Du Pirée à Hambourg : l’Europe sous influence chinoise ? : épisode 2/4 du podcast Villes portuaires, la métamorphose

Un porte-conteneur de l'armateur chinois Cosco dans le port de Hambourg alors qu'il décharge dans le terminal à conteneurs de Tollerort, Allemagne, le 26/10/22
Un porte-conteneur de l'armateur chinois Cosco dans le port de Hambourg alors qu'il décharge dans le terminal à conteneurs de Tollerort, Allemagne, le 26/10/22 ©AFP - Axel Heimken
Un porte-conteneur de l'armateur chinois Cosco dans le port de Hambourg alors qu'il décharge dans le terminal à conteneurs de Tollerort, Allemagne, le 26/10/22 ©AFP - Axel Heimken
Un porte-conteneur de l'armateur chinois Cosco dans le port de Hambourg alors qu'il décharge dans le terminal à conteneurs de Tollerort, Allemagne, le 26/10/22 ©AFP - Axel Heimken
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En octobre 2022, l'armateur chinois Cosco met partiellement la main sur le port de Hambourg. Six ans auparavant, c'était le port du Pirée que le géant maritime avait racheté. La Chine poursuit sa stratégie de consolidation de son "collier de perles" en investissant dans les grands ports européens.

Avec
  • Paul Tourret Géographe, expert des industries maritimes, navales et portuaires, directeur de l'Institut supérieur d'économie maritime (Isemar)
  • César Ducruet Directeur de recherche au CNRS, géographe au laboratoire Economix de Paris-Nanterre
  • Estelle Kabran Enseignante-chercheuse à l’Université Félix Houphouët Boigny, chercheuse associée au Centre Suisse de Recherche Scientifique en Côte d’Ivoire (CSRS)

Malgré les résistances politiques et citoyennes en Allemagne, un terminal du port de Hambourg a bien été racheté en partie par l’entreprise chinoise Cosco. Il y a quelques semaines, le conglomérat d’Etat lié à Pékin était en effet autorisé par le gouvernement allemand à reprendre 24,9 % des parts du terminal à conteneurs.

Hambourg est donc le quatorzième des ports européens à se voir investi par une entreprise maritime chinoise. Il y avait eu le rachat du port du Pirée en 2016. Cosco détient aussi 90 % du terminal à conteneurs de Zeebrugge en Belgique, 20 % de celui du port d’Anvers, 35 % du terminal à conteneurs du port de Rotterdam. Au total, on évalue à plus de 10 % les "capacités portuaires" européennes aujourd’hui détenues par une entreprise chinoise.

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Quelle est la stratégie de ces grandes multinationales chinoises telles que Cosco ou China Merchants, vis-à-vis des ports européens ? Pourquoi ces rachats ont-ils lieu ? Et comment l’Europe réagit-elle face à ces investissements chinois sur son sol dans le contexte d’une concurrence féroce entre les ports ?

Pour répondre à ces questions, Julie Gacon reçoit Paul Tourret, géographe, expert des industries maritimes, navales et portuaires et directeur de l'Institut supérieur d'économie maritime (Isemar) ainsi que César Ducruet, directeur de recherche au CNRS et géographe au laboratoire Economix de Paris-Nanterre.

Au sujet de la stratégie des géants chinois vis-à-vis des ports européens, Paul Tourret explique que "Cosco a une sorte de "politique de vautour". Elle ne consiste pas en l'achat des ports. L'objectif est de se saisir des opportunités issues de l'essoufflement du capitalisme portuaire pour prendre des positions dans des terminaux situés sur des carrefours maritimes".

Du côté de la réaction européenne face aux investissements chinois sur son sol, César Ducruet souligne qu'"il n'existe pas de politique portuaire à l'échelle européenne ni dans le domaine économique ni dans celui des investissements".

Seconde partie : le focus du jour

Abidjan : un port en pleine croissance boosté par les investissements européens et chinois

Le second terminal à conteneurs d'Abidjan, le Côte d'Ivoire Terminal, édifié en partie par le consortium Bolloré Ports, lors de son inauguration, le 02/12/22
Le second terminal à conteneurs d'Abidjan, le Côte d'Ivoire Terminal, édifié en partie par le consortium Bolloré Ports, lors de son inauguration, le 02/12/22
© AFP - Sia Kambou

Fin décembre 2022, la branche africaine du groupe Bolloré, dénommée Bolloré Africa Logistics, a été vendue à l’armateur italo-suisse MSC (Mediterranean Shipping Compagny) pour un peu plus de 5 milliards d’euros. Présent dans de nombreux ports africains et également dans le port d’Abidjan, Bolloré s’efface du trafic maritime et terrestre pour privilégier les télécoms cédant ainsi une zone maritime très convoitée, aussi bien par les grandes entreprises européennes que chinoises.

Avec Estelle Kabran, enseignante-chercheuse à l’Université Félix Houphouët Boigny et chercheuse associée au Centre Suisse de Recherche Scientifique en Côte d’Ivoire (CSRS).

"La Côté d'Ivoire est le premier bénéficiaire des investissements chinois dans le port d'Abidjan, au niveau des échanges, des recettes douanières et des industries. De nombreux emplois pour les Ivoiriens sont d'ailleurs créés avec la construction récemment achevée du second terminal à conteneurs", note Estelle Kabran.

Références sonores & musicales

  • En Grèce, le groupe chinois Cosco développe à marche forcée le port du Pirée ( LCP - 2018)
  • Grèce : cinq ans après sa privatisation, où en est le port du Pirée ? ( franceinfo - 26/04/21)
  • Au port de Hambourg, un géant chinois fait du forcing pour s'offrir un terminal ( franceinfo - 26/02/19)
  • Grèce : le port du Pirée en plein boom grâce à la Chine ( franceinfo - 21/03/19)
  • Le port d'Abidjan change de dimension ( euronews - 29/11/17)
  • "New seeds" de Boards of Canada
  • “Rotterdam” de Léo Ferré

Une émission préparée par Léa Sabourin.

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