Joe Biden et son épouse placent une gerbe de fleur au World War II Memorial le 7 décembre 2021
Joe Biden et son épouse placent une gerbe de fleur au World War II Memorial le 7 décembre 2021
Joe Biden et son épouse placent une gerbe de fleur au World War II Memorial le 7 décembre 2021 ©AFP - Nicholas Kamm
Joe Biden et son épouse placent une gerbe de fleur au World War II Memorial le 7 décembre 2021 ©AFP - Nicholas Kamm
Joe Biden et son épouse placent une gerbe de fleur au World War II Memorial le 7 décembre 2021 ©AFP - Nicholas Kamm
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Résumé

Aux États-Unis, la Seconde guerre mondiale a longtemps été interprétée comme une confirmation du rôle américain de défenseur de la démocratie. Un rôle qui semble depuis remis en cause par la multiplication des guerres contestées, en Afghanistan ou en Irak, et la montée en puissance de la Chine.

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Pour accélérer l’envoi de matériel militaire à l’Ukraine, Joe Biden a réactivé, le 9 mai 2022, une loi datant de la Seconde Guerre mondiale, et destinée à l’époque aux alliés européens des États-Unis. Un symbole qui ne doit rien au hasard, tant le soutien américain à Kiev s’inscrit dans une filiation directe avec l’engagement de Washington contre le nazisme. En 1945, les États-Unis avaient eu de leur victoire une lecture presque téléologique : elle semblait confirmer leur rôle de défenseurs d’une démocratie destinée à s’étendre au monde entier. Mais presque huit décennies plus tard, en dépit des symboles, la place des États-Unis n’est plus tout à fait la même. Car si Joe Biden martèle son soutien indéfectible à l’Ukraine, il a également été très clair sur son refus d’envoyer des troupes sur le terrain. Et pour cause, depuis la victoire américaine en Europe en 1945 ; le pays a connu quelques déboires, avec notamment les guerres en Irak et en Afghanistan, très contestées, et dont le retrait n’a pas été aussi ordonné qu’espéré. Sans oublier la montée en puissance de la Chine qui concurrence désormais l’hégémonie américaine.

Que reste-t-il de l’hyperpuissance américaine aujourd’hui ? La pax americana a-t-elle encore un sens ? La forme d’engagement des États-Unis en Ukraine traduit-elle la persistance de leur rôle central dans l’architecture de sécurité européenne, ou au contraire leur retrait progressif de ce théâtre ?

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Florian Delorme reçoit Philip S. Golub, professeur à l’Université Américaine de Paris.

"La victoire de la Seconde Guerre mondiale est interprétée par les élites américaines comme l’accomplissement d’une destinée manifeste qui était celle d’une expansion graduelle, continentale puis internationale et qui, en l’espace d’un siècle, a placé les États-Unis au sommet de la politique internationale" explique Philip S. Golub.

Les focus du jour

La Seconde Guerre mondiale dans le cinéma américain

Cameraman
Cameraman

Le cinéma hollywoodien a beaucoup fait pour asseoir la représentation d’une Amérique venue sauver le monde de la barbarie durant la Seconde Guerre mondiale. Le conflit s’est imposé sur les écrans dès l’attaque de Pearl Harbour, d’abord à des fins de propagande assumée. Depuis, l’évolution de la figure du G.I. de la deuxième guerre mondiale au cinéma reflète les soubresauts du regard de l’Amérique sur elle-même.

Avec Julie Assouly, maîtresse de conférences en civilisation américaine à l’Université d’Artois.

"Dès 1942 avec le grand film de Michael Curtiz, 'Casablanca', Hollywood se met à évoquer l’engagement américain pendant la guerre. Ce film se déroule au Maroc, dans une zone cosmopolite où les ressortissants de tous les pays menacés par Hitler se retrouvent en transit vers l'Amérique. On voit progressivement la neutralité du personnage principal de Rick commencer à s’émousser jusqu’à la fin du film où il décide de s’engager. Il représente symboliquement l’Amérique quittant la neutralité pour s’engager dans l’effort de guerre" observe Julie Assouly.

Au Royaume-Uni, l’héritage de la "special relationship"

Le premier ministre britannique Boris Johnson et le président américain Joe Biden à Glasgow le 1er novembre 2022
Le premier ministre britannique Boris Johnson et le président américain Joe Biden à Glasgow le 1er novembre 2022
© AFP - CHRISTOPHER FURLONG

En Grande-Bretagne comme aux États-Unis, le 8 mai 1945 est le VE-Day, "jour de la victoire en Europe". C’est une date importante dans l’imaginaire collectif, très associée à la famille royale, en particulier au roi George VI, dont le discours a marqué l’histoire, et à sa fille Elisabeth, la reine actuelle, qui s’était mêlée à la foule londonienne en liesse. Si la Seconde Guerre mondiale a renforcé le lien entre la couronne et le peuple, elle a également considérablement ancré celui du Royaume-Uni et des États-Unis, puisque c’est à cette époque qu’a émergé l’idée de "special relationship".

Philippe Chassaigne, professeur d’histoire contemporaine à l’Université Bordeaux-Montaigne.

"La relation spéciale est ponctuée de grands moments : l’entente entre Margaret Thatcher et Donald Reagan, puis entre Tony Blair et Georges Bush… Mais la relation est parfois mise à mal : par exemple lorsqu’Obama exclut la signature d’un traité de commerce prioritaire avec la Grande Bretagne en cas de sortie de l’Union Européenne. La différence de puissance entre les deux pays fait que l'on reste dans une relation asymétrique" analyse Philippe Chassaigne.

Références sonores

  • Dans cet extrait, Joe Biden réactive un dispositif hérité de la Seconde Guerre mondiale à destination de l’Ukraine, la loi de "prêt bail" ("Lend Lease") adoptée par la Chambre des représentants en mars 1941 (KY3, 09 mai 2022)
  • Extrait du discours radiodiffusé d’Harry S. Truman le 9 août 1945 à propos de la conférence de Potsdam qui venait de se tenir
  • Extrait du discours télévisé de la reine Elizabeth II pour les 75 ans du VE Day le 8 mai 2020
  • Extrait de Why we fight : Prelude to War, un film documentaire américain réalisé par Franck Capra et Anatole Litvak sorti en 1942
  • Extrait de Casablanca réalisé par Michael Curtiz et sorti en 1942. On entend ici la rencontre de Rick Blaine avec Victor Laszlo, chef de la résistance tchèque activement recherché par les nazis
  • Extrait du film Il faut sauver le soldat Ryan de Steven Spielberg sorti en 1998.

Références musicales

  • "The Splendour" de Pantha du prince (Label : Rough Trade)
  • "As Time Goes By" interprétée par Dooley Wilson dans le film Casablanca (compositeur : Herman Hupfeld, Label : Turner Classic Movies Music)
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation
Clément Perrier
Collaboration