Un soldat russe dans le théâtre de Marioupol bombardé par l'armée russe.
Un soldat russe dans le théâtre de Marioupol bombardé par l'armée russe.
Un soldat russe dans le théâtre de Marioupol bombardé par l'armée russe. ©AFP - Alexander NEMENOV
Un soldat russe dans le théâtre de Marioupol bombardé par l'armée russe. ©AFP - Alexander NEMENOV
Un soldat russe dans le théâtre de Marioupol bombardé par l'armée russe. ©AFP - Alexander NEMENOV
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Résumé

Le 1er avril 2022, l'Unesco estimait que le conflit en Ukraine avait déjà provoqué la destruction d'au moins 53 sites culturels. Face à la guerre, comment protéger le patrimoine ?

avec :

Vincent Négri (chercheur associé au CNRS, membre du groupe de recherches internationales sur le droit du patrimoine culturel et le droit de l'art.).

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L’histoire est racontée comme telle par le New York Times et le maire de Melitopol, occupée par les forces russes depuis le troisième jour de l’invasion en février 2022. Dans cette ville du sud-ouest de l’Ukraine, le musée exposait l’une des collections les plus importantes aux yeux de Kiev, mais aussi les plus chères. Des objets en or de la période des Scythes, un peuple nomade installé sur l’actuel territoire ukrainien, éteint dans les tous premiers siècles de notre ère. Dès le 24 février 2022, la directrice du musée prend soin de cacher les pièces en or dans des cartons et de les enfermer dans la cave. Mais quelques jours plus tard des soldats russes se présentent au domicile de la gardienne. Elle refuse de les suivre. C’est le nouveau directeur du musée, nommé par Moscou, qui leur ouvrira les portes : l’or des Scythes est désormais introuvable. S’il est difficile d’évaluer aujourd’hui, en pleine guerre, l’ampleur des dommages subis par les biens culturels et patrimoniaux d’Ukraine ; si cette question peut sembler décalée quand le pays n’a pas fini de pleurer ses mort; l’affrontement se joue aussi sur le plan culturel. Puisque Vladimir Poutine martèle qu’il n’y a pas de peuple ukrainien, il s'agirait aussi de détruire - ou de s’accaparer - son héritage.

Si le théâtre de Marioupol a été réduit en ruines ou le musée Ivankiv en cendres, s’agissait-il d’une stratégie délibérée ? Le patrimoine ukrainien est-il une cible pour la Russie comme il put l’être au Mali pour Al-Qaeda ? Comment le droit international et les instances mondiales compétentes tentent-elles d’encadrer cette dimension de la guerre ? Et enfin, comment l’Ukraine riposte-t-elle dans cette guerre culturelle qui l’opposait déjà à la Russie bien avant le début du conflit ? 

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Julie Gacon reçoit Tetyana Kilesso-Contant, docteur en études slaves à la Sorbonne université et chargée de cours à l’INALCO et Vincent Négri, juriste, chercheur à l’Institut des sciences sociales du politique, affilié au CNRS. 

"Nous ne sommes pas en capacité aujourd’hui d’avoir des données fiables sur le patrimoine ukrainien et sur son état actuel. L’armée ukrainienne ne donne aucune information sur la position des œuvres d’art, la protection du patrimoine est un véritable secret d’état. Les œuvres les plus riches ont probablement été mis à l’abri, mais nous n'en avons aucune certitude." explique Tetyana Kilesso-Contant.

"Une question souvent posée est de se demander pourquoi protéger le patrimoine alors qu’on est en train de massacrer des populations. Mais c’est aussi parce que ces populations le demandent, car détruire le patrimoine c’est fragiliser le tissu social des communautés. Détruire le patrimoine culturel est un crime de guerre entériné par le statut de la Cour pénale Internationale institué en 1998." observe Vincent Négri.

Le focus du jour

Destruction du patrimoine : Conserver les ruines pour se souvenir

Eglise du souvenir à Berlin. Après les bombardements de la Seconde guerre mondiale, les ruines du clocher ont été conservées en mémoire des destructions.
Eglise du souvenir à Berlin. Après les bombardements de la Seconde guerre mondiale, les ruines du clocher ont été conservées en mémoire des destructions.
© Getty - Wilfried Wirth

Lorsque le patrimoine n’a pu être préservé, la question se pose de la destinée des édifices détruits pendant la guerre. Faut-il les reconstruire ? Depuis la fin du XIXe siècle, plusieurs sociétés meurtries par la guerre ont fait le choix de conserver ces ruines et de les intégrer à l’espace urbain. Objet pourtant non fonctionnel, les ruines constituent un marqueur de la mémoire collective, une trace spatiale des destructions causées par un conflit. Mais ces cicatrices de la guerre sont surtout des leviers émotionnels puissants que les sociétés n’hésitent pas à utiliser pour véhiculer des messages éminemment politiques.

Avec Antoine le Blanc, professeur de géographie à l’Université du Littoral à Dunkerque, spécialiste de la géographie des risques.

"Les monuments détruits sont vecteurs d’une charge émotionnelle très forte. Avant la Seconde guerre mondiale, conserver les ruines pouvait servir à alimenter le feu de la haine contre ceux qui étaient à l’origine des destructions. Mais à l’issue de ce conflit dont l’ampleur des dégâts matériels a provoqué une forme de sidération mondiale, la préservation des ruines véhiculaient plutôt un message de paix, le « plus jamais ça »" explique Antoine le Blanc.

Références sonores

  • La directrice du patrimoine de Lviv Lilia Onyschenko s'inquiète pour le patrimoine, vulnérable face aux bombardements russes (France 24, 09 mars 2022)
  • Lazare Eloundou Assomo, directeur du centre du patrimoine mondial de l’Unesco, alerte sur le risque de voir disparaître des œuvres en Ukraine (France 24, 08 mars 2022)
  • Andreï Kourkov considère que la guerre menée par Vladimir Poutine est également une guerre culturelle (France 24, 21 avril 2022)
  • Serhiy Mirhorodskhy, le concepteur de la statue de l’amitié russo-ukrainienne de Kyiv, et Vitali Klitschko, le maire de Kiev, expliquent la raison pour laquelle ce monument a été démantelé (France 24, 27 avril 2022)
  • Extrait d’un reportage des Actualités de la France Libre daté de septembre 1944 sur le village martyre d’Oradour-sur-Glane (Archive INA, 29 septembre 1944)

Références musicales

  • « Athlete » de Christian Löffler (Label : Ki records)
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Julie Gacon
Julie Gacon
Julie Gacon
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Margaux Leridon
Production déléguée
Clément Perrier
Collaboration