Lee Jae-yong, vice-président de Samsung Electronics, arrive au tribunal dans le cadre d'un procès pour corruption impliquant l'ancienne présidente sud-coréenne Park Geun-hye, à Séoul, le 18/01/2021.
Lee Jae-yong, vice-président de Samsung Electronics, arrive au tribunal dans le cadre d'un procès pour corruption impliquant l'ancienne présidente sud-coréenne Park Geun-hye, à Séoul, le 18/01/2021.
Lee Jae-yong, vice-président de Samsung Electronics, arrive au tribunal dans le cadre d'un procès pour corruption impliquant l'ancienne présidente sud-coréenne Park Geun-hye, à Séoul, le 18/01/2021. ©AFP - Jung Yeon-je
Lee Jae-yong, vice-président de Samsung Electronics, arrive au tribunal dans le cadre d'un procès pour corruption impliquant l'ancienne présidente sud-coréenne Park Geun-hye, à Séoul, le 18/01/2021. ©AFP - Jung Yeon-je
Lee Jae-yong, vice-président de Samsung Electronics, arrive au tribunal dans le cadre d'un procès pour corruption impliquant l'ancienne présidente sud-coréenne Park Geun-hye, à Séoul, le 18/01/2021. ©AFP - Jung Yeon-je
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Résumé

Incarcéré pour corruption, l’héritier de Samsung Lee Jae-yong pourrait bénéficier d’une grâce présidentielle. Une éventualité en contradiction avec le positionnement du dirigeant Moon Jae-in à l'égard des chaebols, ces conglomérats familiaux qui dominent l'économie sud-coréenne.

avec :

Dominique Barjot (Professeur d’histoire économique contemporaine à Paris Sorbonne où il enseigne la business history), Juliette Schwak (Enseignante chercheuse en science politique à Franklin University Switzerland), Sébastien Lechevalier (maître de conférence à l'EHESS).

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Actuellement incarcéré pour corruption à la suite d’un retentissant procès, l’héritier de Samsung, Lee Jae-yong, pourrait bientôt bénéficier d’une grâce présidentielle. Cette éventualité serait en parfaite contradiction avec la fermeté affichée par le dirigeant démocrate Moon Jae-in à l’époque de sa campagne à l’égard des puissants chaebols, ces conglomérats familiaux qui règnent sur l’économie du pays. Mais, face à la crise engendrée par la pandémie, l’exécutif sait qu’il aura besoin de la bonne volonté de Samsung, tout comme de LG, Hyundai ou Posco, pour organiser la relance. Une situation qui illustre bien l’ambivalence de Séoul et de la société coréenne en général vis-à-vis de ces groupes, à la fois fierté nationale et vecteurs d’inégalités de plus en plus dénoncées. 

Le rôle attendu des chaebols dans la reprise économique sud-coréenne leur permettra-t-il de redorer un blason terni ces dernières années par la multiplication des affaires de corruption, au-delà du cas Samsung ? Quelle est la nature exacte de leurs liens avec l’Etat ? Comment ont-ils participé à la reconstruction de l’économie nationale après le désastre de la guerre ?

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Conversation avec Dominique Barjot, professeur d’histoire de l’économie à l’Université Paris-Sorbonne et Juliette Schwak, enseignante chercheuse en science politique à Franklin University Switzerland. 

Il y a un héritage des chaebols comme les champions du miracle économique coréen. Mais, il y a quand même un fort ressentiment vis-à-vis des chaebols qui représentent plus de 80% du PIB et créent seulement 10% d’emploi, par exemple. Il y a également un fort ressentiment social face à la captation d'unités économiques que représentent les chaebols. Même s’ils ne sont pas complètement les acteurs de cette captation, ils finissent par la représenter dans l’imaginaire collectif. Puis, de l’autre côté du spectre politique, on va avoir une critique disant que les chaebols sont un frein à l’innovation économique en Corée du Sud. Juliette Schwak

Le facteur régional est important dans la perception des chaebols. Par exemple, le parti démocrate s’appuie particulièrement sur le quart sud-ouest du pays qui vote démocrate. Ce sont les régions les moins développées qui contestent la politique des chaebols. Dominique Barjot

Seconde partie - le focus du jour 

Les keiretsus japonais, de fleurons à fantôme

Si les chaebols sud-coréens sont parvenus à freiner, ou du moins à orienter en leur faveur, la libéralisation que l’Etat a tenté de leur imposer, les keiretsus japonais, dont ils sont directement inspirés, n’ont pas échappé aux réformes mises en place par Tokyo. Perdant progressivement leur pouvoir à partir de la fin des années 1990, ils ont aujourd’hui quasiment disparu. Mitsubishi, par exemple, n’existe presque plus en tant que conglomérat, et sa filiale automobile a dû se rapprocher de Nissan pour survivre à ses difficultés.

Comment les keiretsus sont-ils passés de fleurons à fantômes ? Comment expliquer qu’ils se soient révélés plus vulnérables que les chaebols aux assauts de la libéralisation ? 

Avec Sébastien Lechevalier, économiste, directeur d’études à l’EHESS, président de la Fondation France Japon de l’EHESS. 

Dans les années 80, le groupe Mitsubishi était très puissant, puis la politique gouvernementale de libéralisation de l’économie a créé un relâchement des liens hors marché. Ensuite, la crise boursière, financière et économique au Japon a fortement affaibli le tissu industriel et financier. Dans les keiretsus, les banques étaient au cœur du dispositif, mais Mitsubishi a perdu son rôle phare, même si à la suite de plusieurs fusions, elle reste une banque importante. Sébastien Lechevalier 

Une émission préparée par Margaux Leridon. 

Références sonores 

  • Lee Kyu-Chul, porte-parole du procureur annonce l’inculpation de Lee Jae-yong en février 2017 (France 24, 28 février 2017)
  • Min-Ji An, militante anti-Lee Jae-yong, évoque le « nettoyage du mal et de la corruption enracinée » en ce qui concerne l’inculpation de l’héritier de l’empire de Samsung (France 24, 25 août 2017)
  • Kim Ji-eun, manifestante pro-Lee Jae-yong, explique que le fils du président de Samsung a contribué au développement du pays et que par conséquence, il doit être libéré (TV5 Monde, 25 août 2017)
  • Extrait d’une archive de 1986 dans laquelle on entend Lee Byung-chul
  • Les dirigeants de LG et Samsung assaillis par les journalistes avant leur visite à Pyongyang en septembre 2018 (The Korea Herald, 18 septembre 2018)
  • Publicité de 1992 pour la Diamente, une voiture de Mitsubishi

Références musicales 

  • « Transistor » de Radian (Label : Thrill Jockey)
  • « Mellow Yellow feel » de l’artiste japonais Cornelieus (Label : Warner music)
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Antoine Dhulster
Production déléguée
Benjamin Hû
Réalisation
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation