Le pétrolier sud-coréen "Hankuk Chemi" quittant le port iranien de Rajai près de Bandar Abbas, libéré par l'Iran le 9 avril 2021.
Le pétrolier sud-coréen "Hankuk Chemi" quittant le port iranien de Rajai près de Bandar Abbas, libéré par l'Iran le 9 avril 2021.  ©AFP - Handout / South Korean Foreign Ministry
Le pétrolier sud-coréen "Hankuk Chemi" quittant le port iranien de Rajai près de Bandar Abbas, libéré par l'Iran le 9 avril 2021. ©AFP - Handout / South Korean Foreign Ministry
Le pétrolier sud-coréen "Hankuk Chemi" quittant le port iranien de Rajai près de Bandar Abbas, libéré par l'Iran le 9 avril 2021. ©AFP - Handout / South Korean Foreign Ministry
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Le détroit d’Ormouz est la porte d’entrée du Golfe Persique, par lequel transite le tiers du pétrole mondial via d'immenses tankers. Ces pétroliers deviennent la cible de représailles politiques et commerciales, dont la dernière en date émane de l'Iran à l'encontre d'un pétrolier sud-coréen.

Avec
  • Francis Perrin Chercheur, spécialiste des problématiques énergétiques
  • Thierry Coville chercheur à l’IRIS, spécialiste de l’Iran
  • Bertrand Monnet professeur à l’EDHEC et titulaire de la chaire management des risques criminels

Le Stena-Impero est un navire pétrolier battant pavillon britannique. Le 19 juillet 2019, en tentant de franchir le détroit d'Ormuz dans le Golfe Persique avec sa cargaison, il fut détourné de sa route et forcé d’accoster dans un port iranien. Selon le motif officiel avancé par les Gardiens de la Révolution, le tanker serait entré en collision avec un bateau de pêche et les Iraniens voudraient ouvrir une enquête. Il est établi que le motif le plus probable de l’incident serait que le cargo aurait été arrêté en représailles à l’immobilisation d’un autre pétrolier, iranien cette fois, par les forces britanniques à Gibraltar. On le soupçonnait de vouloir livrer sa cargaison au régime de Bachar al-Assad. Face à la pression, le navire iranien Grace 1, sera finalement autorisé à poursuivre sa route. Quant au Stena Impero et ses 23 membres d’équipage, ils seront finalement libérés deux mois plus tard. Cet épisode contribue à crisper encore un peu plus les relations entre l’Iran et les Occidentaux. Il en dit long sur l’importance stratégique des pétroliers dans les rapports de force internationaux.  

Le détroit d’Ormuz, à cet égard, est un point de passage particulièrement sensible. Quelques 20 millions de barils – soit un tiers du pétrole brut mondial - y transitent chaque jour. Dans cet étroit couloir de mer de 45 km de long, où la navigation est délicate, les pétroliers doivent désormais composer avec des arrestations arbitraires et des actes de sabotage.  

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Pourquoi et comment les pétroliers se sont-ils retrouvés au cœur des conflits de la région ? L’Iran a-t-il vraiment intérêt à bloquer la circulation dans le détroit d’Ormuz ? Enfin; faut-il s’attendre à ce que les tensions perdurent tant que les questions complexes du nucléaire iranien et des sanctions ne seront pas résolues ? 

Les tentatives de blocage du Détroit d’Ormuz sont liées à une situation de conflit armé. Les tensions ne sont pas seulement politiques, comme c’est le cas aujourd’hui avec le rétablissement en mai 2018 des sanctions économiques extraterritoriales, visant l’Iran. Francis Perrin

Les pétroliers iraniens font également l’objet d’attaques, lors des livraisons de pétrole de l’Iran à la Syrie. Ces livraisons sont vues comme une aide au gouvernement syrien et vont à l’encontre des sanctions européennes et américaines qui visent à empêcher les livraisons de pétrole à la Syrie. Thierry Coville

Seconde partie - le focus du jour

Les pirates du Golfe de Guinée à l’assaut des pétroliers

Lorsqu’ils naviguent dans les eaux tumultueuses du Golfe de Guinée, et notamment au large du Nigéria, les marins présents sur les pétroliers sont dans l'obligation de prendre leurs précautions. Cet espace maritime est riche en ressources pétrolières et gazières. 30% du pétrole consommé en Europe est extrait dans la région, et plus particulièrement au Nigéria dans le delta du fleuve Niger. Cette manne, dont les retombées économiques ne sont pas redistribuées, attire la convoitise des pirates. Ces derniers mois, le Golfe de Guinée a connu une recrudescence sans précédent des actes de piraterie, lui conférant le titre de route maritime la plus dangereuse au monde.

Qui sont ces pirates nigérians ? Comment la conjecture mondiale a influencé leur comportement? Pourrait-on lutter efficacement contre la piraterie en Afrique de l’Ouest ?

Les groupes dont on parle reposent sur un système mafieux. De nombreuses ressources sont mobilisées pour préparer une attaque, puis il faut réussir à écouler ces marchandises. En l’occurrence, c’est le cas en Afrique et en Europe, grâce à des courtiers qui vendent les cargaisons dans des pays européens et asiatiques. Puis, il y a forcément un lien avec les champs administratifs et politiques nigérians puisque ces opérations prennent du temps. Le premier coût pour ces pirates repose sur la corruption. Bertrand Monnet

Une émission préparée par Lucas Lazo. 

Références sonores

  • Extrait de la conversation radio entre le pétrolier britannique Stena Impero et les forces navales iraniennes (L’Obs, 22 juillet 2019)
  • Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif expliquait en juillet 2019 que les Etats-Unis devaient prendre garde à ne pas menacer la souveraineté de l’Iran dans le détroit d’Ormuz. (Extrait d’une itw donnée à PBS, 19 juillet 2019)
  • Echange entre un membre du Bataillon d’intervention rapide de l’armée camerounaise et le capitaine Alkie Maragakis, commandant du Vantage Monrovia, dans le cadre d’un exercice d’entrainement pour lutter contre la piraterie puis description par ce dernier de la cellule de survie en cas d’attaque (LCI, 21 mars 2021)

Références musicales 

  • « A hundred ligths » de Christian Löffler (Label : Ki records)
  • « I found the essence rare » de Gang of Four (Label : Sonopresse)