Patients attendant un traitement médical dans un centre de soin spécialisé dans la grippe et le Covid-19 à Rio de Janeiro au Brésil le 10 décembre 2021.
Patients attendant un traitement médical dans un centre de soin spécialisé dans la grippe et le Covid-19 à Rio de Janeiro au Brésil le 10 décembre 2021. ©AFP - MAURO PIMENTEL
Patients attendant un traitement médical dans un centre de soin spécialisé dans la grippe et le Covid-19 à Rio de Janeiro au Brésil le 10 décembre 2021. ©AFP - MAURO PIMENTEL
Patients attendant un traitement médical dans un centre de soin spécialisé dans la grippe et le Covid-19 à Rio de Janeiro au Brésil le 10 décembre 2021. ©AFP - MAURO PIMENTEL
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Alors que la santé publique serait considérée comme le bien commun par excellence, la pandémie de Covid-19 et le dispositif vaccinal ont mis en lumière une gouvernance sanitaire mondiale inégale.

Avec
  • Antoine Flahault Professeur et directeur de l’Institut de santé globale de Genève

Bien commun par excellence, la santé soulève la question de la coordination des politiques publiques par-delà les frontières et le cadre des Etats. Question qui s’est évidemment posée avec plus d’acuité depuis la propagation du coronavirus à l’échelle planétaire. Cette nouvelle donne a mis en lumière les forces et les faiblesses de l’actuelle gouvernance planétaire de la santé publique. Si la recherche médicale a su proposer des vaccins pour freiner la pandémie en un temps record, ces doses sont très inégalement réparties entre les pays du monde, révélant les fractures nord/sud. De même, si l’OMS a fédéré des acteurs publics et privés autour de Covax, un mécanisme redistributif de solidarité vaccinale, l’agence onusienne a aussi brillé par son impuissance à contraindre les politiques parfois égoïstes des Etats. 

Comment la santé est-elle devenue un enjeu géopolitique majeur au point de faire l’objet d’une concurrence acharnée entre Etats voire de tensions entre puissances ? Comment pousser ces dernières à déléguer une partie de leur souveraineté pour mieux façonner des politiques de santé publique mondiale coopératives ? Enfin, au-delà de la dimension politique, dans un monde où les pandémies sont appelées à se multiplier, comment éviter que les intérêts privés des géants de l’industrie pharmaceutique ne contreviennent à l’intérêt général ?

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On ne peut pas avoir le savoir-faire, le transfert de technologie en allant contre les laboratoires pharmaceutiques (…). On va avoir besoin d’un travail en commun. Antoine Flahault

Les Etats-membres ont toujours refusé de donner à l’OMS un pouvoir d’inspection. (…) On estime que c’est une prérogative nationale, et je ne suis pas totalement confiant dans le fait qu’on ait tiré des leçons de cela. Antoine Flahault

Florian Delorme reçoit Antoine Flahault, professeur et directeur de l’Institut de santé globale de Genève, auteur de Covid : le bal masqué, éditions Dunod, 2021.

Premier focus

En Afrique, une diplomatie sanitaire chinoise favorisée par les lacunes de la gouvernance sanitaire mondiale

Un hôpital de référence à Niamey au Niger le 2 août 2016, dont la construction a été financée par la Chine.
Un hôpital de référence à Niamey au Niger le 2 août 2016, dont la construction a été financée par la Chine.
© AFP - BOUREIMA HAMA

Face à l’inégalité vaccinale révélée par la pandémie, la Chine consolide sa présence sanitaire sur le continent africain. Cependant, cette diplomatie du soin ne date pas du Covid-19 : héritage de plusieurs décennies d’efforts diplomatiques chinois, elle se nourrit du désintérêt occidental aux besoins essentiels de la région, qui est encore réduite par certaines instances internationales aux maladies tropicales et au VIH. A quand remonte la présence sanitaire de la Chine en Afrique ? Comment se manifestent ces nouvelles formes de coopération ? En quoi cette diplomatie chinoise est-elle la conséquence d’une gouvernance mondiale inégale et obsolète sur le plan sanitaire ? 

Le principal outil de diplomatie sanitaire chinoise en Afrique est celui des missions médicales, c’est-à-dire des missions de médecins, de traducteurs, qui viennent pour des durées allant jusqu’à deux ans dans les pays africains. Cela est une constante depuis les années 1960 et les indépendances. Fanny Chabrol

Avec Fanny Chabrol, sociologue et chargée de recherche à l’IRD.

Second focus

Une politique mondiale de la santé à deux vitesses

Un travailleur fumigeant un bidonville en prévention contre la malaria et la dengue avant la mousson à Mumbai le 12 juin 2020.
Un travailleur fumigeant un bidonville en prévention contre la malaria et la dengue avant la mousson à Mumbai le 12 juin 2020.
© AFP - Punit PARANJPE

Si la pandémie actuelle a eu pour effet de confronter les décideurs aux questions de gouvernance mondiale, le Covid-19 a néanmoins occulté de nombreuses autres problématiques propres à la santé globale. VIH, paludisme ou encore malaria ont par exemple connu de sérieuses résurgences dues à l’hyperconcentration des moyens sur le Covid-19. Mais plus encore, une vingtaine de maladies végète dans l’oubli. 

Ces pathologies, qui frappent pourtant près de 2 milliards de personnes, sont réunies sous l’étiquette de « maladies tropicales négligées » par l’OMS. Faute de moyens, elles sont encore peu connues et surtout peu traitées. Comment expliquer une telle inégalité de traitement politique, financière et scientifique ? Que disent-elles de la structuration actuelle de la gouvernance mondiale de la santé ? Et peut-on espérer voir la balance se rééquilibrer dans les années à venir ? 

Il s’agit de maladies silencieuses, qui affectent des gens très pauvres (…) qui n’ont pas de groupe de plaidoyer pour les aider et qui souffrent et meurent dans le silence. Ces maladies sont infectieuses, transmises par des vecteurs qui voyagent peu et sont donc considérées comme ne représentant pas une menace pour nos régions privilégiées. Nathalie Strub-Wourgaft

Avec Dr Nathalie Strub-Wourgaft, directrice de Drugs for Neglected Diseases Initiative (DNDi), ONG de promotion de la recherche contre les maladies tropicales négligées. 

Références sonores

  • Le directeur général de l’OMS Tedros Ghebreyesus, parlait d’apartheid vaccinal mondial en mai dernier (Reuters, 17 mai 2021)
  • Lors de son voyage officiel au Rwanda en mai dernier, Emmanuel Macron expliquait pourquoi la France faisait don de 100 000 doses de vaccin contre le Covid-19 dans le cadre de l’initiative COVAX (Elysée, 27 mai 2021)
  • Le président chinois Xi Jinping s'est engagé à la fin du mois de novembre dernier à offrir à l'Afrique un milliard de doses de vaccin Covid (Africanews, 29 novembre 2021) 
  • En mai dernier, la porte-parole de la Maison Blanche Jen Psaki évoquait la possible levée des brevets concernant le vaccin contre le COVID 19 (Al Jazeera, 06 mai 2021) 
  • Emmanuel Macron devient favorable lui aussi à la levée des brevets juste après l’annonce américaine alors qu’il y était jusqu’ici opposé. Enfin, Vladimir Poutine, qui approuve lui aussi cette option (RT, 07 mai 2021)
  • En avril 2020 lors d’une conférence de presse à la Maison Blanche, Donald Trump n’hésitait pas à critiquer ouvertement l’action de l’OMS coupable à ses yeux d’être complaisant à l’égard de la Chine (Nation, 15 avril 2020)
  • En 2018, Jiang Guangyuan, le directeur général adjoint de l’hôpital de référence de Niamey et Xie Xiubin, médecin en neurochirurgie dans ce même hôpital témoignent de l’apport chinois au Niger en matière de santé publique (CGTN, 30 juin 2018)

Références musicales

  • « Slientium larix » de Pantha du Prince (Label : BMG)

L'équipe

Florian Delorme
Florian Delorme
Florian Delorme
Production
Bertille Bourdon
Collaboration
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Tina Iung
Collaboration
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Production déléguée
Vincent Abouchar
Réalisation
Benjamin Hû
Réalisation