Une fresque de Julian Assange dans une ruelle de Melbourne le 5 janvier 2021, après qu'un juge de Londres a décidé que le fondateur de WikiLeaks ne devait pas être extradé vers les États-Unis pour faire face à des accusations d'espionnage.
Une fresque de Julian Assange dans une ruelle de Melbourne le 5 janvier 2021, après qu'un juge de Londres a décidé que le fondateur de WikiLeaks ne devait pas être extradé vers les États-Unis pour faire face à des accusations d'espionnage. ©AFP - William West
Une fresque de Julian Assange dans une ruelle de Melbourne le 5 janvier 2021, après qu'un juge de Londres a décidé que le fondateur de WikiLeaks ne devait pas être extradé vers les États-Unis pour faire face à des accusations d'espionnage. ©AFP - William West
Une fresque de Julian Assange dans une ruelle de Melbourne le 5 janvier 2021, après qu'un juge de Londres a décidé que le fondateur de WikiLeaks ne devait pas être extradé vers les États-Unis pour faire face à des accusations d'espionnage. ©AFP - William West
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Un certain idéal de transparence de l'information - servi par l’émergence d’Internet et la possibilité inédite de faire fuiter des données massives - est aujourd'hui porté par la figure des lanceurs d'alerte. Mais c'est un idéal qui n'est pas toujours partagé par les Etats ou les opinions publiques.

Avec
  • Jean-Philippe Foegle doctorant en droit public, spécialiste de l'encadrement juridique des lanceurs d'alerte, coordinateur de la Maison des lanceurs d’alerte
  • Benjamin Puybareau Doctorant en relations internationales au CERI - Sciences Po et enseignant à l'Université de Namur
  • Amaëlle Guiton journaliste à Libération, spécialiste des enjeux numériques.

La justice britannique a refusé au début du mois d’extrader vers les Etats-Unis Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks - plateforme qui a révélé les plus grosses fuites de données classifiées américaines jamais orchestrées. Poursuivi pour espionnage d’un côté, défendu au nom de la liberté de la presse de l’autre, Assange a finalement échappé à l’extradition en raison des risques que celle-ci faisait peser sur sa santé mentale. 

Une victoire en demi-teinte pour ses partisans, qui auraient voulu le voir tout simplement innocenté des accusations d’espionnage à son encontre. L’affaire Assange illustre bien la position paradoxale des Etats-Unis vis-à-vis d’un idéal de transparence dont ils ont été, au sortir de la guerre froide, les premiers promoteurs. Un idéal qui se heurte, dans toutes les démocraties occidentales qui le revendiquent, à la persistance de la raison d’Etat et de la culture du secret, alors même que les opinions ont de plus en plus de mal les accepter. 

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Cet idéal de transparence, servi par l’émergence d’Internet et la possibilité jusqu’alors inédite de faire fuiter des données massives, ne concerne pas seulement le monde politique. Il se porte aussi sur les élites économiques, fréquemment incriminées par des révélations portant sur l’évasion fiscale, lors de fuites de données non pas classifiées, mais bancaires, allant des Panama Papers aux LuxLeaks.

Alors, comment Internet et la culture numérique servent-ils l’idéal de transparence ? Dans quelle mesure celui-ci est-il partagé par les Etats et les opinions publiques ? Dix ans après les révélations de WikiLeaks sur les guerres américaines, la transparence a-t-elle vraiment gagné du terrain, ou les Etats ont-ils plutôt renforcé la sécurité des données pour éviter leurs fuites ? Quels ont été les effets et contre-effets de cette décennie de révélations ?

Un échange en compagnie de Amaelle Guiton, cheffe de service police/justice/enquêtes au quotidien Libération, spécialiste des enjeux numériques, et de Benjamin Puybareau, doctorant au CERI-Sciences Po, Junior Fellow de l’Institut Open Diplomacy.

Julian Assange est quelqu'un qui est guidé par l'idée de la transparence du pouvoir. D'où une certaine position morale : selon lui, plus l'information circule, moins les sphères de pouvoir peuvent se comporter de manière abusive. Amaelle Guiton

Wikileaks a pu être critiqué pour son manque de fuites concernant la Russie, la Chine, ou d'autres pays autoritaires, et pour le fait que la plupart de ces fuites concernaient des démocraties occidentales. On peut imaginer que les lanceurs d'alerte se sentent plus en sécurité dans ces pays - mais on peut également imaginer que c'est une volonté de leur part de dénoncer "les plus grandes démocraties du monde". Benjamin Puybareau

L'affrontement de la transparence et du secret d'Etat, c'est une très vieille histoire : mais avec Wikileaks, quelque chose change, ne serait-ce qu'en termes d'échelle. On parle de centaines de milliers de documents dans le cas de ceux dévoilés sur les guerres d'Irak et d'Afghanistan, et transmis par Chelsea Manning. Cela a changé quelque chose à l'écosystème journalistique. Amaelle Guiton

Seconde partie - le focus du jour 

La protection juridique des lanceurs d’alerte

La Commission européenne a adopté en 2019 une directive assurant une protection juridique aux lanceurs d’alerte, actuellement en cours de transposition dans les droits nationaux des différents Etats-membres de l’Union. Ce texte ambitieux fait écho à l’arsenal législatif déployé aux Etats-Unis pour garantir les droits des whistleblowers, au niveau fédéral comme au niveau des Etats. Mais de part et d’autre de l’Atlantique, ces mesures, destinées à s’appliquer dans les administrations comme dans les entreprises, font l’impasse devant les services de renseignement.

Avec Jean-Philippe Foegle, doctorant en droit public à l’Université Paris Nanterre et coordinateur de la Maison des lanceurs d’alerte.

En droit français, on a actuellement une directive qui oblige les lanceurs d'alerte à d'abord son entreprise avant d'envisager de saisir une autorité. Dans la plupart des cas cela conduit la personne à se jeter, en quelque sorte, dans la gueule du loup, mais également à ralentir le traitement de l'alerte. Jean-Philippe Foegle

Christopher Wylie, lanceur d'alerte de l'affaire Cambridge Analytica, est invité par la Commission européenne à intervenir lors du colloque annuel sur les droits fondamentaux, le 26 novembre 2018 à Bruxelles.
Christopher Wylie, lanceur d'alerte de l'affaire Cambridge Analytica, est invité par la Commission européenne à intervenir lors du colloque annuel sur les droits fondamentaux, le 26 novembre 2018 à Bruxelles.
© AFP - FRANÇOIS WALSCHAERTS

Une émission préparée par Margaux Leridon.

Références sonores

  • Julian Assange à propos de ses convictions (Arte, M. Ladoux, E. Huver, S. Séga, S. Dridi, E. Samsp, et G. Peres, 05 juillet 2019)
  • John Reese, président de la campagne Don’t Extradite Assange (France 24 – 04 janvier 2021)
  • Antoine Vey, avocat français d’Assange : « C’est un immense soulagement (…) on rentre désormais dans une phase qui est plus que jamais politique » (L’Humanité – 04 janvier 2021)
  • Julian Assange explique que les Français ont eu peur de se mettre en porte-à-faux avec les Américains, après les révélations sur les écoutes américaines de présidents français (Arte, M. Ladoux, E. Huver, S. Séga, S. Dridi, E. Samsp, et G. Peres, 05 juillet 2019)
  • La députée européenne Virginie Rozière annonce un accord avec le Conseil européen pour une directive sur la protection des lanceurs d’alerte (Chaîne Youtube de Vigine Rozière, 13 mars 2019)

Références musicales

« 07 ghosts I » et « 05 ghosts I » de Nine Inch Nails (Label: The Null Corporation)

« When you gonna wake up » de Bob Dylan (Label : CBS)

L'équipe

Florian Delorme
Florian Delorme
Florian Delorme
Production
Antoine Dhulster
Production déléguée
Benjamin Hû
Réalisation
Nicolas Szende
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation