Peinture sur le Ministère de l’Economie brésilien lors d’une manifestation contre Paulo Guedes, inscrit dans les Pandora Papers, le 7 octobre 2021 à Brasilia. ©AFP - Sergio Lima
Peinture sur le Ministère de l’Economie brésilien lors d’une manifestation contre Paulo Guedes, inscrit dans les Pandora Papers, le 7 octobre 2021 à Brasilia. ©AFP - Sergio Lima
Peinture sur le Ministère de l’Economie brésilien lors d’une manifestation contre Paulo Guedes, inscrit dans les Pandora Papers, le 7 octobre 2021 à Brasilia. ©AFP - Sergio Lima
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Résumé

L'enquête des Pandora Papers, révélée le 3 octobre 2021, met en cause de nombreux particuliers qui cherchent à éviter l’impôt, notamment les chefs d’Etat encore en fonction. Des révélations qui font douter de la volonté des pouvoirs politiques à lutter efficacement contre l’évasion fiscale.

avec :

Alexia Van Rij (Chercheuse en économie, rattachée au laboratoire J-Pal.), Vincent Vicard (Economiste au CEPII, responsable du programme analyse du commerce international), Christian Chavagneux (Editorialiste et économiste à Alternatives économiques).

En savoir plus

Le 3 octobre 2021, le consortium international des journalistes d’investigation (dont Radio France fait partie) publiait une nouvelle enquête d’envergure, fondée sur la fuite de près de 12 millions de documents issus d’organismes offrant des services de comptes offshore.

Ces Pandora Papers font suite à de nombreuses révélations semblables depuis quelques années, telles que les Panama Papers, les Luxembourg Leaks et OpenLux. Cette énième enquête révèle, une fois encore, l’incapacité des Etats à faire reculer les pratiques d’évasion fiscale. Pourtant, depuis la crise financière de 2008 au moins, le problème est connu et pris au sérieux par nos responsables politiques, qui savent combien ces pratiques sont délétères pour les Etats privés de ressources budgétaires importantes.

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Où en est-on de la lutte contre les paradis fiscaux ? Quelles sont les initiatives dans le domaine ? Pourquoi ne parvient-on pas à les faire disparaitre ? Seraient-ils comme « l’Hydre de Lerne » de la mythologie grecque, dont les têtes repoussent à mesure qu’on les coupe ?

Florian Delorme reçoit Christian Chavagneux, journaliste et éditorialiste à Alternatives Economiques et Vincent Vicard, économiste au CEPII et responsable du programme analyse du commerce international.

Les listes ne fonctionnent pas, car elles sont établies par les Etats et que les jeux diplomatico-économiques jouent tout de suite. (…) La vraie liste de l’Union Européenne devrait mettre en tête l’Irlande, les Pays-Bas, le Luxembourg, or ces jeux sont trop forts et pour cela je ne crois plus aux listes. Christian Chavagneux

Chaque zone a ses propres paradis fiscaux et chaque paradis fiscal va utiliser l’existence des autres pour légitimer son existence. Ainsi, le Delaware a beau jeu de rappeler l’existence de paradis fiscaux en Europe et en Asie, et le fait que d’autres partenaires et concurrents offrent des avantages substantiels aux multinationales et aux riches détenteurs de capital. Vincent Vicard

Seconde partie : le focus du jour

Uhuru Kenyatta, l’impunité des dirigeants face à leur population 

Le président kenyan Uhuru Kenyatta lors de l’inauguration de l’hôpital Kibra Level 3 dans un bidonville de Nairobi le 29 septembre 2021.
Le président kenyan Uhuru Kenyatta lors de l’inauguration de l’hôpital Kibra Level 3 dans un bidonville de Nairobi le 29 septembre 2021.
© AFP - Gordwin ODHIAMBO

Uhuru Kenyatta, président du Kenya, voit la fin de son mandat entaché : en effet, les révélations des Pandora Papers l'impliquent lui et sa famille, qui utilise secrètement des sociétés offshore et des paradis fiscaux pour dissimuler leur fortune (la plus grosse du pays), la dissimuler et échapper au fisc. Une des entreprises de la famille Kenyatta en offshore détenait 30 millions de dollars. Ironie du sort, Uhuru Kenyatta voulait marquer son pays pendant son mandat en s'attaquant à la corruption, un sujet sur lequel la population kényane est mobilisée. Pourtant, les révélations des Pandora Papers n’ont pour l’instant pas ébranlé Uhuru Kenyatta. 

Ces révélations illustrent parfaitement le lien entre pouvoir politique et pouvoir économique, et l’impunité dont jouissent les dirigeants 

Certains Kenyans pensent qu’il vaut mieux que quelqu’un comme Uhuru Kenyatta soit à la tête du pays : il est déjà tellement riche que, d’une certaine manière, il serait moins intéressé par les pratiques corruptives qu’un président arriviste encore en train de constituer sa fortune. Alexia Van Rij 

Avec Alexia Van Rij, chercheuse en économie, rattachée au laboratoire J-Pal. 

Références sonores

  • Mash up de news internationales à propos des Pandora papers (France Inter, Secrets d’info, 09 octobre 2021)  
  • Extrait de l’interview de Bruno Le Maire donnée à RTL où il explique qu’il sera « intraitable avec ceux qui ont triché avec le fisc français » (RTL, 06 octobre 2021) 
  • Lors d’un déplacement en Finlande, Ursula von der Leyen est revenue sur l’évasion fiscale (Vidéo du gouvernement finlandais Valtioneuvosto, 04 octobre 2021) 
  • En avril dernier, au cours de son premier discours de président devant le Congrès américain, Joe Biden s’en prenait aux Américains qui pratiquaient l’évasion fiscale (France Info, 29 avril 2021) 
  • Témoignages de deux Kenyans suite à la révélation de l’implication d’Uhuru Kenyatta dans les Pandora Papers (Africanews, 04 octobre 2021 + Daily Mail, 13 octobre 2021) 

Références musicales

  • « Barnowl » de Caribou (Label : Leaf)  
  • « After Taxes » de Johnny Cash (Label : CBS) 
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation
Félicie Faugère
Réalisation