Le patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier, célèbre Pâques dans la cathédrale Saint-Georges à Istanbul en avril 2022 ©Getty - Cemal Yurttas
Le patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier, célèbre Pâques dans la cathédrale Saint-Georges à Istanbul en avril 2022 ©Getty - Cemal Yurttas
Le patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier, célèbre Pâques dans la cathédrale Saint-Georges à Istanbul en avril 2022 ©Getty - Cemal Yurttas
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Résumé

"Mère" de toutes les églises orthodoxes, le Patriarcat de Constantinople continue d'exercer une autorité morale sur ses paires. Mais face à la poussée néo-ottomane du président turc Erdogan, sa situation à Istanbul est des plus précaires.

avec :

Jean-François Pérouse (géographe, enseignant-chercheur, ancien directeur de l'Institut français d'études anatoliennes), Amandine Dusoulier (Chercheuse en sciences politiques et en relations internationales et spécialiste du Caucase), Renaud Rochette (Historien, responsable formation recherche à l’Institut d’étude des religions et de la laïcité (IERL)).

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C’est sur les rives du Bosphore, à Istanbul que se trouve le siège du Patriarcat de Constantinople, première église orthodoxe et “mère” de toutes les autres. Si dans le monde orthodoxe les églises sont considérées comme indépendantes elles n’en sont pas moins unies et c’est précisément le patriarche de Constantinople, Bartholomée Ier, qui en est le garant. Fort de cette aura symbolique que lui confère l’histoire multi séculaire de l’orthodoxie, le patriarche de 82 ans tente de faire entendre sa voix sur l’ensemble du monde orthodoxe.

Si le Patriarcat de Constantinople peut exercer une sorte d’autorité morale sur ses paires, sa propre situation en Turquie est des plus précaires. Après des années de persécutions et d’exode tout au long du XXe siècle, la communauté grecque-orthodoxe ne représente désormais plus que quelques milliers de personnes, principalement à Istanbul. Soumis au bon vouloir des autorités turques, Bartholomée Ier et sa communauté assistent, impuissants, à la vindicte néo-ottomane du Président Erdogan qui semble bien décidé à faire oublier l’héritage de Constantinople sous Istanbul.

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Quel est vraiment le poids politique et historique du Patriarcat de Constantinople sur l’ensemble du monde orthodoxe ? Que représente aujourd'hui la minorité chrétienne orthodoxe en Turquie et comment sont-ils perçus ?

Florian Delorme reçoit Renaud Rochette, historien, responsable formation recherche à l’Institut d’Etude des Religions et de la Laïcité (IREL) et spécialiste de l’Empire byzantin de la Chrétienté médiévale et du christianisme orthodoxe et Jean-François Pérouse, géographe, enseignant-chercheur, ancien directeur de l'Institut français d'études anatoliennes.

"Le patriarche Bartholomée Ier répète régulièrement qu’il est citoyen turc, ce qui offre un double avantage : auprès des Turcs, pour montrer qu’il n’est pas un agent de l’étranger, et auprès du monde orthodoxe pour rappeler qu’il n’est pas une sorte de pape, c’est-à-dire une institution supranationale hors de tout Etat" explique Renaud Rochette.

"La communauté roum, qui compte près de 3000 personnes, est instrumentalisée dans le jeu diplomatique entre la Turquie et la Grèce. Bien que le patriarche Bartholomée refuse d’être assimilé à la Grèce, certaines fractions dans l’opinion et le champ politique turc le considèrent comme un agent d'Athènes" observe Jean-François Pérouse.

Le focus du jour

Géorgie : Relations entre l’église orthodoxe et la minorité musulmane

Des musulmans prient dans la Vallée de Pankissi, en Géorgie
Des musulmans prient dans la Vallée de Pankissi, en Géorgie
© Getty - Giles Clarke

En Géorgie, où plus de 80% des habitants se déclarent chrétiens, l’église orthodoxe exerce une influence prépondérante, tant dans la société qu’auprès des autorités politiques. En effet, bien que l’Etat soit officiellement laïc, l’orthodoxie y est reconnue comme l’un des piliers de l’identité nationale. Quel est vraiment le rôle de l’église orthodoxe dans la société géorgienne ? Quelle place dans ce contexte pour la minorité musulmane ?

Avec Amandine Dusoulier, chercheuse en sciences politiques et en relations internationales et spécialiste du Caucase.

"En Géorgie, malgré le discours de tolérance émanant de l’Eglise orthodoxe, les musulmans sont perçus comme une menace pour l’identité nationale géorgienne qui s’est construite autour de la religion orthodoxe" analyse Amandine Dusoulier.

Références sonores

  • Le patriarche Bartholomée 1er critique la possible future conversion de la basilique Sainte Sophie en mosquée (Euronews, 02 juillet 2020)
  • Le président turc Erdogan affirme que toutes les communautés religieuses seraient les bienvenues dans la mosquée nouvellement convertie (Euronews, 11 juillet 2020)
  • Yannis Kourtesoglou, porte-parole de la communauté Roums, se déclare « attristé » par cette reconversion et en appelle à la communauté internationale du fait de la dimension patrimoniale de Sainte Sophie (France 5, 15 août 2020)
  • Bartholomée 1er est reçu par le président Andrzej Duda pour apporter un soutien moral aux réfugiés qui ont fui la guerre en Ukraine (Euronews, 29 mars 2022)

Références musicales

  • « Lay in a shimmer » de Pantha du Prince (Label : Rough Trade records)
  • « Nem Kaldi » du groupe turc Derya Yildrim & Grup Simsek (Label : Catapulte records)
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation
Benjamin Hû
Réalisation
Clément Perrier
Collaboration