Kamala Harris s'exprime lors d'une conférence de presse avec le président guatémaltèque Alejandro Giammattei au Palacio Nacional de la Cultura à Guatemala City, le 7 juin 2021. ©AFP - JIM WATSON
Kamala Harris s'exprime lors d'une conférence de presse avec le président guatémaltèque Alejandro Giammattei au Palacio Nacional de la Cultura à Guatemala City, le 7 juin 2021. ©AFP - JIM WATSON
Kamala Harris s'exprime lors d'une conférence de presse avec le président guatémaltèque Alejandro Giammattei au Palacio Nacional de la Cultura à Guatemala City, le 7 juin 2021. ©AFP - JIM WATSON
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Résumé

En visite au Guatemala la vice-présidente Kamala Harris a tenté de dissuader les candidats à l'immigration de venir aux Etats-Unis. Si le retour des démocrates a soulevé l'espoir d'une plus grande ouverture de la frontière, l'héritage de Trump pourrait perdurer longtemps sur la politique migratoire.

avec :

Françoise Lestage (anthropologue, professeur à l’Université Paris Diderot), Victoria Gonzales-Maltes (doctorante en histoire, rattachée au Centre d’Etudes et de Recherches sur les Mondes Américains de l’EHESS et membre de l’Institut Convergences Migrations.), Vincent Bloch (Chercheur associé au Centre d’études politiques et sociologiques Raymond Aron à l’EHESS).

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Après les menaces de Donald Trump voici les suppliques de Kamala Harris : « do not come to US » - en français : « Ne venez pas aux Etats-Unis ! » - a-t-elle répété lors d’une conférence de presse donnée au Guatemala, où elle était en visite officielle les 7 et 8 juin dernier. Le sujet au cœur de ce premier déplacement de la vice-présidente américaine était l’épineux dossier de l’immigration dont l’a chargée le Président Biden. L’objectif est de dissuader les migrants de prendre la route en direction de la frontière des Etats-Unis.

C’est pourquoi Kamala Harris est venue présenter un programme d’aide de 4 milliards de dollars pour cette région dite du “Triangle du Nord” – Guatemala, Honduras, Salvador – d'où partent chaque année des milliers d’hommes et de femmes fuyant la misère et la violence. Même si le message de Kamala Harris a le mérite de la clarté, la politique migratoire des démocrates est parfois plus difficile à comprendre. Fustigeant la posture et l’attitude méprisante du Président Trump envers les migrants latino-américains, le candidat Biden avait promis une politique « plus équitable et plus humaine » de l’immigration.

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Qu’est-ce que cela signifie vraiment ? Le Président Biden a-t-il vraiment la volonté – et les moyens politiques - de revenir sur la politique migratoire de son prédécesseur ? La stratégie de pression sur les pays d’Amérique centrale, pour qu’ils s’attaquent aux racines de l’immigration, a-t-elle une chance de porter ses fruits ? Quel impact sur les trajectoires des migrants, qui se retrouvent de plus en plus bloqués au Mexique juste avant la frontière ?

Nos invitées sont Françoise Lestage, anthropologue, professeur à l’Université Paris Diderot et Victoria Gonzales-Maltes, doctorante en histoire, rattachée au Centre d’Etudes et de Recherches sur les Mondes Américains de l’EHESS et membre de l’Institut Convergences Migrations.

Le Mexique a déjà des accords avec les États-Unis et des plans ont été négociés pour retenir l'émigration centre américaine au Mexique. Plus de 2 millions et demi de dollars ont été dépensés dans cette entreprise. De plus, le Mexique essaye de travailler sur des accords d’aides avec les pays centre américains, certains existent depuis 2018. Françoise Lestage

Le projet de Biden comporte 4 milliards d’aide pour s’adresser aux racines de l’immigration en Amérique centrale, ajouté à une proposition de loi qui suggère une attente de huit ans avant la régularisation des immigrés sans-papiers sur le sol américain. C’est pourquoi la situation des sans-papier n’évolue pas. La proposition de Biden sera effective pour les personnes présentes sur le sol américain depuis janvier 2020, donc déjà présentes aux États-Unis, justement pour éviter un afflux massif à la frontière. Également, des procédures simplifiées et accélérées seront mises en place pour les cas particuliers, comme les dreamers, qui sont perçus comme des américains, et pour les personnes qui vivent un désastre humanitaire et qui relèvent d’une protection temporaire. Victoria Gonzales-Maltes

Seconde partie - Le focus du jour

Immigration cubaine, la fin d’une exception

En 2017 le président Obama décidait de supprimer la politique dite « pieds secs, pieds mouillés », un dispositif mis en place spécialement pour les immigrés cubains dans les années 90 et grâce auquel ceux qui parvenaient à débarquer en Floride sans être arrêtés par les autorités maritimes pouvaient bénéficier d’un permis de séjour aux Etats-Unis. L'abrogation de ce dispositif - demandé de longue date par le régime castriste - n’a pas eu pour effet de dissuader les Cubains de quitter leur île. Nombreux sont ceux qui continuent de tenter leur chance en passant par la mer ou via la frontière mexicaine. 

Explications de Vincent Bloch, enseignant à New York University et chercheur associé au Centre d’Études Sociologiques et Politiques Raymond Aron de l’EHESS, au micro de Mélanie Chalandon. 

Il n’y avait quasiment pas de demandeurs d’asile cubains avant 2016. Depuis l’abrogation de la clause « pieds secs, pieds mouillés » il y a eu une explosion des demandeurs d’asile cubains. On en compte environ mille par mois. Désormais, les Cubains sont dans les trois nationalités en tête des demandeurs d’asile aux Etats-Unis. Vincent Bloch

Emission préparée par Mélanie Chalandon. 

Références sonores

  • Kamala Harris, vice-présidente des Etats-Unis, en visite au Guatemala le 8 juin 2020 (The Guardian, 09/06/2020)
  • Témoignage mère et fille guatemaltèques endettées pour passer la frontière, arrêtée et refoulée mais encore déterminées à partir (France 24, 07/06/2021)
  • Kevin Mc Carthy, chef de la minorité républicaine à la Chambre des représentants, parle de “crise Biden” à la frontière, il accuse Biden d’avoir créé un appel d’air à la frontière et provoqué un afflux de migrants (Le Figaro, 17/05/2021)
  • Le 3 février juste après son investiture Biden signe 3 décrets sur l’immigration dont un pour réunir les famille séparées par les mesures Trump (France 24,  03/02/2021)

Références musicales 

  • « No vengas » de FAZZINI (Label : Lealtad Music Inc.)
  • « DISCONTINUITY » par PONE album Radiant (Label : Ponar) 
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Antoine Dhulster
Production déléguée
Benjamin Hû
Réalisation
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation