Le campus de Harvard University dans le Massachusetts le 8 juillet 2020.
Le campus de Harvard University dans le Massachusetts le 8 juillet 2020.
Le campus de Harvard University dans le Massachusetts le 8 juillet 2020. ©AFP - Maddie Meyer
Le campus de Harvard University dans le Massachusetts le 8 juillet 2020. ©AFP - Maddie Meyer
Le campus de Harvard University dans le Massachusetts le 8 juillet 2020. ©AFP - Maddie Meyer
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Résumé

Dans les universités américaines, des dispositifs tâtonnants ont rapidement été accusés de menacer la liberté académique, tandis que d’autres demandaient à ce qu’ils soient renforcés et étendus. Des débats vigoureux qui se sont exportés à l’ensemble de la société, et même Outre-Atlantique.

avec :

Simon Ridley (enseignant-chercheur en sociologie, ses travaux portent sur l’histoire de la sociologie, de l’anthropologie, de l’institution universitaire et les mouvements étudiants, vice-président de la Cité des mémoires étudiantes), Ludovic Tournès (Professeur d’histoire internationale à l’Université de Genève).

En savoir plus

Aux États-Unis, la liberté d’expression est juridiquement absolue, garantie par le premier amendement de la Constitution. Mais des débats émergent, depuis les années 1980, sur la possibilité de réguler les discours de haine. Les universités, aux avant-postes de cette réflexion, expérimentent différents types de régulation, pour protéger leurs étudiants d’agressions racistes. C’est ainsi que l’on a vu fleurir sur les campus les safe space, c’est-à-dire des environnements bienveillants dans lesquels les personnes marginalisées peuvent se sentir en sécurité – et autres trigger warning, autrement dit des avertissements signalant la présence de contenus violents ou sexuels dans les cours. Ces dispositifs tâtonnants ont rapidement été accusés par certains de menacer la liberté académique, tandis que d’autres demandaient à ce qu’ils soient renforcés et étendus. Alors que des débats vigoureux mais argumentés se tenaient sur les campus, la caisse de résonnance médiatique et numérique les a exportés à l’ensemble de la société, tout en les réduisant souvent à des échanges d’invectives. Après l’élection de Donald Trump, la polarisation s’est renforcée autour de ces sujets, parfois au détriment de professeurs accusés de racisme, mais aussi de campus entier pris pour cibles par l’extrême-droite.

Que se passe-t-il réellement sur les campus américains ? La liberté d’expression y est-elle menacée ? Dans quelle mesure les débats actuels s’inscrivent-ils dans la lignée de ceux qui avaient animés les mêmes universités dans les années 1960 ?

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Il y a de très grosses critiques à l’encontre de la Critical Race Theory qui viennent non pas de l’extrême droite mais de l’extrême gauche, qui estime aussi qu’elle ne permet pas de faire tant avancer les choses que ça sur les campus américains. Simon Ridley

Florian Delorme reçoit Simon Ridley, sociologue, docteur de l’Université Paris-Nanterre.

Seconde partie : les focus du jour

Evergreen State College, symbole des dérives progressistes devenu cible de l’alt-right

En 2017, Evergreen State College, dans l’Etat de Washington, est devenu le symbole de la polarisation entre les excès du militantisme progressiste et ceux des groupes d’extrême-droite. Ces tensions ont culminé avec la démission d’un professeur accusé de racisme par des étudiants, avant de prendre une nouvelle dimension lorsque l’établissement est devenu la cible de l’alt-right. Menacé d’attentat anti-gauchistes, le campus a été fermé pendant une semaine. Cinq ans plus tard, les plaies ouvertes par cet épisode sont loin d’être refermées.

Sur le campus d’Evergreen, les tensions sont retombées. Bret Weinstein et sa femme ainsi que d’autres professeurs ont démissionnés. Mais c’était compliqué après, car il y avait beaucoup de menaces terroristes : des supporters alt-right ont menacé le campus, surtout les professeurs et les employés de couleur, avec des menaces de mort et des injures racistes. Stacey Davis

Avec Stacey Davis, professeure d’histoire à Evergreen State College, professeure invitée à l’Université de Poitiers.

L’université, nouvelle frontière de la peur française de l’américanisation

Si le débat sur la liberté académique face au militantisme existe en France, il est toujours associé à une supposée « américanisation » de l’université – comme si les sciences sociales avaient besoin de l’influence des États-Unis pour s’intéresser aux inégalités liées aux origines et au genre. Ce discours prend racine dans une peur de l’américanisation de l’Europe qui remonte quasiment à la naissance des États-Unis. Une crainte en partie fondée, compte-tenu des visées expansionnistes assumées de la nation américaine, mais aussi régulièrement manipulée pour éviter d’aborder certains sujets.

Il y a une certaine aigreur et un certain agacement de beaucoup d’intellectuels et de politiques français vis-à-vis de l’universalisme américain : on aime bien opposer un modèle universaliste français et un universalisme américain, qui serait plutôt un modèle communautariste. Ludovic Tournès

Avec Ludovic Tournès, historien, professeur à l’Université de Genève.

Références sonores

Annonce TV des violences à Berkeley en marge de la venue de Milo Yiannopoulos en février 2017 (ABC, 2 février 2017)

Témoignage de manifestante contre la venue de Milo Yiannopoulos en février 2017 (ABC, 2 février 2017)

Extrait d’une vidéo tournée par Milo Yiannopoulos en février 2017 en marge des manifestations contre sa venue à Berkeley (ABC, 2 février 2017)

Prise de parole en septembre 2017 d’un militant antifasciste dans l’enceinte de l’université de Berkeley qui dénonce la venue de Milo Yiannopoulos (Time, 24 septembre 2017)

Lors d’une conférence de presse, l’éditeur pour « Breitbart News » Ben Shapiro qualifie ces manifestations antifascistes d’acte « fasciste » en soi (Time, 24 septembre 2017)

En décembre 1964, le leader du Free Speach Movement Mario Savio énonçait l’idée que lui et ses partisans étaient en fait les vrais conservateurs puisqu’en prônant des idées révolutionnaires, ils voulaient revenir à ce qui fait l’essence même de l’université, notamment la liberté d’expression, et non accepter la mise au pas par les industries ou le gouvernement (The Education Archive, 08 décembre 1964)

Bret Weinstein critiquait en mars 2017 la journée d’absence organisée par la faculté Evergreen State College qui selon lui interdisait la journée aux Blanc et créait ainsi un dangereux précédent

Extrait du discours de Jean-Michel Blanquer, prononcé le 07 janvier dernier en inauguration du colloque intitulé « Que reconstruire après la déconstruction ? », qui s’est tenu en janvier dernier à la Sorbonne (Extrait discours officiel, 07 janvier 2022)

Références musicales

  • « Think Differently » du Wu Tang Clan (Label : BG / IH2D)
  • « Never Let Go » du Wu Tang Clan (Label : Warner Bros)
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Production déléguée
Vincent Abouchar
Réalisation