Le 21 janvier 2021, des Néerlandais se rassemblent à Amsterdam à l'occasion d'une manifestation contre le confinement imposé par leur gouvernement pour freiner la propagation du Covid-19.
Le 21 janvier 2021, des Néerlandais se rassemblent à Amsterdam à l'occasion d'une manifestation contre le confinement imposé par leur gouvernement pour freiner la propagation du Covid-19. ©AFP - ROBIN VAN LONKHUIJSEN / ANP
Le 21 janvier 2021, des Néerlandais se rassemblent à Amsterdam à l'occasion d'une manifestation contre le confinement imposé par leur gouvernement pour freiner la propagation du Covid-19. ©AFP - ROBIN VAN LONKHUIJSEN / ANP
Le 21 janvier 2021, des Néerlandais se rassemblent à Amsterdam à l'occasion d'une manifestation contre le confinement imposé par leur gouvernement pour freiner la propagation du Covid-19. ©AFP - ROBIN VAN LONKHUIJSEN / ANP
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Rassemblant complotistes, anti-vaccins, “corona-sceptiques”, mais aussi des inquiets des conséquences économiques de la crise sanitaire, les mouvements contre les restrictions sanitaires sont une nébuleuse qui peut, parfois, représenter une opportunité pour les partis politiques.

Avec
  • Gilles Ivaldi chargé de recherche CNRS au CEVIPOF, spécialiste de l'extrême droite et des populismes
  • Silvia Marton maître de conférences à la Faculté de science politiques de l'Université de Bucarest et membre correspondant du Centre Norbert Elias de l’EHESS.
  • Jean-Yves Camus politologue, co-directeur de l'Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès

Le 31 janvier dernier, un rassemblement de 10 000 personnes se tenait à Vienne en Autriche pour dénoncer les mesures de restrictions de libertés, à l’appel du FPÖ, parti d’extrême-droite. Les semaines précédentes, d’autres manifestations, cette fois sans organisateurs, se sont déroulées dans d’autres pays européens tels que le Danemark ou l'Espagne, tournant parfois à l’affrontement avec la police, comme on a pu le voir aux Pays-Bas à la fin du mois de janvier. 

Là, les manifestations font suite aux annonces gouvernementales sur l'instauration d’un couvre-feu, la goutte de trop pour la tolérance des citoyens, éveillant leur colère. Ils sont descendus dans les rues pour défendre leurs “libertés individuelles”, comme c’était le cas en Allemagne au mois de septembre, ou contre la précarité due aux fermeture d’établissements, comme on a pu le voir en Italie à l’automne 2020.

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En France, alors que planait la menace d’un troisième confinement, des appels à la désobéissance se sont multipliés - depuis l’appel de restaurateurs à ouvrir malgré l’interdiction jusqu'à  l’émergence du hashtag : #jenemeconfineraipas - une menace que le président français semble avoir entendu, qui a finalement décidé de temporiser.

« L’acceptation sociale » est-elle sur le point de rompre ? Quels risques politiques derrière la poursuite de mesures restrictives, quand bien même elles seraient justifiées sur le plan sanitaire ? Les populistes seront-ils, à termes, les grands gagnants de cette colère ? Et que nous dit cette colère de la crise de la démocratie que nous traversons ?

Peut-on établir un profil de ces manifestants et des contestataires des mesures sanitaires ? Ces manifestations ont-elles des liens avec l’extrême-droite ? Comment des partis politiques tentent-ils de capitaliser sur ces colères sociales ?

Pour répondre à ces questions, Cultures Monde reçoit Jean-Yves Camus, politologue, directeur de l'Observatoire des radicalités politiques à la Fondation Jean-Jaurès, et Gilles Ivaldi, chargé de recherche CNRS au CEVIPOF, spécialiste de l'extrême droite et des populismes, co-auteur, avec Oscar Mazzoleni, de la note " Inquiétudes économiques face à la covid-19 : un terreau pour le vote national-populiste ?" pour la Fondation Jean-Jaurès. 

Globalement, depuis le début de la pandémie, trois types tensions prédominent : une tension sanitaire liée à l'épidémie, une tension économique liée à ses conséquences, mais également une tension politique : la décision prise par le gouvernement français de ne pas reconfiner est la résultante de ces trois tensions. Gilles Ivaldi

L'extrême-droite a bien compris que les jeunes générations - celles qui ont grandi avec les réseaux sociaux - sont attachées à une forme de liberté d'expression et de liberté individuelle qui dépasse le consensus qui existait dans les années 1960, 1970, et qui reposait sur l'idée d'une société hautement hiérarchisée, et où l'on acceptait bien plus facilement la norme qu'aujourd'hui. Jean-Yves Camus

17 min

Seconde partie - le focus du jour

Roumanie : un nouveau parti d’extrême-droite surfe sur la pandémie

Le nouveau parti AUR (Alliance Roumanie unie, mais qui signifie aussi littéralement “or”) avait à peine obtenu 1% des voix aux élections municipales en septembre 2020, mais atteint 9% aux législatives trois mois plus tard, et fait ainsi son entrée au Parlement. Ce parti d’extrême droite, xénophobe, qui milite pour le rattachement de la Moldavie à la Roumanie et a été créé en 2019, connaît une ascension fulgurante en quelques mois - notamment par son habileté à surfer sur la pandémie et sa gestion par le gouvernement roumain, mais aussi en prenant la défense de la majorité orthodoxe du pays, que les restrictions sanitaires auraient attaqué dans leur foi.

Avec Silvia Marton, maître de conférences à la Faculté de sciences politiques de l'Université de Bucarest et membre correspondant du Centre Norbert Elias de l’EHESS.

Le discours nationaliste et xénophobe du parti AUR aurait pu se développer sans les restrictions sanitaires, mais la pandémie a permis au parti d'exploser, en termes électoraux. Néanmoins, le public d'AUR était déjà présent depuis des années. Silvia Marton

George Simion, le leader et député du parti d'extrême-droite AUR, participe à un rassemblement contre le ministère de la santé roumain, dans le centre de Bucarest, le 30 janvier 2021.
George Simion, le leader et député du parti d'extrême-droite AUR, participe à un rassemblement contre le ministère de la santé roumain, dans le centre de Bucarest, le 30 janvier 2021.
© AFP - Daniel MIHAILESCU

Une émission préparée par Bertille Bourdon.

Références sonores 

  • Ambiance d’émeutes aux Pays-Bas, le 21 janvier 2021, à Eindhoven (Le Figaro, 24 janvier 2021)  
  • Deux témoignages de manifestantes aux Pays-Bas lors de manifestations, le 25 janvier 2021 (France 24, 25 janvier 2021)
  • Manifestante belge lors d’une manifestation interdite, à Bruxelles, le 31 janvier 2021  
  • Manifestant autrichien lors d’une manifestation à Vienne à l’appel de l’extrême droite le 31 janvier 2021 (Euronews / 01 février 2021)  
  • Diana Iovanovici-Șoșoacă, sénatrice du parti roumain AUR et élue en 2020, s’élève contre les restrictions de circulation lors du pèlerinage de Sainte Parachiva

Références musicales 

  • « Burnt » par Kiasmos (Label : Erased Tapes)

L'équipe

Florian Delorme
Florian Delorme
Florian Delorme
Production
Antoine Dhulster
Production déléguée
Benjamin Hû
Réalisation
Nicolas Szende
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Collaboration
Vincent Abouchar
Réalisation