Drapeau français flottant au-dessus du logo de la Force Takuba le 7 décembre 2021 à la base de Menaka dans le Sahel.
Drapeau français flottant au-dessus du logo de la Force Takuba le 7 décembre 2021 à la base de Menaka dans le Sahel.
Drapeau français flottant au-dessus du logo de la Force Takuba le 7 décembre 2021 à la base de Menaka dans le Sahel. ©AFP - Thomas COEX
Drapeau français flottant au-dessus du logo de la Force Takuba le 7 décembre 2021 à la base de Menaka dans le Sahel. ©AFP - Thomas COEX
Drapeau français flottant au-dessus du logo de la Force Takuba le 7 décembre 2021 à la base de Menaka dans le Sahel. ©AFP - Thomas COEX
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Résumé

Dans le Sahel, la montée du sentiment anti-français et le changement de stratégie militaire engendrent un redéploiement des troupes françaises, qui doivent désormais composer avec la présence de forces concurrentes et l'hostilité des opinions publiques.

avec :

Niagalé Bagayoko (Docteure en science politique, diplômée de l'Institut d'Études Politiques (IEP) de Paris et spécialiste des politiques internationales de sécurité et de la réforme des systèmes de sécurité en Afrique de l’Ouest), Alain Antil (Directeur du centre Afrique subsaharienne à l'IFRI, enseignant à l'Institut d'Etudes Politiques de Lille et à Paris I Sorbonne), Christian Bouquet (Professeur émérite de géographie politique à l’université de Bordeaux-Montaigne, chercheur au Laboratoire Les Afriques dans le monde (LAM) à Sciences Po Bordeaux).

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Le 14 décembre dernier, les troupes françaises quittaient la base de Tombouctou après en avoir fait de même à Kidal et Tessalit. Simple « transformation » pour l’Elysée, « retrait » voire « abandon » pour les partisans du maintien de la France dans le nord du Mali, ce redéploiement des troupes répond à une triple nécessité. Celle, militaire, de s’extraire d’un bourbier qui a coûté la vie à 52 soldats français depuis le lancement de Barkhane il y a huit ans. Celle, plus stratégique, de concentrer les efforts au sud pour endiguer la contagion djihadiste qui se propage dans les pays du golfe de Guinée. Et enfin, celle, plus politique, de rendre l’armée française moins visible sur le terrain et d’éviter ainsi d’attiser un sentiment anti-français de plus en plus vivace au sein des populations locales.

Fin novembre, un convoi logistique de l’armée française a en effet été bloqué par des opposants à Barkhane successivement à Kaya, au Burkina-Faso, puis à Téra, au Niger, où deux manifestants ont trouvé la mort. Comment la France tente-t-elle de s’adapter à l’exaspération grandissante des opinions publiques ? Au-delà du repositionnement stratégique de ses troupes, comment peut-elle repenser son action militaire au Sahel à la fois pour mieux s’articuler avec les autres dispositifs sécuritaires africains et internationaux mais aussi pour affronter la concurrence d’autres acteurs comme la société russe Wagner ?

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Il faut éviter de tomber dans le piège de la communication, qui a été un très grand handicap. On présente Takuba comme un dispositif de forces spéciales : il faut préciser que oui, ce sont des unités issues des forces spéciales des différents pays européens, mais les missions de ces forces ne sont pas spéciales. On ne fait pas de contre-terrorisme. Niagale Bagayoko

Il est fort probable que la mission principale de Wagner soit de sécuriser les autorités maliennes, qui craignent un coup d’Etat contre elles-mêmes car l’armée est très divisée au Mali. Et il faut comprendre que le danger se rapproche de Bamako. Alain Antil

Florian Delorme reçoit Niagalé Bagayoko, docteure en science politique, diplômée de l'Institut d'Études Politiques (IEP) de Paris et spécialiste des politiques internationales de sécurité et de la réforme des systèmes de sécurité en Afrique de l’Ouest et Alain Antil, directeur du centre Afrique subsaharienne à l'IFRI, enseignant à l'Institut d'Etudes Politiques de Lille et à Paris I Sorbonne.

Seconde partie : le focus du jour 

La francophobie, vieille ficelle des régimes ouest-africains

Laurent Gbagbo alors Président de la Côte d’Ivoire à l’hôpital d’Abidjan le 29 décembre 2004, saluant un homme blessé lors des émeutes anti-françaises.
Laurent Gbagbo alors Président de la Côte d’Ivoire à l’hôpital d’Abidjan le 29 décembre 2004, saluant un homme blessé lors des émeutes anti-françaises.
© AFP - KAMBOU SIA

Si le redéploiement français au Sahel s’inscrit dans une logique d’optimisation des efforts militaires et financiers consentis par Paris depuis le lancement de l’opération Barkhane en 2014, il répond aussi à un autre enjeu, plus politique celui-ci : endiguer la montée d’un sentiment anti-français dans la région, nourri par une rancœur face au passé colonial et à l’interventionnisme français en Afrique. 

Un sentiment exploité à dessein par la junte malienne. Mais Assimi Goïta et ses proches ne sont pas les premiers dirigeants ouest-africains à prospérer sur ce contexte. A partir de 2002, alors que son régime vacillait face aux partisans de Guillaume Soro et que le pays était en proie à une violente guerre civile, le président ivoirien Laurent Gbagbo avait évité d’être renversé grâce à l’intervention de la France et de l’ONU. Intervention qui ne l’avait pourtant pas empêché d’accuser Paris de faire le jeu des rebelles et d’attiser la francophobie de la population pour mieux asseoir son pouvoir. 

Pourquoi Laurent Gbagbo et ses alliés avaient-ils cultivé le sentiment anti-français de leurs partisans ? Comment Paris avait-elle réagi militairement et politiquement face à l’hostilité affichée par une partie de la population ivoirienne et les agressions qui s’en sont suivies ? Et dans quelle mesure ce passé proche éclaire-t-il l’émergence d’un rejet de la France dans plusieurs pays d’Afrique de l’ouest aujourd’hui ?

Laurent Gbagbo était un leader nationaliste qui a montré de suite son désaccord avec la mission de la force Licorne. Il avait activé les accords de défense, mais il pensait que Licorne allait l’aider à écraser la rébellion en affirmant que cette rébellion était une attaque terroriste venue de l’étranger. Mais la lecture de la France n’était pas tout à fait la même. Christian Bouquet

Avec Christian Bouquet, spécialiste de géographie politique et chercheur au LAM. 

Références sonores

  • Extrait du discours d’Emmanuel Macron au cours duquel il annonce la fin de l’opération Barkhane (BFM, 10 juin 2021)
  • Déclarations du capitaine Florian et du colonel Etienne du Peyroux, respectivement commandant de la base de Tombouctou et chef de l’opération Barkhane au Mali lors de la cérémonie de cession du camp de Tombouctou par l’armée française à l’armée malienne en décembre dernier (AFP, 15 décembre 2021)
  • Le chef Alexis, officier du génie de l’armée française sur la base de Gao explique la stratégie de concentration des moyens militaires vers le sud du pays (TV5 Monde, 17 novembre 2021)
  • Témoignages de deux habitants du nord du Bénin qui confient leur peur de vivre dans cette région suite aux attaques de djihadistes en décembre dernier (TV5 Monde, 30 décembre 2021)
  • Samuel Ebri, habitant de Kaya au Burkina Faso qui participe au blocage d’un convoi de l’armée française (Le Monde, 07 décembre 2021
  • Extrait de l'interview de Jean-Yves Le Drian qui considère que des manipulateurs sont à l’origine des manifestations anti-françaises au Sahel (RTL, 21 novembre 2021
  • Témoignage du frère d’une des victimes de la répression de la manifestation qui s’est tenue à Tera, au Niger, accusant l’armée française d’avoir tiré sur la foule (TV5 Monde, 28 novembre 2021
  • Selon le colonel Pascal Ianni, porte-parole du Chef d’Etat-major des armées françaises, les militaires français ne sont pas à l’origine des tirs à Tera dans l’ouest du Niger fin novembre dernier (TV5 Monde, 29 novembre 2021

Références musicales

  • « Assakou N'Tenere » d’Amanar De Kidal (Label : Sahel Sound)
  • « Es schneit » de Pantha du Prince (label : Rough Trade)
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Production déléguée
Vincent Abouchar
Réalisation