Manifestants traînant une effigie du Président Rodrigo Duterte à Manille le 10 décembre 2021.
Manifestants traînant une effigie du Président Rodrigo Duterte à Manille le 10 décembre 2021.
Manifestants traînant une effigie du Président Rodrigo Duterte à Manille le 10 décembre 2021. ©AFP - TED ALJIBE
Manifestants traînant une effigie du Président Rodrigo Duterte à Manille le 10 décembre 2021. ©AFP - TED ALJIBE
Manifestants traînant une effigie du Président Rodrigo Duterte à Manille le 10 décembre 2021. ©AFP - TED ALJIBE
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Résumé

Aux Philippines, les candidatures de Ferdinand « Bongbong » Marcos, fils du dictateur renversé en 1986, et de Sara Duterte, fille de l’actuel président philippin, semblent s'imposer pour les postes de président et vice-président, prospérant sur des mécanismes dynastiques et l'absence de pluralisme.

avec :

William Guéraiche (sociologue et historien, spécialiste des Philippines).

En savoir plus

Ferdinand « Bongbong » Marcos, fils du dictateur renversé en 1986, et Sara Duterte, fille de l’actuel président philippin, dont la « guerre contre la drogue » a fait des milliers de morts : tel est le binôme qui semble le mieux parti pour gagner les élections de mai prochain dans l’archipel.

Les deux postes – pour la présidence et la vice-présidence – sont distincts, c'est-à-dire que la victoire de l’un n’assure pas celle de l’autre. Cependant, ces deux candidatures et leurs soutiens mutuels sont emblématiques de la situation politique du pays.

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Gouvernées par des clans familiaux depuis leur indépendance, les Philippines semblent prêtes à réaliser la fusion du populisme 2.0 et du révisionnisme : d’un côté, l’héritière de Rodrigo Duterte, dont le mandat aura été marqué par les exécutions extrajudiciaires et une diplomatie fondée sur l’invective, et de l’autre, l’héritier homonyme de Ferdinand Marcos, qui s’applique à faire passer le règne de son père pour un âge d’or, en faisant fi de des nombreuses victimes de la dictature.

Face à eux, des candidatures d’opposition émergent, mais peinent à se démarquer dans un espace public qui étouffe le débat d’idées.

Comment expliquer l’accaparement de l’espace politique philippin par ces grandes familles régnantes ? Dans quelle mesure le mandat de Rodrigo Duterte a-t-il permis de réhabiliter la dictature de Marcos ? Quel bilan l’opinion philippine tire-t-elle de ses six ans au pouvoir ?

Ces grandes familles se sont accaparées l’Etat : elles se servent de l’Etat pour leur bénéfice propre et non l’inverse, il n’y a jamais eu de service de l’Etat. William Guéraiche

Le clan Marcos a extorqué entre 5 et 10 milliards de dollars, qu’ils n’ont à peu près jamais rendu. Et la campagne contre la drogue de Rodrigo Duterte a fait l’objet d’une plainte déposée à la CPI en 2017. Il y a donc un intérêt partagé entre le clan Marcos et Rodrigo Duterte. Jean-Noël Sanchez

Florian Delorme reçoit Jean-Noël Sanchez, maître de conférences à l’Université de Strasbourg et William Guéraiche, professeur en sciences sociales à l’Université américaine de Dubai.

Seconde partie : le focus du jour

Le jeu dangereux de Duterte avec la Chine

Xi Jinping et Rodrigo Duterte lors de la Coupe mondiale de basket le 30 août 2019 à Beijing.
Xi Jinping et Rodrigo Duterte lors de la Coupe mondiale de basket le 30 août 2019 à Beijing.
© AFP - Greg BAKER / POOL

A son arrivée au pouvoir en 2016, Rodrigo Duterte faisait sensation en traitant son homologue américain Barack Obama de « fils de pute », et en réservant à Pékin l’une de ses premières visites officielles, profitant de son passage en Chine pour annoncer qu’il se « séparait » des États-Unis. Il s’agissait d’un revirement majeur pour les Philippines, allié traditionnel de Washington, et pour le moins paradoxal, Manille et Pékin s’opposant depuis des années en mer de Chine méridionale. Alors que le mandat du président se termine, quel bilan tirer de ce basculement stratégique ?

Il ne faut pas embellir la relation entre les Etats-Unis et les Philippines : il y a aussi aux Philippines un ressentiment qui s’exprime, et qui s'est notamment exprimé après la caution américaine des abus de la dictature Marcos. Sophie Boisseau du Rocher

Avec Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse associée au Centre Asie de l’Ifri.

Références sonores

Extrait de la vidéo de Sara Duterte dans laquelle elle se déclare candidate à l’élection présidentielle (Rappler, 14 novembre 2021)

Extrait du discours de Bongbong Marcos d’octobre dernier au cours duquel il se déclarait candidat à l’élection présidentielle de 2022 (ABC, 05 octobre 2021)

Extrait du discours de Cory Aquino au soir du résultat des élections le 25 février 1986 dont la victoire a été injustement attribuée à Marcos (Archive INA, extrait du documentaire « Cory Aquino, l’Histoire d’une révolution » de Jean-Christophe Victor et Jean-Michel Meurice, 10 juillet 1989)

En août 2016, Duterte déclarait vouloir faire rentrer le corps du défunt président Marcos au cimetière des héros (« Libingan ng mga Bayani »), le cimetière national du Fort Bonifacio à Manille

En octobre 2017, le président Duterte traitait publiquement le président Obama de « fils de pute » lors d’une conférence de presse aux Philippines avant son départ pour Vientiane où devait se tenir le sommet de l’ASEAN (Le Monde, 17 octobre 2017)

Interview de Sophie Boisseau du Rocher par Florian Delorme (durée : 10’07)

Références musicales

« Slowlight » de Christian Löffler (Label : Ki records)

« Di na Kita » du collectif philippin Muling Kagat

Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Production déléguée
Vincent Abouchar
Réalisation