Le fondateur de la banque alimentaire de la communauté Newham trie des sacs d'aliments à donner à des foyers qui pâtissent de l'inflation, Londres, 16/02/21
Le fondateur de la banque alimentaire de la communauté Newham trie des sacs d'aliments à donner à des foyers qui pâtissent de l'inflation, Londres, 16/02/21 ©AFP - Tolga Akmen
Le fondateur de la banque alimentaire de la communauté Newham trie des sacs d'aliments à donner à des foyers qui pâtissent de l'inflation, Londres, 16/02/21 ©AFP - Tolga Akmen
Le fondateur de la banque alimentaire de la communauté Newham trie des sacs d'aliments à donner à des foyers qui pâtissent de l'inflation, Londres, 16/02/21 ©AFP - Tolga Akmen
Publicité

Le gouvernement britannique a présenté jeudi 17 novembre les grandes lignes de son plan pour lutter contre l'inflation. Si les plus vulnérables seront aidés, des hausses d'impôts et des réductions de dépenses sont à prévoir. Des décisions "difficiles à prendre" selon Rishi Sunak.

Avec
  • Catherine Mathieu économiste à l’OFCE, spécialiste du Royaume-Uni
  • Clémence Fourton Maîtresse de conférences en études anglophones à Sciences-Po Lille
  • Jean Faniel directeur du CRISP, centre de recherche et d’informations socio-politiques à Bruxelles.

"Il y a trois ans, dans ce magasin Auchan, est apparu un rayon "self-discount" - traduisez "produits pour pauvres" - avec des emballages tristes, comme autrefois dans les pays de l'Est. Au début, ces rayons étaient au milieu du magasin, tout le monde pouvait les traverser. Maintenant, ils sont relégués au fond, à côté des rayons pour les chats et les chiens. Il y a aussi maintenant des rayons de produits frais "à date courte", moins chers que les autres. Vous avez deux ou trois jours pour manger beurre et yaourts. Bref, on vous propose de les manger périmés.", Annie Ernaux.

Sept millions de Britanniques sautent au moins un repas par jour faute de moyens suffisants ces derniers temps. Il y a désormais au Royaume-Uni plus de banques alimentaires que de franchises McDonald's. On ne parle pas encore de cette faim interminable qui donnait à George Orwell l’impression de "sortir d’une grippe carabinée, de s’être mué en méduse flasque" comme il le racontait dans son livre Dans la dèche de Paris à Londres. Mais les associations d’aide aux plus démunis disent voir tous les jours des visages jusque-là jamais croisés. Face à la hausse généralisée des prix et une inflation de 11% , le ministre des Finances Jeremy Hunt a annoncé jeudi 17 novembre un budget d’austérité qui représente l’équivalent de 63 milliards d’euros de coupes dans la dépense publique ainsi que des hausses d’impôts. Ont été décidées entre autres de nouvelles taxes sur les revenus exceptionnels des géants du pétrole et du gaz, dopés par la flambée des prix de l’énergie.

Publicité

Face à l’urgence sociale mais aussi face à l’instabilité politique de ces derniers mois, les conservateurs au pouvoir à Londres doivent-ils revoir certains de leurs dogmes ?

Pour répondre à ces questions, Julie Gacon reçoit Catherine Mathieu, économiste à l’OFCE, spécialiste du Royaume-Uni ainsi que Clémence Fourton, maîtresse de conférences en études anglophones à Sciences-Po Lille.

A propos du plan d'économie annoncé le 17 novembre 2022 par le gouvernement britannique, Catherine Mathieu explique qu' "il est particulier dans la mesure où il essaie d'équilibrer la réduction du déficit public et de la dette à l'horizon des cinq prochaines années en faisant 50% d'économie sur les dépenses et 50% d'économie sur les recettes. C'est nouveau pour un gouvernement conservateur. Depuis 2010, les plans conservateurs étaient axés principalement sur la baisse des dépenses publiques à hauteur de 80%",

"Deux services publics sont relativement épargnés par les coupes budgétaires qui ont été annoncées la semaine dernière. C'est d'abord le service de santé, le National Health Service, et celui de l'éducation.", ajoute Clémence Fourton.

Pour aller plus loin :

Seconde partie : le focus du jour

Belgique : la coalition De Croo sur le fil, entre syndicats et patronat

Un homme brandit une pancarte indiquant "peuple précaire en colère" lors d'une marche nationale contre l'inflation, Bruxelles, 21/09/22
Un homme brandit une pancarte indiquant "peuple précaire en colère" lors d'une marche nationale contre l'inflation, Bruxelles, 21/09/22
© AFP - Kenzo Tribouillard

Le 9 novembre dernier, un très large mouvement social bloquait le pays, des bus aux avions, en passant par les écoles. Les syndicats et les populations souhaitaient alerter le gouvernement sur l’énorme inflation que connaît le pays : presque 13% [12,8 précisément] en octobre. Si les travailleurs belges ont la particularité presque unique en Europe de voir leur salaire indexé sur l’inflation, l’augmentation des prix dans les magasins et des factures énergétiques sont difficilement supportables pour nombre de ménages. Mais le mouvement ne prend pas vie uniquement pour préparer un hiver difficile : depuis près d’un an, syndicats et patronat sont en confrontation à propos d’une loi de 1996 qui limite la possibilité de négocier des augmentations de salaires. Au milieu, la coalition du libéral Alexander de Croo, qui réunit sept partis différents n’arbitre pas, et est largement critiquée pour son manque de réaction face aux difficultés de la population.

Avec Jean Faniel, directeur du CRISP, centre de recherche et d’information socio-politique, à Bruxelles.

"Le système d'indexation des salaires en place en Belgique depuis 1919 a souvent été remis en cause notamment par une série d'économistes qui accuse l'indexation d'alimenter l'inflation. L'augmentation des salaires joueraient selon eux sur la hausse des prix via l'indexation. Pour l'instant ce n'est pas vraiment ce que l'on voit : on note l'augmentation considérable des prix de l'énergie (plus de 120% pour le gaz sur une année) par exemple ou encore des prix des aliments, comme retombées de la guerre en Ukraine, mais ce ne sont pas les hausses de salaires par le biais de l'indexation des salaires qui attisent la spirale inflationniste", observe Jean Faniel.

Références sonores

  • De plus en plus d'extrême pauvreté en France, selon un constat alarmant du Secours catholique ( France Culture - 17/11/22)
  • Déclaration de Jérémie Hunt ( UK Parliament - 17/10/22)
  • Royaume-Uni : le mouvement Don't Pay UK s'amplifie ( Arte - 2022)
  • Royaume-Uni : les banques alimentaires prises d'assaut ( France TV Londres - 05/10/22)
  • Manifestation nationale pour le pouvoir d'achat ( RTBF - 20/06/22)

Références musicales

  • "Sunshine recorder" de Boards of Canada
  • "Mother" de Idles

Une émission préparée par Bertille Bourdon.

L'équipe