Libyens manifestant contre le report des élections à Benghazi le 24 décembre 2021.
Libyens manifestant contre le report des élections à Benghazi le 24 décembre 2021.
Libyens manifestant contre le report des élections à Benghazi le 24 décembre 2021. ©AFP - Abdullah DOMA
Libyens manifestant contre le report des élections à Benghazi le 24 décembre 2021. ©AFP - Abdullah DOMA
Libyens manifestant contre le report des élections à Benghazi le 24 décembre 2021. ©AFP - Abdullah DOMA
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Résumé

Alors qu'en Libye, les élections devant aboutir à une sortie de crise ont été reportées, l'anticipation des élections irakiennes ne semble pas être un gage du respect des aspirations démocratiques de la population.

avec :

Myriam Benraad (Politologue, spécialiste du Moyen-Orient, professeure associée en relations internationales), Jalel Harchaoui (Spécialiste de la Libye, attaché supérieur de recherches à Global Initiative against Transnational Organized Crime à Genève, ancien chercheur à l'Institut des relations internationales de Clingendael aux Pays-Bas).

En savoir plus

Le 24 décembre dernier, une décennie après la mort Mouammar Kadhafi resté plus de 40 ans au pouvoir et après de longues années de guerre, les Libyens auraient dû être appelés aux urnes pour élire un nouveau président. Or, elles furent reportées au tout dernier moment, deux jours seulement avant le scrutin.

Si pour l’instant on évoque la date du 24 janvier, plus grand monde ne se fait d’illusions sur sa tenue. Et quand bien même ce scrutin aurait lieu, on se demande de quelle légitimité pourrait jouir son vainqueur.

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En effet, plusieurs candidatures posent question : d’abord celle d’Abdel Hamid Dbeibah, le Premier Ministre du Gouvernement d’Unité national (le GNU), chargé d’organiser le processus électoral. Il ne devait pas pouvoir se présenter mais semble déterminé à conserver le pouvoir.

Celle également du Maréchal Haftar, l’homme fort de l’Est du pays qui avait essayé de s’imposer par la force sans y parvenir, et qui tente cette fois sa chance en passant par des voies légales. Ou encore celle du fils de l’ancien dictateur, Saif-el Islam Kadhafi, qui a signé son grand retour politique cet automne bien qu’il soit condamné par plusieurs tribunaux pour crimes de guerre.

Que peut-on attendre de cette élection présidentielle ? Aura-t-elle lieu ? Peut-elle sauver le pays ou, au contraire, le replonger plus encore dans la violence ? Et si la voie des urnes ne permet pas de sortir de la crise, quel autre chemin est possible ? Comment reconstruire la nation libyenne, dont le territoire est fracturé par des logiques tribales et communautaires ?

Il y a eu un échec de la politique occidentale et onusienne : ces acteurs ont soutenu la tenue d’élections dans n’importe quelles conditions, et sur la base d’un cadre légal très contesté. Wolfram Lacher

L’absence d’élections peut s’avérer, dans les semaines à venir, comme étant génératrice de violences. Car cela voudrait dire que le Premier ministre actuel, qui n’a jamais été élu (…), risque d’émerger comme un homme fort. Jalel Harchaoui

Florian Delorme s'entretient avec Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye, attaché supérieur de recherches à Global Initiative against Transnational Organized Crime à Genève, ancien chercheur à l'Institut des relations internationales de Clingendael aux Pays-Bas et Wolfram Lacher, chercheur à l'Institut allemand pour les affaires internationales et de sécurité  (SWP : Stiftung Wissenschaft und Politik).

Seconde partie : le focus du jour

En Irak, élections ne riment pas avec Etat démocratique

Partisans de Moqtada al-Sadr après les résultats des parlementaires à Bagdad le 11 octobre 2021.
Partisans de Moqtada al-Sadr après les résultats des parlementaires à Bagdad le 11 octobre 2021.
© AFP - AHMAD AL-RUBAYE

En octobre 2021, les Irakiens étaient appelés à voter lors d’élections législatives anticipées, avancées justement en réponse au mouvement social de 2019, qui réclamait notamment un renouvellement de la classe politique. Pourtant, cette anticipation ne semble pas être gage de la vivacité démocratique que les manifestants désiraient. Les mêmes logiques d’alliances fondées sur les intérêts et non sur une vision politique poussent le vainqueur, Moqtada al Sadr (qui a obtenu 73 sièges sur 329) à chercher une majorité pour former un gouvernement. Le Parti Emitdad, né de la Révolution de 2019 et qui tente de faire exister au Parlement les revendications des manifestants n’a obtenu que 9 sièges. 

Bien qu’il y ait une poussée de la jeune génération, cette dernière a du mal à avoir la peau d’un système qui est complètement moribond, qui n’a pas accouché des réformes nécessaires et qui ne fournit pas au citoyen irakien moyen le bien-être minimal dont il a besoin. Il n’y a pas encore de renouvellement générationnel au niveau des élites irakiennes. Myriam Benraad

Avec Myriam Benraad, politologue, spécialiste du Moyen-Orient, professeure associée à l'IREMAM

Références sonores

  • Ramadan Abu Jnah, du gouvernement d’union national, annonçait le 13 décembre dernier la tenue d’élections en Libye (Africanews, 13 décembre 2021)
  • Témoignage de Sami Mohamed al-Barki, habitant de Tripoli, qui fondait beaucoup d’espoir dans ces élections avant que celles-ci ne soient reportées (Africanews, 14 décembre 2021)
  • Abdallah Bliheq, le porte-parole de la Haute Commission électorale libyenne (HNEC) le 28 décembre 2021(Africanews, 28 décembre 2021)
  • Nabil Al-Sharif Tarish, un commerçant de Tripoli, s’inquiète du report des élections (Africanews, 23 décembre 2021)
  • Emmanuel Macron lors de la Conférence sur la Libye à Paris en novembre 2021, (France 24, 13 novembre 2021)
  • Extrait d’un reportage d’octobre 1961 relatant l’inauguration par le roi Idris 1er de l’ouverture du premier pipeline d’essence libyen à Marsa El Brega (Source inconnue)
  • Extrait du discours de Moqtada al Sadr le soir de sa victoire aux élections législatives, puis témoignage de l’un de ses partisans (TV5 Monde + Euronews, 12 octobre 2021)
  • « Lid » de Christian Löffler (Label : Ki records)
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Production déléguée
Vincent Abouchar
Réalisation