Un cliché diffusé par le ministère grec de la Défense, le 26 août 2020, montre des navires de la marine grecque dans l'est de la Méditerranée. ©AFP - Handout / GREEK DEFENCE MINISTRY
Un cliché diffusé par le ministère grec de la Défense, le 26 août 2020, montre des navires de la marine grecque dans l'est de la Méditerranée. ©AFP - Handout / GREEK DEFENCE MINISTRY
Un cliché diffusé par le ministère grec de la Défense, le 26 août 2020, montre des navires de la marine grecque dans l'est de la Méditerranée. ©AFP - Handout / GREEK DEFENCE MINISTRY
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Résumé

La Turquie et la Grèce montrent les muscles en Méditerranée orientale. La raison ? Des réserves d'hydrocarbures dans la zone, auxquelles vient s'ajouter la découverte récente de gisements de gaz naturel. Une situation qui pousse à réfléchir aux enjeux que posent les frontières maritimes.

avec :

Pierre Razoux (Directeur académique de l'Institut Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (FMES)), Cyrille Coutansais (directeur de recherche au Centre d'études stratégiques de la Marine (CESM)), Marianne Péron-Doise (Directrice du programme « Sécurité maritime internationale » de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM)).

En savoir plus

Les espoirs d’accalmie se sont vite évanouis entre la Turquie et la Grèce en Méditerranée orientale, où les deux pays sont à couteaux tirés depuis le début de l’été. Ankara y a de nouveau déployé, la semaine dernière, son navire de recherche sismique Oruç Reis, en dépit des protestations d’Athènes et de Nicosie, à qui le président Erdogan à menacé « d’apporter (…) la réponse qu’elles méritent ». 

Au cœur de cette rivalité entre deux Etats-membres de l’OTAN, le gaz naturel découvert dans la zone il y a quelques années. Les hydrocarbures attisent la convoitise des différentes parties prenantes, nourrissant le discours expansionniste de la Turquie, qui revendique depuis quelques mois une « Patrie bleue » dépassant largement ses frontières maritimes. Celles-ci ne sont de toute façon pas fixées pour la Turquie, qui n’a jamais ratifié la convention onusienne de Montego Bay sur le droit de la mer. 

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Pourtant, au-delà des démonstrations de force et des intimidations, les différentes parties seront obligées de s’entendre si elles veulent exploiter un jour ces réserves naturelles, qu’aucune compagnie énergétique ne voudra prendre en charge si la zone n’est pas juridiquement stabilisée. Cette réalité a d’ailleurs récemment poussé au pragmatisme deux ennemis qui semblaient au moins aussi peu réconciliables que la Turquie et la Grèce : Israël et le Liban. Encore techniquement en guerre, en l’absence de traité de paix, ils ont en effet officiellement démarré ce mois-ci des négociations en vue de délimiter leurs frontières maritimes, afin de pouvoir exploiter les ressources énergétiques découvertes de part et d’autre.

Un scénario similaire est-il envisageable entre Athènes et Ankara ? A l’inverse, en cas d’échec des négociations entre Israël et le Liban, ces ressources naturelles risquent-elles de devenir un motif d’affrontement supplémentaire entre les deux pays ? La Convention de Montego Bay est-elle un instrument suffisant pour assurer la concorde en Méditerranée ? Comment se positionner vis-à-vis d’un pays, la Turquie, qui ne l’a pas adoptée ?

Une discussion en compagnie de Cyrille Coutansais, directeur de recherche au Centre d'études stratégiques de la Marine (CESM), et de Pierre Razoux, directeur académique de l'Institut Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (FMES).

Aujourd'hui, la Turquie est un sujet de rivalités extrêmes entre les intérêts américains, russes, mais aussi chinois : la Chine est en embuscade, et considère que la Turquie est un déboulé naturel extrêmement intéressant sur la Méditerranée pour leur route de la soie terrestre. Pierre Razoux

Il n'y a pas vraiment d'urgence économique quant à l'exploitation de nouvelles sources de gaz naturel, pour Ankara. La destination principale du gaz naturel qui serait exploité en Méditerranée orientale, ce serait le marché européen. Et, sur le marché européen, il y a déjà trop de gaz venant de Russie, d'Algérie, pour la consommation intérieure - les prix sont très bas - et l'on veut également éliminer y les énergies fossiles. Cyrille Coutansais

Seconde partie - le focus du jour 

La présence chinoise en mer Méditerranée

Avec Marianne Péron-Doise, directrice du programme « Sécurité maritime internationale » de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole Militaire (IRSEM).

Un port a un usage civil et un usage militaire. En Méditerranée, où la sixième flotte des États-Unis est établie depuis des années et où l'on trouve des flottes traditionnelles qui dépendent des premières puissances mondiales, on peut se dire que la Chine a mis, de façon pragmatique, des intérêts commerciaux qui sont éminemment stratégiques et qui profiteront à l'avenir à sa marine de guerre. Marianne Péron-Doise

"Le premier ministre chinois Li Keqiang a visité le port du Pirée en 2014. Ce dernier est le fer de lance des investissements portuaires chinois en Europe." (via Le Temps)
"Le premier ministre chinois Li Keqiang a visité le port du Pirée en 2014. Ce dernier est le fer de lance des investissements portuaires chinois en Europe." (via Le Temps)
© AFP - Louisa Gouliamaki

Références sonores

- Recep Tayyip Erdogan, le 05 septembre 2020, à propos du différend qui l’oppose à la Grèce (France 24, 06 septembre 2020)

- Le Premier Ministre grec Kiriakos Mitsotakis, le 15 septembre 2020, en réponse à Erdogan (Arte reportage, 16 octobre 2020)

- Le président des agents maritimes de Gênes, Gian Enzo Ducci, en mars 2019, à propos de la présence chinoise dans le contrôle de ports italiens (France Info TV, 21 mars 2019)

Référence musicale

- « Les Enfants du Pirée » de Dalida, ici réinterprété par Dominique A (Label : EMI)