Une réfugiée, un enfant dans les bras, tentant d'entrer en Europe via la Grèce
Une réfugiée, un enfant dans les bras, tentant d'entrer en Europe via la Grèce
Une réfugiée, un enfant dans les bras, tentant d'entrer en Europe via la Grèce ©AFP - LOUISA GOULIAMAKI
Une réfugiée, un enfant dans les bras, tentant d'entrer en Europe via la Grèce ©AFP - LOUISA GOULIAMAKI
Une réfugiée, un enfant dans les bras, tentant d'entrer en Europe via la Grèce ©AFP - LOUISA GOULIAMAKI
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Résumé

Depuis 2015, le nombre de réfugiées prenant la route pour fuir les conflits ou les violences a augmenté. Sur la route de l'exil, elles sont confrontées à la violence des passeurs ou des garde-frontières. Nous nous intéressons aujourd'hui à l'expérience de ces femmes qui doivent fuir leur pays.

avec :

Elodie Voisin (docteure en sociologie, rattachée au Centre de Recherche des Etudes Sociologiques et Politiques de Paris et Déléguée au Conseil d'Administration de Médecins du Monde en appui à la mission Bangladesh), Elsa Tyszler, (Doctorante en sociologie à l’Université Paris 8 qui travaille sur les migrants “subsahariens” à la frontière maroco-espagnole).

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Depuis 2015, le nombre de femmes sur les routes de l’exil progresse. Seules ou avec des enfants, elles viennent d’Afghanistan, de Syrie, d’Irak, de République Démocratique du Congo ou du Nigeria, et fuient pour beaucoup les violences de genre entraînées ou aggravées par les conflits dans leurs pays. 

Mais leur voyage donne souvent lieu à de nouvelles agressions. Les passeurs, d’abord, entre les mains desquels elles remettent leur vie, puis les garde-frontières des différents pays traversés, sont autant de menaces potentielles. Pour ne pas afficher leur solitude, synonyme de vulnérabilité, elles se joignent souvent à des groupes qu’elles présentent comme leur famille. Mais cette nouvelle situation de dépendance est également susceptible d’entraîner des violences. Une fois arrivées en Europe, elles sont à nouveau exposées à la violence dans les camps et les centres d’accueil. Et quand elles parviennent finalement à déposer une demande d’asile, elles s'exposent également au risque de la voir refuser, parce que leur récit n’aura pas été jugé crédible ou parce qu’elles n’auront pas de preuve des agressions qu’elles ont subies. Ce qui les confronte à une nouvelle précarité. Un cercle vicieux qui rend l’exil encore plus cruel pour ces femmes.

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Quelles sont les routes migratoires les plus empruntées par les femmes ? Comment font-elles face aux violences qu’elles subissent ? Pourquoi les risques liés au genre ne sont-ils pas davantage pris en compte au moment des demandes d’asile ? D'ailleurs, comment le droit prend-il en charge la question des violences de genre dans le parcours migratoire ? 

La sexualité transactionnelle, le fait que des réfugiées soient forcées d'avoir des rapports sexuels, est un phénomène très fréquent. Ca peut être avec des passeurs pour passer une frontière, ça peut être à l’intérieur d’un groupe de migrants, ou avec les forces de l’ordre qui gardent ces frontières. Et même une fois arrivées dans un pays d’accueil, ces femmes isolées peuvent se voir proposer par des hommes un logement en échange d’un rapport sexuel. Jane Freedman

Florian Delorme reçoit Jane Freedman, professeure à l’Université Paris 8.

Seconde partie : les focus du jour

Aux frontières intra-européennes, des femmes invisibilisées

Des réfugiées confrontent les forces de polices grecques en Thessalonique
Des réfugiées confrontent les forces de polices grecques en Thessalonique
© AFP - Sakis Mitrodilis

Pour de nombreuses femmes fuyant la violence dans leurs pays, la route de l’exil ne s’arrête pas à l’entrée sur le territoire européen. Celles qui ont pour destination un pays en particulier doivent à nouveau tenter de franchir des frontières à l’intérieur de l’Union européenne, où elles sont le plus souvent refoulées au nom du Règlement Dublin. Une réalité invisibilisée par les pouvoirs publics, qui assument plus facilement de fermer les frontières à des hommes présentés comme dangereux qu’à des femmes seules en quête de protection.

Dans le discours politico-médiatique il y a cette volonté de faire apparaitre les mouvements migratoires comme éminemment masculins. Il est en effet plus facile de montrer des masses d’hommes qui paraitraient menaçantes pour légitimer des politiques migratoires et sécuritaires mortifères. Elsa Tyszler

Avec Elsa Tyszler, docteure en sociologie, chercheuse au laboratoire Genre, travail et mobilité du Centre de recherches sociologiques et politiques de Paris (Cresppa-GTM). 

La misère des « fiancées » rohingyas en Malaisie

Une réfugiée rohingya tenant son enfant dans ses bras à Kuala Langsa, en Birmanie
Une réfugiée rohingya tenant son enfant dans ses bras à Kuala Langsa, en Birmanie
© AFP - Romeo Gacad

Depuis l’exacerbation des conflits dans l’État birman d’Arakan fin 2011, les jeunes filles rohingyas sont de plus en plus nombreuses à fuir vers la Malaisie, où les attendent des réfugiés installés de plus longue date, et désireux de se marier. Victimes de la violence des passeurs et des autorités, beaucoup de ces adolescentes subissent, une fois arrivées, la violence de leurs époux.

De nombreuses réfugiées rohingyas se retrouvent mariées de force, par des réseaux de marieurs, avec des hommes très violents, qui contrôlent leurs mouvements en permanence, leurs ressources, et leur interdissent tout accès à des ressources extérieures. Ces hommes possèdent littéralement leur épouse. Elodie Voisin

Avec Elodie Voisin, docteure en sociologie, rattachée au Centre de Recherche des Études Sociologiques et Politiques de Paris

Références sonores 

- Témoignage de Maria, congolaise, réfugiée dans le camp de Moria (Extrait du documentaire « Camp de Moria, les femmes particulièrement vulnérables », Arte, 2020) 

- Témoignage de Fatima Jassim, syrienne, réfugiée dans le camp de Moria (Extrait du documentaire « Camp de Moria, les femmes particulièrement vulnérables », Arte, 2020) 

-  Témoignage de Feresgtah Husseini, afghane, réfugiée dans le camp de Moria, (Extrait du documentaire « Camp de Moria, les femmes particulièrement vulnérables », Arte, 2020) 

- Témoignage de Aïsha, guinéenne, qui a quitté son pays parce qu’elle était maltraitée par sa belle-famille en raison de nombreuses fausses couches (TV5 Monde, 23 juin 2021) 

- Témoignage de Benoît Ducos, pisteur et membre d'une association d'aide aux migrants (BFMTV, 14 mars 2018) 

- Témoignage de Norbibi Muhammad Harun, réfugiée rohingya (Film Pulse, YouTube, 15 mars 2018) 

Référence musicale

- « Bienvenue » d’Irène Dresel (Label : Room Record) 

Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Production déléguée
Vincent Abouchar
Réalisation