Royaumes du progressisme : arrêter de croire au Père Noël : épisode 1/4 du podcast Pays nordiques : boussoles du monde ?

Le drapeau national suédois flotte au dessus de ferries le 3 décembre 2020 à Stockholm, pendant la seconde vague de la pandémie de COVID-19
Le drapeau national suédois flotte au dessus de ferries le 3 décembre 2020 à Stockholm, pendant la seconde vague de la pandémie de COVID-19 ©AFP - JONATHAN NACKSTRAND
Le drapeau national suédois flotte au dessus de ferries le 3 décembre 2020 à Stockholm, pendant la seconde vague de la pandémie de COVID-19 ©AFP - JONATHAN NACKSTRAND
Le drapeau national suédois flotte au dessus de ferries le 3 décembre 2020 à Stockholm, pendant la seconde vague de la pandémie de COVID-19 ©AFP - JONATHAN NACKSTRAND
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Au delà de la gestion de la covid-19, la Suède, la Norvège et Danemark ont longtemps fait figure d’exception dans le paysage politique européen. Mais qu’en est-il vraiment ? Comment ce modèle de société a-t-il évolué depuis sa création ?

Avec
  • Barbara Kunz Politologue, chercheuse au Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa), à l'Ifri
  • Yohann Aucante Politiste, maître de conférences à l’EHESS et chercheur au CESPRA, spécialiste de la Scandinavie
  • Cyril Coulet chercheur spécialiste des pays nordiques.

Au mois d’avril, alors que l’Europe est confinée et voit son économie s’effondrer, la Suède va à contre-courant : sa population est aux terrasses des cafés, se promène dans les rues et fait son shopping en présentiel. Anders Tegnell, l’épidémiologiste aux commandes de la politique sanitaire, met en avant cette stratégie, comme compromis entre l’état de droit et législatif suédois et une certaine culture de la responsabilité qui serait propre à ses concitoyens. 

Pourtant, face à la deuxième vague, et au nombre de décès très important dans le pays (fin novembre, on en comptait jusqu’à 6555 pour 10,3 millions d’habitants, un record dans la région) le premier ministre Stefan Lofven a récemment demandé aux Suédois plus de vigilance. La pandémie a révélé aux Suédois la faiblesse de certains pans de leur système social - notamment dans les maisons de retraite, où l’on a compté plus de la moitié des décès. On accuse le gouvernement suédois d’avoir laissé mourir les personnes âgées, d’avoir opéré une sélection entre les patients pour ne pas saturer les services de réanimation. Un constat qui vient quelque peu écorner l’image de la Suède comme “garant moral” de l’Europe, ou comme promoteur d’un idéal progressiste.

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Car au-delà de la gestion du virus, la Suède et les deux autres royaumes scandinaves - Norvège et Danemark- ont longtemps fait figure d’exception dans le paysage politique européen, leur modèle de social-démocratie, alliant compromis, progrès social et idéal de société, apparaissant comme une alternative, voire, un but à atteindre.

Mais qu’en est-il vraiment ? Comment ce modèle de société a-t-il évolué depuis sa création, notamment sous les effets du libéralisme économique ? Qui en sont les perdants ? La récente montée de l’extrême-droite marque-t-elle la fin du progressisme, alors même qu’elle prétend défendre le modèle ?

Une discussion en compagnie de Yohann Aucante, politiste et maître de conférences à l’EHESS, spécialiste de la Scandinavie, et de Cyril Coulet, spécialiste des pays nordiques, et anciennement chercheur à l’Institut suédois de relations internationales (Utrikespolitiska Institutet).

Seconde partie - le focus du jour

Suède : entre promotion de la paix et remilitarisation

A la fin de la guerre froide, la Suède entame une progressive démilitarisation de son territoire, y consacrant à peine 1% de son PIB, et mettant fin au service militaire en 2010. Mais l'adieu aux armes est de courte durée : face à l'attitude l'attitude de la Russie depuis une dizaine d'années, la Suède se rend compte que pour tenir son statut de pays « neutre », et ne pas compter sur l'OTAN, elle doit être capable de résister : de 2014 à 2025, une augmentation de 85% du budget militaire est prévue.

Avec Barbara Kunz, politologue, chercheuse au Comité d’études des relations franco-allemandes (Cerfa) à l'IFRI. 

Des membres d'un corps d'armée suédois arrivent pour une cérémonie de bienvenue, avant l'arrivée du pape François le 31 octobre 2016 à Malmö, en Suède.
Des membres d'un corps d'armée suédois arrivent pour une cérémonie de bienvenue, avant l'arrivée du pape François le 31 octobre 2016 à Malmö, en Suède.
© AFP - JONATHAN NACKSTRAND

Références  sonores 

- Ida, une habitante de Stockholm, exprimait sa confiance dans le gouvernement suédois en avril dernier (France 24, 02 avril 2020) 

-  L’oncle de Juliana Jihem est mort du Covid. Sa nièce considère que rien n’a été fait pour le sauver (France 24, 16 septembre 2020) 

-  Extrait de l’interview du roi de Suède Carl XVI Gustaf dans laquelle il avoue l’échec de son pays à surmonter la crise du COVID-19  (The Guardian, 17 décembre 2002) 

- En déplacement au Danemark en août 2018, Emmanuel Macron opposait le modèle danois au « gaulois réfractaire » (BFM, 29 août 2018) 

-  Une habitante d’un « ghetto » dans le quartier Mølnerparken de Copenhague (RTBF, 05 novembre 2019) 

-  Un commandant du régiment blindé de Gotland expliquait en avril 2019 l’amplification de la présence militaire à Gotland au micro de l’AFP (AFP, 21 avril 2019) 

-  Témoignage d’Egil Falke, habitant de Gotland, rassuré de la présence accrue des militaires sur son île (Euronews, 29 mai 2017) 

Références musicales

-   « Es schneit » de Pantha du Prince (Label : Rough Trade)

-   « To fjernsyn » du groupe norvégien Ljodahatt (Label :Musikkopertorene) 

Une émission préparée par Bertille Bourdon. 

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