Arrestation de Antonio Marrazzo suspecté d'appartenir à la mafia napolitaine en 2009.
Arrestation de Antonio Marrazzo suspecté d'appartenir à la mafia napolitaine en 2009.
Arrestation de Antonio Marrazzo suspecté d'appartenir à la mafia napolitaine en 2009. ©AFP - MARIO LAPORTA
Arrestation de Antonio Marrazzo suspecté d'appartenir à la mafia napolitaine en 2009. ©AFP - MARIO LAPORTA
Arrestation de Antonio Marrazzo suspecté d'appartenir à la mafia napolitaine en 2009. ©AFP - MARIO LAPORTA
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Résumé

En 2018, Mario Mori, ancien directeur du renseignement italien, est condamné dans le cadre de l'affaire de la "Trattativa", une tractation Etat-Mafia mettant en lumière les liens complexes qui unissent la mafia et les services secrets. Comment la lutte contre la mafia a-t-elle évolué depuis ?

avec :

Hervé Rayner (maître d’enseignement et de recherche en science politique à l’Université de Lausanne.), Fabrice Rizzoli (Enseignant spécialiste de la grande criminalité, co-fondateur de l'association Crim'HALT), Clotilde Champeyrache (Economiste, spécialiste de la mafia. Maîtresse de conférences habilitée à diriger des recherches (HDR) au Cnam criminologie).

En savoir plus

La condamnation en 2018 de Mario Mori, ancien directeur du SISDE, les renseignements italiens, pour ses accointances avec la mafia, illustre bien l’ambivalence des liens qui ont pu exister entre le crime organisé et les renseignements italiens. Mori a été acquitté lors d’un énième appel en 2021, mais le dossier dans lequel s’inscrit cette condamnation n’est pas clos, et constitue un interminable feuilleton judiciaire et journalistique. Il s’agit de l’enquête sur la « Trattativa », ces tractations qui auraient été menées entre l’état et Cosa Nostra au début des années 1990 dans l’optique de mettre fin aux attentats en Sicile. Une négociation secrète qui a considérablement compliqué les efforts de la justice pour mener la lutte contre les réseaux criminels et qui a constitué le point d’orgue d’une relation entre les services italiens et la mafia qui vont en réalité bien au-delà dans l’espace et dans le temps.

Comment les relations entre mafias et renseignements ont-elles évolué au cours du temps ? Quels furent les liens entre institutions et partis politiques d’un côté, et organisations mafieuses de l’autre ? Quel rôle ont joué les services secrets italiens dans les affaires de collusions avec la mafia ? Et comment ces derniers s’illustrent-ils, aujourd’hui, dans la lutte contre le crime ?

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La grande différence entre la mafia et un simple groupe criminel organisé réside dans ses connexions parmi les élites, au sein des services de renseignement, de la police, de la magistrature et au sein même du gouvernement. Une mafia qui n’a pas d’accointance avec les services de sécurité et de renseignement n’est pas une mafia. Hervé Rayner 

En 1986, le parti socialiste réalise une percée électorale contre le parti démocrate-chrétien qui domine la vie politique italienne. Les mafieux siciliens ont en effet appelé à voter pour le parti socialiste, jugeant que la démocratie chrétienne n'était pas suffisamment intervenue dans le maxi-procès de Palerme. On remarque alors, dans les quartiers à forte densité mafieuse, une surreprésentation du vote pour le parti socialiste. Quand la mafia donne des consignes de vote, on le constate dans les urnes. Fabrice Rizzoli

Florian Delorme reçoit Fabrice Rizzoli, chercheur associé en sciences politiques au CF2R et Hervé Rayner, maître d’enseignement et de recherche en sciences politiques à l’Université de Lausanne.

Seconde partie : le focus du jour

Face au crime organisé, les limites du renseignement financier

Les ministres des finances européens et la présidente du FMI évoquent l'action conjointe internationale contre la fraude fiscale et le blanchiment d'argent.
Les ministres des finances européens et la présidente du FMI évoquent l'action conjointe internationale contre la fraude fiscale et le blanchiment d'argent.
© AFP - MOLLY RILEY

Depuis la criminalisation du blanchiment d’argent par les États-Unis, et de nombreux autres pays à leur suite, à la fin des années 1980, le renseignement financier est devenu un nouvel outil dans la traque du crime organisé. Mais il a des limites, entre, d’une part, le faible intérêt des banques à collaborer, et, de l’autre, la pratique par les mafias d’un blanchiment de basse intensité qui est difficilement détectable.

En Italie, la Guardia di Finanza joue un rôle clé en traquant les flux financiers, dans la lignée du juge Falcone. La méthode Falcone consiste à suivre l’argent et à traquer les flux en prenant en compte la question des opérations menées à l’international. Le succès de ces actions dépend donc la coopération internationale et de la levée du secret bancaire. Or beaucoup de pays y sont réticents. Clotilde Champeyrache

Avec Clotilde Champeyrache, économiste et maîtresse de conférences au CNAM criminologie.

Références sonores

- Annonce de la condamnation de Mario Mori sur la RAI.

- Annonce de la condamnation à 12 ans de prison pour Mario Mori par la Cour d’Assise de Palerme dans le cadre du procès Trattavita Stato Mafia (Agenzia Vista, 20 avril 2018)

- Réaction de Mario Mori un mois après ce verdict (RAI News 24, 20 mai 2018)

- Le prince Borghese appelle à « exterminer les communistes » lors d’un entretien donné à la télévision suisse en 1971, un an après son coup d’État avorté

- Extrait de la déclaration de Pierre Bérégovoy alors ministre de l’Economie, des Finances et du Budget au sommet du G7 qui se tenait en juillet 1989 à la Défense. (Antenne 2, 15 juillet 1989)

Références musicales

- « Slowlight » de Christian Löffler (Label : Ki records)

- « Dolce Song » de Fabio Viscogliosi (Label : Objet Disque)

Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Production déléguée
Vincent Abouchar
Réalisation