Agents électoraux vidant une urne après la fermeture des élections à Hong Kong le 19 décembre 2021.
Agents électoraux vidant une urne après la fermeture des élections à Hong Kong le 19 décembre 2021. ©AFP - Peter PARKS
Agents électoraux vidant une urne après la fermeture des élections à Hong Kong le 19 décembre 2021. ©AFP - Peter PARKS
Agents électoraux vidant une urne après la fermeture des élections à Hong Kong le 19 décembre 2021. ©AFP - Peter PARKS
Publicité

Après une première étape à Hong Kong, territoire semi-autonome ayant connu une abstention record lors des élections de décembre alors que le contrôle de Pékin se resserre, direction Taïwan, dont l'indépendance administrative se couple à un identité taïwanaise qui résiste aux convoitises chinoises.

Avec
  • Jean-Pierre Cabestan Directeur de recherche au CNRS rattaché à l‘Institut français de recherche sur l’Asie de l’est de l’INALCO
  • Chloé Froissart Professeure d’histoire et de sciences politiques au département d’études chinoises de l’Inalco
  • Barthélémy Courmont Directeur de recherche à l'IRIS et maître de conférences à l'Université catholique de Lille

Le 19 décembre dernier, seuls 30% des citoyens hong-kongais se sont rendus aux urnes. Un taux de participation jamais vu depuis 1991, d’autant plus significatif que la population a démontré son vif intérêt pour le fait politique lors du mouvement des parapluies puis des manifestations de 2019-2020.

Plus qu’un désintérêt, cette abstention record témoigne de la résignation d’un peuple face à la prise de contrôle progressive opérée par Pékin. Société civile réprimée, presse muselée, système électoral dévoyé, le parti communiste chinois multiplie en effet les réformes pour vider le système politique hong-kongais de sa substance.

Publicité

Comment la Chine mène-t-elle sa contre-révolution silencieuse ? L’abstention massive des citoyens de Hong-Kong peut-elle contribuer à décrédibiliser les instances politiques acquises à la cause du gouvernement central de Pékin ? Et l’opposition aujourd’hui brisée peut-elle espérer renaître sous une autre forme ?

Le système n’a plus rien de représentatif. Ces élections étaient organisées comme un plébiscite du camp pro-pékin, à travers une réforme passée en mars dernier réduisant la part des sièges élus au suffrage direct de la moitié à moins d’un quart. Chloé Froissart

Pékin fait tout pour que les candidats représentent les différents secteurs de la société de manière assez corporatiste. Ces candidats sont tous neutralisés, ils ne lèveront jamais la voix sur Pékin (…). Mais je pense que le très fort taux d’abstention a été un camouflet pour Pékin. Jean-Pierre Cabestan

Jean-Pierre Cabestan, directeur de recherche au CNRS rattaché à l‘Institut français de recherche sur l’Asie de l’est de l’INALCO et Chloé Froissart, professeure d’histoire et de sciences politiques au département d’études chinoises de l’Inalco.

Seconde partie : le focus du jour

Taïwan : une histoire de l'indépendance politique à l’aune de la « taïwanité »

Partisans de Lee Teng-hui avant les premières élections présidentielles le 17 mars 1996 à Taipei.
Partisans de Lee Teng-hui avant les premières élections présidentielles le 17 mars 1996 à Taipei.
© AFP - TAO-CHUAN YEH

Alors que les élections hong-kongaises sont sous l’influence du Parti Communiste Chinois, Taïwan fait preuve d'indépendance électorale et politique vis-à-vis de Pékin. Siège historique de la République de Chine, cet ancien territoire japonais a vu croître un sentiment d’identité taïwanaise en marge du pouvoir central. Sa démocratisation, initiée par le Kuomintang nationaliste et poursuivie par le Parti Démocrate Progressiste, s’est accompagnée d’un développement économique qui lui garantit aujourd’hui une indépendance de fait.

D'où provient l'indépendance politique de Taïwan vis-à-vis de la Chine continentale ? Comment les scrutins taïwanais échappent-ils aux pressions diplomatiques de Pékin ? Et quelles solidarités se nouent entre les bastions démocratiques de Taipei et Hong Kong ?

Depuis 1996, on observe une rupture de plus en plus prononcée entre la société chinoise restée dans le régime autoritaire et la société taïwanaise, qui n’est plus simplement une autre Chine mais une société qui a su mettre en avant des institutions démocratiques tout en se taïwanisant. Barthélémy Courmont

Avec Barthélémy Courmont, directeur de recherche à l'IRIS et maître de conférences à l'Université catholique de Lille.

Références sonores

  • Témoignage d’une abstentionniste qui exprimait en décembre dernier son désaveu de la classe politique en vue des élections qui allaient se tenir (Al Jazeera, 19 décembre 2021)
  • En mars dernier, Wang Yang, député chinois, prenait la parole lors de la session annuelle du Parlement chinois à propos des réformes électorales pour mettre au pas Hong-Kong (France 24, 05 mars 2021)
  • En décembre dernier, Carrie Lam se félicitait de la diversité des candidats aux élections législatives et de son succès (Bloomberg, 20 décembre 2021)
  • Témoignage de deux étudiants de l’université de Hong-Kong à la suite du déboulonnage de la statue commémorant Tiananmen juste après les élections législatives (France 24, 23 décembre 2021)
  • Témoignages de deux Taïwanaises au soir de la victoire de Lee Teng Hui lors des élections de mars 1996 (AP, 23 mars 1996)

Références musicales

  • « 死亡香 (feat. GrymeMan, YoungQueenz) » de Matt Force (Label : Wildstyle records)
  • « Sixtniner » de Boards of Canada (Label : Warp)

L'équipe