Le premier ministre britannique Boris Johnson lors de la cérémonie de signature de l'accord de commerce et de coopération entre le Royaume-Uni et l'UE, au 10 Downing Street, le 30 décembre 2020.
Le premier ministre britannique Boris Johnson lors de la cérémonie de signature de l'accord de commerce et de coopération entre le Royaume-Uni et l'UE, au 10 Downing Street, le 30 décembre 2020. ©AFP - LEON NEAL / POOL
Le premier ministre britannique Boris Johnson lors de la cérémonie de signature de l'accord de commerce et de coopération entre le Royaume-Uni et l'UE, au 10 Downing Street, le 30 décembre 2020. ©AFP - LEON NEAL / POOL
Le premier ministre britannique Boris Johnson lors de la cérémonie de signature de l'accord de commerce et de coopération entre le Royaume-Uni et l'UE, au 10 Downing Street, le 30 décembre 2020. ©AFP - LEON NEAL / POOL
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Le 24 décembre, le Boris Johnson présentait in extremis aux Britanniques un accord avec l’Union Européenne - un moment de liesse, mais, sur fond de crise sanitaire, de courte durée pour le premier ministre britannique. Combien de temps BoJo pourra-t-il compter sur l’accord pour fédérer son pays ?

Avec
  • Catherine Marshall professeure d’histoire et de civilisation britannique à l’Université Cergy Paris, directeur du laboratoire Agora.
  • Cécile Ducourtieux Correspondante du journal Le Monde à Londres
  • Aurélien Antoine Professeur de droit public à l’Université Jean Monnet de Lyon - Saint-Étienne et fondateur de l’Observatoire du Brexit, spécialiste du droit constitutionnel britannique

Une émission présentée par Mélanie Chalandon.

C’est en jouant au Père Noël que Boris Johnson a annoncé aux Britanniques, jeudi 24 décembre, avoir enfin trouvé l’accord fixant définitivement le divorce entre l’Union Européenne et le Royaume-Uni. Dans une vidéo où il apparait plus enjoué que jamais - sapin de Noël en arrière-plan – le premier ministre a agité triomphalement, face caméra, le résultat de sa négociation : les 1200 pages, fraichement imprimées, constituant l’accord.  

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Si la mise en scène pourrait ne pas améliorer sa réputation de comique en politique, l’accord arraché in extremis est une indéniable victoire pour Boris Johnson. L’ancien maire de Londres tient sa promesse faite en 2019 lors de la campagne des législatives - celle de rendre le Brexit réalité. C’est désormais chose faite : depuis ce 1er janvier 2021, les britanniques sont à nouveau les seuls maîtres à bord. 

Mais ce triomphe pourrait être de courte durée.  Alors que son accord est déjà critiqué - notamment par les pêcheurs écossais - les britanniques semblent surtout préoccupés par la situation sanitaire du pays. Mi-décembre, une variante plus contagieuse du Covid-19 était découverte sur l’île, poussant le gouvernement à re-confiner massivement. Avec 75 000 décès, le pays est le plus touché d’Europe, et beaucoup mettent en cause une gestion désinvolte du gouvernement, notamment au début de l’épidémie.  

En 2021, le gouvernement pourra-il améliorer sa gestion de la crise sanitaire ? Passé le cap du Brexit, Boris Johnson est-il en mesure de proposer un nouvel horizon politique à ses compatriotes ? Quid de son propre avenir, alors que le parti Conservateur a été durement éprouvé par les divisions ?

Une discussion en compagnie d'Aurélien Antoine, professeur de droit public à l’Université Jean Monnet de Lyon - Saint-Étienne et fondateur de l’ Observatoire du Brexit, ainsi que de Catherine Marshall, professeure d’histoire et de civilisation britannique à Cergy Paris Université, directeur du laboratoire Agora, autrice de Political Deference in a Democratic Age - British Politics and the Constitution from the Eighteenth Century to Brexit, aux éditions Palgrave Macmillan (2021).

Si les parlementaires se sont presque tous mis d'accord pour voter l'accord, c'est pour régler un problème qu'il fallait régler au plus vite - et c'est d'ailleurs pour cela que Keir Starmer, le leader des Travaillistes pro-européen, a fini par le voter - dans le but de passer à autre chose. Catherine Marshall

Boris Johnson doit réussir à trouver une issue à la tension qui existe, au sein du Parti Conservateur, entre des Conservateurs cosmopolites, libéraux, et ouverts ; des Conservateurs provinciaux - pour lesquels la question de la souveraineté parlementaire avait beaucoup compté -; et enfin d'anciens Travaillistes du nord de l'Angleterre, qui avaient voté pour les Conservateurs en 2019. C'est là que les choses coincent : il va falloir trouver une solution pour plaire à tous, mais ce n'est pas possible. Catherine Marshall

On paye, aujourd'hui, au Royaume-Uni, des décennies de politique néolibérale de gestion du NHS (National Health Service). C'est évidemment une pandémie inédite, mais les capacités d'absorption du système de santé britannique ont été fortement réduites par des politiques de retraits massifs d'investissement dans le service public. C'était une situation si inquiétante que Boris Johnson a dû renforcer ces budgets dès mars dernier, ce qui peut paraître paradoxal pour un leader néolibéral. Aurélien Antoine

Seconde partie - le focus du jour

Burnham contre Johnson : la rébellion du Nord contre le 10 Downing Street

En octobre, Andy Burnham, le maire du Grand Manchester, accusait le gouvernement britannique de négligence avec les régions du Nord-Ouest, alors qu’un re-confinement de Manchester, mais sans le soutien économique nécessaire, était décidé. Ce faisant, il a réactivé les spectre des inégalités de développement entre le Nord et le Sud du pays depuis des décennies, et sa confrontation politique avec Boris Johnson l’a fait émerger au plan national, faisant de lui le “King of the North", le porte-voix de ceux qui veulent repenser la constitution anglaise sur le pouvoir des villes.

Avec Cécile Ducourtieux, correspondante du Monde à Londres.

Il y a une opposition, à la fois un peu fantasmée, géographique, mais aussi parfaitement économique et socio-économique, entre le nord de l'Angleterre, qui ne s'est toujours pas remis, pour certaines de ses régions, de la politique thatchérienne des années 1980, et d'une désindustrialisation massive qui n'a pas été accompagnée d'aides sociales. Ceci s'ajoute au sentiment que le Nord est délaissé au profit de Londres - qui capte encore presque un cinquième du PIB du Royaume-Uni. Cécile Ducourtieux

Le maire de Great Manchester, Andy Burnham, s'adresse aux médias lors d'une conférence de presse devant le Bridgewater Hall à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 20 octobre 2020.
Le maire de Great Manchester, Andy Burnham, s'adresse aux médias lors d'une conférence de presse devant le Bridgewater Hall à Manchester, dans le nord-ouest de l'Angleterre, le 20 octobre 2020.
© AFP - PAUL ELLIS

Une émission préparée par Bertille Bourdon.

Références sonores

  • Boris Johnson annonce dans une vidéo sur Twitter l’accord du Brexit - compte Twitter de Boris Johnson - 24 décembre 2020
  • La chambre des Lords approuve l’accord sur le Brexit – House of Lords - 30 décembre 2020 
  • Témoignage d’habitants plutôt contents de l’accord – JT France 3  25 décembre 2020
  • Des infirmiers et médecins sur la situation de crise actuelle dans les hôpitaux en Grande-Bretagne (BBC, 29 Décembre 2020) 
  • Témoignage de Ian Stanley, anesthésiste au Royal Blackburn hospital (CNN, 28 octobre 2020) 
  • Le Maire de Manchester, Andy Burnham accuse le gouvernement de sacrifier des emplois et des moyens de subsistance dans la région pour éviter un verrouillage national et pour protéger les zones les plus riches du sud (Reuters – 15 octobre 2020)

Références musicales

  • « Weight off » de Kaytranada et Badbadnotgood (Label : XL recordings)
  • « Merrie Land » de The Good, the Bad and the Queen (Label : WEA)

L'équipe

Florian Delorme
Florian Delorme
Florian Delorme
Production
Antoine Dhulster
Production déléguée
Benjamin Hû
Réalisation
Nicolas Szende
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation