Le président turc frappe donne le coup d’envoi d’un match amical après l’inauguration du stade Akyazi, sur l’île artificielle de Trabzon (mer Noire).  ©AFP - Kayhan Oze
Le président turc frappe donne le coup d’envoi d’un match amical après l’inauguration du stade Akyazi, sur l’île artificielle de Trabzon (mer Noire). ©AFP - Kayhan Oze
Le président turc frappe donne le coup d’envoi d’un match amical après l’inauguration du stade Akyazi, sur l’île artificielle de Trabzon (mer Noire). ©AFP - Kayhan Oze
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Pour le président Erdogan, le ballon rond est un important outil de légitimation. Mais tout en jouant à plein son rôle de ciment du nationalisme, le monde du foot turc est également traversé de mouvements de contestation. Que révèle le football du nationalisme turc ?

avec :

Gökçe Tuncel (– Doctorante en sociologie à l’EHESS –), Jean-François Polo (maître de conférence en science politique à l’IEP de Rennes), Jean-Baptiste Guégan (Spécialiste en géopolitique du sport), Suzan Gibril (doctorante à la Faculté des Sciences Sociales et Politiques de l’Université Libre de Bruxelles).

Pour le président Erdogan, qui aime à rappeler son passé de footballeur semi-professionnel, le ballon rond est un important outil de légitimation. A travers son soutien appuyé à l’équipe nationale comme à des clubs locaux, le dirigeant touche l’intérieur du pays, tandis que ses liens affichés avec certains joueurs internationaux d’origine turque lui permettent d’atteindre la diaspora.

En retour, l’adhésion des footballeurs au régime semble sans faille, comme l’a récemment illustré le salut militaire des joueurs turcs à la fin de leur match contre la France.

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Si le geste, effectué en soutien aux troupes envoyées combattre les Kurdes en Syrie, a choqué les commentateurs hexagonaux, il passe pour anodin en Turquie, où le soutien à l’armée fait consensus.

Mais tout en jouant à plein son rôle de ciment du nationalisme, le monde du foot turc est également traversé de mouvements de contestation. 

C’est dans les rangs des supporters, davantage que dans ceux des joueurs, que cette dimension apparaît. Habitués qu’ils sont aux confrontations avec les forces de l’ordre, ces supporters ont en effet développé une culture d’opposition à l’autorité, qui leur a conféré un rôle central dans le mouvement d’occupation du parc de Gezi, à Istanbul, en 2013.

Aujourd’hui, tous se savent surveillés, et la contestation se fait nettement plus discrète, mais si elle n’a pas disparu.

Que révèle le football du nationalisme turc ? Quels sont les liens concrets d’Erdogan et de ses proches avec ce sport, et avec les fédérations sportives en général ?

Au-delà de sa dimension politique, le foot peut-il être également un outil diplomatique ?

Six ans après le mouvement de Gezi et l’éphémère alliance d’ultras « Istanbul United », que reste-t-il de la culture d’opposition des clubs de supporters ? 

Le sport en Turquie constitue un formidable terrain d’observation de la vie politique et des contestations, on joue sur cet espace où l’on peut donner libre cours à des expressions. Jean-François Polo

Il y a toujours eu en Turquie un véritable lien entre le foot et la politique, c’est le seul endroit dans l’espace public où l’on a une sorte d’armée en crampon qui va représenter le pays. Jean-Baptiste Guégan

Le nationalisme en Turquie est intimement lié à l’armée, l’armée est le gardien du kémalisme. Gökçe Tuncel 

Les supporters égyptiens ont été appelé en soutien au moment de la révolution. Suzan Gibril

Extraits sonores 

- Extrait du match avec commentateur turc auquel Recep Tayyip Erdoğan a participé pour l'inauguration du stade Fatih Terim le 26 juillet 2014 et marqué 3 buts, stade étant dédié au club de foot Basaksehir (Haber Kayaşehir, 26 juillet 2014)

- Güksel Gümüsdag, directeur du club de Basaksehir, membre de l’AKP et mari de la nièce du président (Extrait d’un reportage de Envoyé Spécial « Erdogan, le dieu du stade » diffusé le 25 mai 2017 sur France 2) 

- L’avocat Mert Yasar critique la fédération de Football turque qui, selon lui, protège ceux qui soutiennent le gouvernement et exclue ou condamne les opposants (Extrait d’un reportage de Envoyé Spécial « Erdogan, le dieu du stade » diffusé le 25 mai 2017 sur France 2) 

-  Dans la rédaction du journal d’opposition « Curumhiyet », le journaliste Arif Kizilyalin, responsable de la rubrique sport, parle des moyens de pression du gouvernement sur les clubs de Foot turcs (Extrait d’un reportage de Envoyé Spécial ‘’Erdogan, le dieu du stade‘’ diffusé le 25 mai 2017 sur France 2)

- Extrait du discours d’Erdogan au mariage du milieu de terrain allemand Mesut Özil jouant à Arsenal en juin dernier (On demand news, 08 juin 2019)

- Témoignage de deux manifestants pour la défense du parc Gezi

- Extrait de la bande annonce du film documentaire « Istambul United » d’Olli Waldhauer et Farid Eslam, sur le mouvement du même nom. « Istanbul United » est un documentaire sur les Ultras des principaux clubs d’Istanbul et leur rôle dans les révoltes de 2013 en Turquie. Manifs de supporters pendant Gezi.

4 min

Extraits musicaux 

- « Holocaust » du rappeur turc Ceza et extrait de la BOF du film ‘’Crossing the bridge’’ réalisé par Fatih Atkin en 2005 

- Musique en tapis : « Listen to the drums » d’Outlines (label : Sonar Kollectiv) 

Une émission préparée par Margaux Leridon.

L'équipe

Florian Delorme
Florian Delorme
Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Hélaine Lefrançois
Production déléguée
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation