chemises blanches, cheveux bien coiffés, communication millimétrée : voilà la marque de fabrique de Thanathorn Juangroongruangkit. A 42 ans, cet héritier d’une grande famille d’industriels thaïlandais tente, depuis 2018 et avec persistance, de faire vaciller les pouvoirs en place en Thaïlande en tentant de porter les appels d’une certaine jeunesse – urbaine et éduquée – à réformer et non renverser la royauté. Une nuance qui est primordiale pour la jeunesse en Thaïlande : car l’armée pourrait, si les mouvements de contestation du régime et leur répression s’intensifient, justifier un nouveau coup d’Etat – ce serait alors le cinquième depuis 1991.

Alors : qui est Thanathorn ? Comment est-il devenu un personnage incontournable de l’opposition en Thaïlande ? Et surtout, comment compte-t-il continuer à représenter les intérêts de cette opposition qui persiste dans les rues de Bangkok, alors que le parti qu’il avait fondé a été dissous, et qu’il est lui-même inculpé pour lèse-majesté ?

Avec Marie-Sybille de Vienne, professeure des universités à l’INALCO et chercheuse à l’IRASEC (Institut de Recherche sur l'Asie du Sud-Est Contemporaine).

Thanathorn Juangroongruangkit, fondateur du parti (désormais dissous) Future Forward, lors d'une conférence de presse à Bangkok, le 21 janvier 2021.
Thanathorn Juangroongruangkit, fondateur du parti (désormais dissous) Future Forward, lors d'une conférence de presse à Bangkok, le 21 janvier 2021.
© AFP - LILLIAN SUWANRUMPHA

Une émission préparée par Margaux Leridon et Nicolas Szende.

Références sonores

  • Aung San Suu Kyi sur la difficile réconciliation birmane en 2018 (Extrait du documentaire « Birmanie les coulisses d’une dictature » de Karen Stokkendal Poulsen pour Arte, 2018)
  • Témoignage d’une manifestante lors d’une manifestation à Rangoun le 10 février (France 24, 10 février 2021) 
  • Manifestant à Mandalay le 04 février (France 24, 04 février 2021)
  • Extrait du discours d’Aung San Suu Kyi le 19 septembre 2017 à propos des Rohingyas (Extrait du documentaire « Birmanie les coulisses d’une dictature » de Karen Stokkendal Poulsen pour Arte, 2018)
  • Le milliardaire Thanathorn Juangroongruangkit annonce la formation de Future Forward en Thaïlande en mars 2018 (AP, 20 mars 2018)

Références musicales

  • « Burnt » par Kiasmos  (Label « Erased Tapes)
  • « Prayer to Wathoundary » du collectif birman Si Wa Project, mené par le poète et peintre Aung Soe Min
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Antoine Dhulster
Production déléguée
Benjamin Hû
Réalisation
Nicolas Szende
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation