Colombie : des luttes féministes au service de la paix : épisode 4/4 du podcast Des femmes dans les guerres

Une militante des FARCs manifeste pour que les accords de paix soient respectés.
Une militante des FARCs manifeste pour que les accords de paix soient respectés. ©AFP - Joaquin Sarmiento
Une militante des FARCs manifeste pour que les accords de paix soient respectés. ©AFP - Joaquin Sarmiento
Une militante des FARCs manifeste pour que les accords de paix soient respectés. ©AFP - Joaquin Sarmiento
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En 2016 un accord de paix est signé entre la guérilla FARC et le gouvernement colombien, mettant un terme à plus de cinquante ans de conflit. Cet accord a notamment pu aboutir grâce à l'implication déterminante des femmes colombiennes dans le processus de paix. Six ans après, quel bilan ?

Avec
  • Camille Boutron chercheure à l'IRSEM au sein du domaine « Défense et société » et docteure en sociologie de l’Institut des Hautes Etudes sur l’Amérique Latine (Université Paris III Sorbonne Nouvelle)
  • Jules Falquet Maîtresse de conférences HDR en sociologie à l'université Paris-Diderot (Paris 7)

En novembre 2016, la guérilla FARC et le gouvernement central de Bogota signaient un accord de paix après plus de cinquante ans de conflit. Un moment marquant pour le pays puisqu’il mettait fin à l’une des plus longues et meurtrières guerres civiles de l’histoire, mais aussi pour sa teneur résolument féministe. En effet, qu’elles soient issues de la société civile ou des rangs de la lutte armée, les femmes colombiennes ont joué un rôle déterminant pour la prise en compte des problématiques de genre dans la construction de la paix.

Six ans après, l’accord a-t-il vraiment permis de pacifier la société colombienne et de lutter contre la domination masculine qui prévaut dans le pays ? Dans quelle mesure les anciennes combattantes FARC ont-elles pu revenir à la vie civile, et quelle place occupent-elles dans la société ? Et enfin, à trois jours des élections législatives, comment le président Duque (qui ne peut se présenter pour un nouveau mandat), favorable à une révision de l’accord de paix avec les FARC, se positionne-t-il dans ce dossier ? 

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Pendant le processus de paix, plusieurs rencontres ont été organisées entre les combattantes des FARC et d’anciennes combattantes issues d’autres guérillas d’Amérique latine. Ce partage d’expérience a permis aux "guérilleras" colombiennes de réinvestir leur passé de combattantes pour en faire un gage de leur engagement politique et féministe. Camille Boutron

Le discours des FARC a toujours été plus axé sur la classe sociale que sur le genre. Mais au moment du processus de paix, on assiste à une ébullition des contacts entre les femmes issues des FARC et les mouvements féministes. Ces rencontres ont permis à la guérilla colombienne de prendre conscience du rôle majeur des femmes dans la lutte armée, et de remettre au centre les questions de genre. Priscyll Anctil Avoine

Florian Delorme reçoit Camille Boutron, sociologue, chercheuse défense et société à l’IRSEM et Priscyll Anctil Avoine, chercheur post-doctoral à l’université de Lund, directrice de la fondation Lüvo. 

Seconde partie : le focus du jour 

Savaldor : la lutte armée des femmes guérilleras 

Une combattante du FMNL embrasse son enfant en 1992
Une combattante du FMNL embrasse son enfant en 1992
© AFP - Yuri Cortez

Dans les années 80, le Salvador a été meurtri par une violente guerre civile opposant les guérillas marxistes unies au sein du Front Farabundo Martí de libération nationale, le FMLN, et la dictature militaire soutenue par les Etats-Unis. Outre son extrême brutalité, la guerre ayant causé la mort de 75 000 personnes, ce conflit se démarque par un très fort engagement des femmes salvadoriennes : au FMLN, plus d’un tiers des combattants sont des combattantes. Mais au sein de la guérilla marxiste, les « guérilleras » sont rapidement confrontées à la domination masculine et à une division très inégalitaire des tâches.

Comment s’est traduit l’engagement armé des femmes salvadoriennes au sein des guérillas marxistes ? L’expérience de la lutte révolutionnaire au Salvador a-t-elle permis d’affaiblir l'emprise patriarcale ou, au contraire, de la pérenniser ?

Pendant le processus de paix, on trouve seulement deux femmes dans la délégation de négociation du FMLN. Aucun espace n’a été prévu pour parler des questions de genre. Les femmes n’ont pas été mentionnées dans les accords de paix 1992, ce qui a encouragé l’apparition de mouvements féministes dans la société salvadorienne post-guerre civile. Jules Falquet

Avec Jules Falquet, professeure au département de philosophie à l’Université de Paris-VIII, membre du Laboratoire d'études et de recherches sur les Logiques Contemporaines de la Philosophies (LLCP) et spécialiste des mouvements sociaux en Amérique Latine et dans les Caraïbes. 

Références sonores

- Marina, ancienne combattante FARC, rappelle l’importance des femmes dans la guérilla (Nueva Colombia, 07 décembre 2018)

- La FARC Manuela Canaveral fait part des rêves professionnels qu’elle pourrait réaliser lors de son retour à la vie civile (AFP, 06 mars 2017)

- Victoria Sandino définit le concept de “féminisme insurgent” élaboré en marge des négociations de La Havane entre 2012 et 2016 (IPCPrensa, 28 septembre 2016)

- Marina, ancienne combattante FARC évoque la vie sociale qui animait la guérilla des FARC (Nueva Colombia, 07 décembre 2018)

- Témoignages d’une guérillera puis de deux femmes de guérilleros dans le village de San Lorenzo  (TF1, archive INA, reportage de Jacques Grignon Dumoulin, 22 janvier 1981)

Références musicales 

- « 3 rêves de la terapia » d’Ondatropica (Label : Soundways records)

- « Soy La Fuerza » du groupe colombien Acid Coco

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