Le colonel Assimi Goïta, à Bamako, le 18 septembre 2020. ©AFP - Michele Cattani
Le colonel Assimi Goïta, à Bamako, le 18 septembre 2020. ©AFP - Michele Cattani
Le colonel Assimi Goïta, à Bamako, le 18 septembre 2020. ©AFP - Michele Cattani
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Résumé

En 2021, le Sahel a été le théâtre d'une série de coups d'États militaires : Mali, Burkina Faso, Guinée… Des putschs, initialement bien accueillis par les populations, qui tardent à déboucher sur de nouvelles élections démocratiques, laissant craindre le retour de dictatures longues.

avec :

Dominique Bangoura (Enseignante-chercheuse en science politique à l'Université Félix Houphouët-Boigny d'Abidjan et directrice de la collection "Afrique : politiques publiques, sécurité, défense" aux éditions L'Harmattan), Virginie Baudais (Directrice adjointe du Programme Sahel/Afrique de l’Ouest du SIPRI, Institut international de recherche sur la paix de Stockholm).

En savoir plus

Il y a un an, le 23 mai 2021, le Mali connaissait son second coup d’État consécutif, le vice-président Assimi Goïta destituant le président de la Transition Bah N’Daw, lui-même arrivé au pouvoir à la suite d’un putsch contre Ibrahim Boubacar Keïta. Huit mois plus tard, le scénario se répétait au Burkina Faso cette fois, où les militaires ont renversé le président Roch Marc Christian Kaboré et placé à la tête de l’État le colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Des putschs relativement bien accueillis par les populations, exaspérées par des contextes sécuritaires catastrophiques, et voyant dans l’arrivée de l’armée un espoir d’amélioration.

Quelques mois plus tard : quel bilan peut-on faire de leur action ? Comment les juntes malienne et burkinabée s’emparent-elles des défis sécuritaires au nom desquels elles se sont portées au pouvoir ? Leur durcissement doit-il faire craindre le retour de dictatures longues dans ces pays ? Que reste-t-il des sociétés civiles et des forces politiques d’opposition ?

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Florian Delorme reçoit Virginie Baudais, directrice adjointe du Programme Sahel/Afrique de l’Ouest du SIPRI et Tanguy Quidelleur, doctorant à l’Institut des Sciences sociales du politique (ISP) à l’Université Paris Nanterre.

"On assiste au Mali à une prétorianisation du régime : On a un régime politique dirigé par un premier ministre civil qui reste sous l’influence des forces armées, un président militaire, un corps préfectoral très largement militarisé… Un phénomène qui fait craindre, à long terme, une capture de l’appareil d’Etat par la junte militaire et ses alliés" analyse Virginie Baudais.

"Pour l'instant, la junte burkinabée joue la carte de l’apaisement en essayant, à travers l’organisation d’assises nationales, de créer un consensus de façade. L’objectif affiché avant la convocation de nouvelles élections est la restauration de la sécurité et la souveraineté de l’Etat sur tous les pans du territoire face à une menace djihadiste de plus en plus pressante" explique Tanguy Quidelleur.

Le focus du jour

Guinée : une transition incertaine

Le colonel Mamady Doumbouya, chef de la junte qui a renversé le président guinéen Alpha Condé, à Conakry, le 17 septembre 2021.
Le colonel Mamady Doumbouya, chef de la junte qui a renversé le président guinéen Alpha Condé, à Conakry, le 17 septembre 2021.
© AFP - JOHN WESSELS

Le 30 avril 2022, le colonel Doumbouya, chef de la junte à l’origine du coup d’État ayant renversé l’ancien président Alpha Condé le 5 septembre 2021, a annoncé une transition de 39 mois avant le rétablissement de l’ordre constitutionnel. Un délai nettement supérieur aux 6 mois donnés aux généraux putschistes par la CEDEAO pour organiser de nouvelles élections et qui sonne comme une douche froide pour les partis politiques guinéens et une partie de la société civile qui voyaient dans ce putsch un moyen de tourner la page de plusieurs années d’autoritarisme et de répression.

Avec Dominique Bangoura, enseignante-chercheuse en science politique à l'Université Félix Houphouët-Boigny d'Abidjan et directrice de la collection Afrique : politiques publiques, sécurité, défense aux éditions L'Harmattan à Paris.

"Si les Guinéens ont massivement soutenu le coup d’État qui les a libérés du régime d’Alpha Condé, les liesses populaires ont progressivement cédé le pas à un début de contestation. La société civile se montre de plus en plus méfiante à l’égard d’une transition dont elle se sent mise à l’écart par une junte qui semble vouloir se maintenir au pouvoir" observe Dominique Bangoura.

Références sonores

  • Le 31 décembre dernier, Assimi Goïta annonce la mise en place d’un chronogramme en y associant la CEDEAO (Africa 24, 31 décembre 2021)
  • Extrait de la prestation de serment de Paul-Henri Sandaogo Damiba à la présidence du Burkina Faso  (Africanews, 16 février 2022)
  • Extrait du discours d’Antonio Guterres au cours duquel il enjoint les juntes militaires au Burkina Faso, en Guinée et au Mali à rendre le pouvoir aux civils (AFP, 1er mai 2022)
  • Tiégoum Maïga témoigne des conditions dans lesquels était mort son frère et ancien Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga (TV5 Monde, 22 mars 2022)
  • Alassane Bala Sakandé, président du MPP demande la libération de Roch Marc Christian Kaboré (RFI, 25 mars 2022)
  • Le colonel Doumbouya, Président de la transition et dirigeant de facto de la Guinée, annonce une transition de 39 mois (Guinée politique, 1er mai 2022)

Références musicales

  • Plus in Tacet de Pantha du Prince (Label : BMG)
  • Kabouya de la rappeuse guinéenne Anny Kassy (Label : Tentacule records)
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation
Clément Perrier
Collaboration