Meeting de Pablo Iglesias, ancien président de Podemos, en 2014 à Barcelone
Meeting de Pablo Iglesias, ancien président de Podemos, en 2014 à Barcelone
Meeting de Pablo Iglesias, ancien président de Podemos, en 2014 à Barcelone ©AFP - JOSEP LAGO
Meeting de Pablo Iglesias, ancien président de Podemos, en 2014 à Barcelone ©AFP - JOSEP LAGO
Meeting de Pablo Iglesias, ancien président de Podemos, en 2014 à Barcelone ©AFP - JOSEP LAGO
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Résumé

En 2015, porté par l'ampleur inédite de la mobilisation sociale des Indignés, Podemos, mouvement de gauche radicale, créé la surprise en s'imposant comme la troisième force politique d'Espagne. Mais malgré son ascension fulgurante, cette formation semble aujourd'hui en pleine perte de vitesse.

avec :

Nacima Baron (Géographe, professeure à l'université Paris Est Marne La Vallée, chercheuse au laboratoire « Ville, mobilité, transport » de l'École des Ponts ParisTech (ENPC).), Yves Léonard (Historien, enseignant à Sciences-Po Paris, spécialiste du Portugal), Héloïse Nez (Sociologue, enseignante-chercheuse à l’université de Tours.).

En savoir plus

En 2014, un mouvement social d’une ampleur inédite jaillit en Espagne sur le terreau d’une crise économique et sociale profonde, à l’initiative d’un collectif qui porte l’ambition de redonner du souffle à la démocratie espagnole. Et en l’espace d’une décennie, ce mouvement va donner naissance à un parti – Podemos – qui parvient à s’imposer dans le paysage politique, devenant même la troisième force politique du pays lors des élections générales de 2015 avec plus de 20% et cinq millions de voix, juste derrière le Parti populaire et le parti socialiste qui se partageaient un duopole jusqu’ici. Cette fulgurante ascension a même permis à certains de ses cadres d’intégrer le gouvernement de Pedro Sanchez en 2019, notamment son chef de file, Pablo Iglesias, qui a depuis quitté le gouvernement et son parti. Mais malgré ses victoires et cette ascension rapide, le parti qui entendait transformer et démocratiser le système politique de l’intérieur semble désormais en perte de vitesse et fait face à une crise de leadership.

Quel bilan peut-on tirer de cette décennie ? La "Ilusión" (l’espoir, l’enthousiasme) du début a-t-il laissé place à la "desilusión" ? Ou, au contraire, ce mouvement a-t-il permis d’obtenir des avancées et de transformer les institutions et la démocratie espagnole ?

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Florian Delorme reçoit Héloïse Nez, sociologue et enseignante-chercheuse à l’université de Tours.

"Podemos a adopté une stratégie discursive dite populiste, au sens que leur ont donné les philosophes post-marxistes Ernesto Laclau et Chantal Mouffe. Il s’agit de mobiliser ceux d’en bas contre ceux d’en haut en dépassant le clivage gauche droite, ce qui permet d’unifier les demandes d’une population très hétérogène. Mais au fil des années, cette stratégie est délaissée par le mouvement qui retrouve un ancrage au sein de la gauche traditionnelle" observe Héloïse Nez.

Les focus du jour

Ciudadanos : l’échec de l’alternative libérale

Albert Rivera annonce sa démission de la présidence de Ciudadanos le 11 novembre 2019
Albert Rivera annonce sa démission de la présidence de Ciudadanos le 11 novembre 2019
© AFP - OSCAR DEL POZO

Podemos n’est pas le seul parti à remettre en cause la prééminence du PSOE et du Parti Populaire. En 2015, Ciudadanos, une formation de centre-droit né en 2006 en réaction à l’indépendantisme catalan, connait un succès électoral sans précédent. Face à un Parti populaire gangréné par les affaires de corruption, Ciudadanos parvient à incarner une alternative moderne et libérale qui séduit les populations urbaines et éduquées. Mais depuis 2019, le parti enchaîne les débâcles électorales, et apparait aujourd’hui plus divisé que jamais.

Avec Nacima Baron, professeure de géographie à l’Université Gustave Eiffel.

"Lorsque le Parti Populaire était très marqué par les scandales de corruption qui touchaient ses cadres, Ciudadanos parvenait à se démarquer en incarnant un libéralisme aux mains propres. Mais maintenant que la corruption est un sujet moins sensible en Espagne, l’électeur a dû mal à dissocier l’offre électorale proposée par la formation centriste de celle du parti de droite traditionnel" explique Nacima Baron.

Au Portugal, "Geringonça", une alliance inattendue

Le premier ministre portugais Antonio Costa, à Lisbonne, le 28 janvier 2022
Le premier ministre portugais Antonio Costa, à Lisbonne, le 28 janvier 2022
© AFP - PEDRO NUNES

Si des manifestations ont également eu lieu au Portugal en 2011, notamment avec le mouvement de jeunes "Generaçao a rasca", Génération fauchée, elles n’ont pas donné lieu à la création d’un parti. Mais forte de cette montée des revendications, une union des gauches composée de partis traditionnels prend le pouvoir en octobre 2015 ; une alliance surnommée "Geringonça", le bidule, par ses détracteurs à droite et inédite au Portugal depuis la révolution des œillets en 1974. Pourtant elle parvient à durer près de six ans et fait des envieux au niveau européen.  Quel bilan pour cette alliance insolite ?

Avec Yves Léonard, historien, enseignant à Science Po Paris et spécialiste du Portugal.

"À la différence du cas espagnol, le mouvement contestataire qui est apparu au printemps 2011 se revendiquait a-partisan et n’a donc pas essaimé sur le plan politique. Mais ce mouvement a permis de revitaliser la participation et l’implication politique en provoquant l'émergence de nouveaux canaux dans la vie citoyenne" analyse Yves Léonard.

Références sonores

  • Témoignages de deux "indignés" sur la Puerta del Sol en mai 2011 (France 3, 21 mai 2011)
  • Témoignages de deux militants de Podemos dans le quartier populaire de San Blas à Madrid dans lequel Podemos a fait une percée avec 14% des voix en mai 2014 (Euronews, 05 septembre 2014)
  • L’ex-numéro 2 de Podemos Iñigo Errejon critique le changement de cap du parti (El Dirao, 30 avril 2019)
  • Le dirigeant du parti libéral Ciudadanos, Albert Rivera, a annoncé le 11 novembre 2019 sa démission au lendemain de l'effondrement de sa formation aux élections législatives en Espagne (AFP, 11 novembre 2019)
  • Extrait du discours d’Antonio Costa, le leader du Parti socialiste portugais à la tribune du Parlement (France 24, 10 novembre 2015)

Références musicales

  • Turquoise hexagon sun de Boards of Canada (Label : Skam records)
  • Arrufo d’Antonio Zambujo (Label : Sons Em Transito)
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation
Clément Perrier
Collaboration