Des journalistes protestent à Mexico contre la mort de leur collègue, Javier Valdez, vraisemblablement tué par les cartels en 2017
Des journalistes protestent à Mexico contre la mort de leur collègue, Javier Valdez, vraisemblablement tué par les cartels en 2017
Des journalistes protestent à Mexico contre la mort de leur collègue, Javier Valdez, vraisemblablement tué par les cartels en 2017 ©AFP - Pedro Pardo
Des journalistes protestent à Mexico contre la mort de leur collègue, Javier Valdez, vraisemblablement tué par les cartels en 2017 ©AFP - Pedro Pardo
Des journalistes protestent à Mexico contre la mort de leur collègue, Javier Valdez, vraisemblablement tué par les cartels en 2017 ©AFP - Pedro Pardo
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Résumé

En 2022, le Mexique reste l'un des pays les plus dangereux du monde pour les journalistes. Malgré les promesses de protection et de justice du président Obrador, les assassinats de journalistes se multiplient. Comment exercer son métier dans un pays où informer nécessite de mettre sa vie en péril ?

avec :

Thierry Maire (chercheur associé au CEMCA, affilié au centre Maurice Halbwachs, professeurs invité permanent à l’ESEN au Salvador), Hélène Combes.

En savoir plus

Depuis le début de l’année 2022, cinq journalistes mexicains enquêtant sur des affaires de corruption ont déjà été assassinés. Selon Reporter Sans Frontière, ils sont environ cent cinquante à avoir connu le même sort depuis 2000. Au-delà de cette litanie macabre, le faible taux d’élucidation de ces assassinats et les implications avérées de responsables politiques et de membres de cartels révèlent la grande fragilité de la démocratie mexicaine. Si les journalistes sont particulièrement exposés à cette culture homicidaire, tous les acteurs de la vie publique -représentants politiques, syndicalistes ou militants d’ONG- sont en effet menacés par cette collusion entre narcos et édiles locaux.

A quels risques les journalistes d’investigation s’exposent-ils aujourd’hui au Mexique ? Quel impact cette culture de la terreur a-t-elle sur la liberté de la presse dans le pays et que dit-elle de la mainmise de certains intérêts privés et criminels sur les affaires publiques ? Enfin, par quel bout le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador, qui a récemment promis “zéro impunité” pour les adversaires de la liberté de la presse, doit-il prendre le problème pour espérer dissiper corruption et opacité ?

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Selon le sénat mexicain, l’impunité pour les meurtres de journalistes est de plus de 90%. C’est le cœur du problème : au Mexique, ça ne coûte absolument rien de tuer un journaliste ou de le faire disparaître. Benjamin Fernandez 

Pour un journaliste mexicain, travailler sur les grandes affaires nationales de corruption est moins dangereux que d’évoquer le crime organisé au niveau local. La question des assassinats des journalistes est en effet très liée à l’échelon local, où les réseaux d’interdépendance entre les politiques et les réseaux de narcotrafiquants sont forts. Hélène Combes

Florian Delorme reçoit Benjamin Fernandez, journaliste indépendant et co-fondateur du prix Breach/Valdez récompensant la défense du journalisme et des droits humains au Mexique et Hélène Combes, directrice de recherche au CNRS rattachée au CERI-Sciences Po, spécialiste de la vie politique au Mexique. 

Seconde partie : le focus du jour

Le Salvador : Péril sur la liberté d'informer 

Discours de Nayib Bukele durant la commémoration du bicentenaire de l'indépendance d'Amérique Centrale en 2021
Discours de Nayib Bukele durant la commémoration du bicentenaire de l'indépendance d'Amérique Centrale en 2021
© AFP - Présidence du Salvador

Si au Mexique, les assassinats de journalistes se multiplient en toute impunité, le Salvador, qui paradoxalement reste l’un des pays les plus dangereux du monde, semblait être une terre beaucoup moins dangereuse pour les journalistes. En effet, depuis la fin de la guerre civile qui a déchiré le pays dans les années 80, et les accords de paix de 1992 qui ont permis l’émergence d’une alternance politique, le Salvador semblait se démarquer de ses voisins Latino-Américains en affichant une bonne santé démocratique, propice à ce que les journalistes puissent y exercer librement leur métier. Mais depuis l’accession au pouvoir en 2019 du candidat antisystème Nayib Bukele, les entraves à la liberté d’informer se multiplient. Porté par une forte popularité, le nouveau président multiplie les attaques à l’encontre des contre-pouvoirs : contre le parlement, contre la justice... Et évidemment contre la presse. Comment informer face aux dérives autoritaires du pouvoir ?

Les pratiques d’intimidation envers les journalistes sont anciennes au Salvador. Mais la cybersurveillance est une étape de plus dans le déploiement de mesures diverses destinées à intimider des journalistes qui poseraient des questions trop insistantes ou oseraient porter la critique à l’encontre du président Burkele. Thierry Maire

Avec Thierry Maire, doctorant au centre Centre Maurice Halbwachs (CMH) et chercheur associé au Centre d’études mexicaines et centraméricaines (CEMCA). 

Références sonores

- Arturo Zaldivar, ministre de la Cour suprême de justice de la Nation mexicaine évoque l'importance de la sécurité pour les journalistes (Foro TV, 17 février 2022)

- Manifestations de solidarité avec les journalistes assassinés (Las Estrellas, 26 janvier 2022)

- Témoignage d’un journaliste suite à l’assassinat du journaliste Heber Lopez Vazquez (France 24, 14 février 2022)

- Extrait d’une interview de Griselda Valdez, l’épouse du journaliste assassiné Javier Valdez (Forbidden Stories, 16 novembre 2017)

- Le président mexicain Andrés Manuel López Obradorréagit aux assassinats(Noticieros Televisa, 26 janvier 2022)

- Le journaliste Daniel Lizarraga évoque son expulsion du territoire (Agencia EFE, 09 juillet 2021)

Références musicales

- « 5951hz » de Molécule (Label : Because)

- « Control - Tiempo Comparti2 Live Session » du groupe mexicain La Vida Boheme (Autoproduit)

Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Production déléguée
Vincent Abouchar
Réalisation