Le président ukrainien Zelensky parle à la presse à Boutcha le 4 avril 2022
Le président ukrainien Zelensky parle à la presse à Boutcha le 4 avril 2022
Le président ukrainien Zelensky parle à la presse à Boutcha le 4 avril 2022 ©AFP - RONALDO SCHEMIDT
Le président ukrainien Zelensky parle à la presse à Boutcha le 4 avril 2022 ©AFP - RONALDO SCHEMIDT
Le président ukrainien Zelensky parle à la presse à Boutcha le 4 avril 2022 ©AFP - RONALDO SCHEMIDT
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Résumé

Le 4 avril 2022, le président Zelensky appelait, en réaction au massacre de Boutcha, à l'instauration d'une instance équivalente à Nuremberg pour juger les exactions commises par l'armée russe en Ukraine. Mais avant de pouvoir les juger, comment documenter les crimes de guerre ?

avec :

Reed Brody (avocat), Isabelle Delpla (maître de conférences en philosophie à l'Université de Montpellier 3.), Christian Delage (Historien et réalisateur français, professeur à l'université Paris VIII.).

En savoir plus

Justifiée par Moscou au titre de la “dénazification” d’une Ukraine accusée d’exactions sur les populations russophones du Donbass, qualifiée de “génocide” par Volodymyr Zelensky et Joe Biden, la guerre en Ukraine mobilise tout l’arsenal juridique du droit humanitaire. Le procureur de la Cour Pénale Internationale a d’ailleurs été saisi du dossier, qu’il instruit grâce aux données recueillies sur place par la justice ukrainienne mais aussi les citoyens, militants, enquêteurs étrangers et autres ONG présents sur place. Dans cette guerre qui se joue aussi sur le terrain de l’information, la justice joue donc un rôle déterminant. Elle permettra à terme d’établir les responsabilités dans les crimes commis à Boutcha ou Marioupol, mais elle peut aussi permettre dès maintenant de démêler le vrai du faux, la propagande de la réalité.

Pour ce faire, comment les enquêteurs de la justice ukrainienne, de la CPI, mais aussi des ONG travaillent-ils pour faire la lumière sur les exactions commises ? La quantité exponentielle d’informations révélées grâce au renseignement en open source permet-elle une documentation plus rigoureuse des événements ? Assiste-t-on à une professionnalisation et à un accroissement des moyens alloués à ce travail d’enquête ? Et enfin, quels succès et quelles difficultés la justice internationale a-t-elle rencontrés sur d’autres terrains par le passé, et comment peuvent-ils guider au mieux l’instruction du dossier ukrainien ?

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Julie Gacon reçoit Reed Brody, avocat, membre de la commission internationale des juristes, spécialiste de la poursuite des criminels internationaux et ancien membre de Human Rights Watch et Isabelle Delpla, professeure de Philosophie politique à l'Université Lyon III, vice-présidente de recherche et spécialiste des justices transitionnelles. 

"En matière de justice internationale, bien que les journalistes et les ONG aient un rôle très important d’alerte, de pointage des scènes de crime ou de repérage de certaines preuves, sur le terrain l’essentiel du travail de fond qui sert aux enquêtes pénales internationales, comme ce fut le cas en Yougoslavie, est réalisé par des organes étatiques" explique Isabelle Delpa.

"Une des grandes différences entre la guerre de Yougoslavie et la guerre en Ukraine est que maintenant tout est immédiat. Tout se fait en temps réel : le procureur de la Cour pénale internationale a, par exemple, déjà émis des mandats d’arrêts contre des soldats russes dont on a identifié la présence lors du massacre de Boucha" observe Reed Brody.

Seconde partie : le focus du jour 

Documenter les crimes nazis : Le poids des images au procès de Nuremberg

Vue générale de la salle d'audience du tribunal militaire international de Nuremberg, prise en novembre 1945
Vue générale de la salle d'audience du tribunal militaire international de Nuremberg, prise en novembre 1945
© AFP - Inconnu

Le 5 avril 2022, le président ukrainien Volodymyr Zelensky appelait, devant le conseil de sécurité de l’ONU, à l’instauration d’une instance équivalente à Nuremberg pour juger les crimes de guerre russes commis en Ukraine. Une référence au célèbre tribunal international constitué en 1945 par les alliés pour juger les crimes commis par les nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. Un procès historique qui se démarque notamment par le rôle déterminant joué par les images : dès le début du procès, des films montrant la libération des camps par les alliés sont projetés en salle d’audience. Des images qui poursuivent une triple fonction : témoigner des atrocités commises par les nazis, prouver la culpabilité des dignitaires du Troisième Reich et confronter visuellement les accusés à leurs propres crimes.

Avec Christian Delage, historien et réalisateur.

"Les images montrées lors du procès de Nuremberg ont une force de preuve dans la mesure où elles attestent de faits réellement survenus. En s’associant à d’autres documents et à des témoignages, elles ont permis d’élargir la connaissance sur les crimes de guerre commis par les nazis" analyse Christian Delage

Références sonores 

  • Témoignage de Tetyana Volodymyrivna dont le mari a été tué par les troupes russes à Boutcha (TV5 Monde, 02 avril 2022)
  • Volodymyr Zelensky alerte la communauté internationale sur les crimes commis à Boutcha (France 24, 08 avril 2022)
  • Selon le procureur général de la CPI Karim Khan dépêché sur place, l’enquête doit suivre son cours à Boutcha et détaille les moyens engagés (TV5 Monde, 14 avril 2022)
  • Iryna Venediktova, procureure générale d’Ukraine, explique comment son équipe travaille sur les crimes commis à Marioupol (Twitter, 28 avril 2022)
  • Le commissaire européen à la Justice Didier Reynders détaille les avantages de la coopération judiciaire européenne chapeautée par Eurojust (Euronews, 27 avril 2022)
  • Archive de Thomas J. Dodd, l’un des procureurs pour les Etats-Unis lors des procès de Nuremberg, qui présente un film montrant l’horreur des camps de concentration.

Références musicales 

  • « Blind » de Christian Löffler (Label : Ki records)
  • « бiгти » de l’artiste ukrainien Андрiй Соколов (Autoproduit)
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Julie Gacon
Julie Gacon
Julie Gacon
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Margaux Leridon
Production déléguée
Clément Perrier
Collaboration