Le restaurant « Riviera » du légendaire Orient express à Paris le 15 septembre 2018, lors du Jour de l'Héritage Européen.
Le restaurant « Riviera » du légendaire Orient express à Paris le 15 septembre 2018, lors du Jour de l'Héritage Européen.
Le restaurant « Riviera » du légendaire Orient express à Paris le 15 septembre 2018, lors du Jour de l'Héritage Européen. ©AFP - FRANCOIS GUILLOT
Le restaurant « Riviera » du légendaire Orient express à Paris le 15 septembre 2018, lors du Jour de l'Héritage Européen. ©AFP - FRANCOIS GUILLOT
Le restaurant « Riviera » du légendaire Orient express à Paris le 15 septembre 2018, lors du Jour de l'Héritage Européen. ©AFP - FRANCOIS GUILLOT
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Résumé

Suites royales, cuisiniers étoilés, pianistes virtuoses ... depuis leur création fin XIXème, les trains de prestige rivalisent de sophistication pour séduire une clientèle aisée. De l'Orient-Express au Train Bleu sud-africain, ce tourisme de niche allie luxe, lenteur et nostalgie.

avec :

Clive Lamming (Historien des chemins de fer).

En savoir plus

Suites royales, cuisiniers étoilés ou pianistes virtuoses, depuis leur création à la fin XIXème, les trains de prestige rivalisent de sophistication pour séduire une clientèle d’élite. 

En 1934, Le Crime de l’Orient Express d’Agatha Christie transforme ce train en objet culturel et le fait entrer en petit format dans tous les foyers. Arthur Mettetal

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Si lors de la Belle époque le ferroviaire de luxe accueillait plutôt des hommes d’affaires et des diplomates, désormais, cette clientèle professionnelle a laissé place aux touristes très aisés, prêts à débourser plusieurs milliers d’euros pour s’offrir un voyage d’exception : un marché de niche, qui attise néanmoins les convoitises de nombreux acteurs économiques.

La dénomination « Orient Express » est depuis plusieurs années un véritable outil marketing au service du développement d’une activité économique. Arthur Mettetal

Accor pour l’hôtellerie, LVMH pour le luxe ou encore le Puy-du-Fou pour le tourisme, tous ont récemment annoncé des investissements d’ampleur, destinés à relancer un secteur un temps resté en sommeil.

Pourquoi les poids lourds du tourisme et du loisir investissent-ils dans ce marché de niche ? Comment utilisent-ils - voire réinterprètent-ils - la riche histoire des trains de luxe à des fins commerciales ? Comment ont-ils fait de la lenteur et de la nostalgie des arguments marketing au service de l’industrie du luxe ? Et quelles perspectives d’avenir semblent se dessiner pour les trains d’exception?

James Sherwood, [qui a lancé la ligne Venise-Simplon-Orient-Express en 1982], s’est rendu compte que le train ne fonctionnait plus uniquement comme un moyen de transport, mais comme une expérience en tant que telle. Arthur Mettetal

Florian Delorme reçoit Arthur Mettetal, historien à l’EHESS et commissaire d’exposition, directeur du patrimoine à l’Orient-Express. 

Seconde partie : les focus du jour

L’Orient-Express, témoin de l’histoire européenne

Wagon restaurant lors de l’inauguration de l’Orient Express à Paris en 1946. Le premier itinéraire reliait Strasbourg, Vienne, Budapest et Bucarest.
Wagon restaurant lors de l’inauguration de l’Orient Express à Paris en 1946. Le premier itinéraire reliait Strasbourg, Vienne, Budapest et Bucarest.
© AFP

S’il fait aujourd’hui l’objet d’une bataille de réappropriation commerciale entre grandes entreprises, l’Orient-Express n’a pas été épargné par les guerres, militaires celles-ci, qui ont ensanglanté l’Europe du XXème siècle. Projet international et même intercontinental par excellence, le Paris-Istanbul a non seulement brassé les élites de la fin du XIXème et de la première moitié du XXème siècle mais aussi dû louvoyer entre tensions dans les Balkans, rejet de l’Allemagne et avènement du communisme. Au point d’être aujourd’hui devenu une sorte de miroir ferroviaire de l’histoire politique et géopolitique européenne. Comment le tracé de l’Orient-Express a-t-il évolué au gré des contextes diplomatiques sur le Vieux Continent ? Dans quelle mesure a-t-il participé au rayonnement ou au déclin des puissances européennes ? Et, plus largement, comment s’est-il inscrit dans la grande Histoire ?  

A cause de la Première Guerre mondiale, les Allemands ne veulent plus de ce train qu’ils appellent « Der Zug der Sieger » (Train des Vainqueurs) : l’Orient Express abandonne son itinéraire classique, qui passait par l’Allemagne et la Vallée du Danube, et va passer par le Simplon, Venise et le Sud de l’Europe. Clive Lamming

Avec Clive Lamming, historien du train, consultant pour des films à gros budget et auteur de L’Orient-Express.

Afrique du Sud : le Train Bleu, vestige d’un réseau ferroviaire blanc

Passagers du Train Bleu roulant vers Cape Town, le 25 février 2021. Ce luxueux train traverse l’Afrique du Sud sur 1400 km, devant champs et bidonvilles.
Passagers du Train Bleu roulant vers Cape Town, le 25 février 2021. Ce luxueux train traverse l’Afrique du Sud sur 1400 km, devant champs et bidonvilles.
© AFP - MARCO LONGARI

Immobilisé par la pandémie de Covid-19, le Train Bleu a repris ses voyages entre le Cap et Pretoria. Depuis près de 100 ans, cette ligne mythique offre une traversée de l’Afrique du Sud agrémentée de grands crus, de suites luxueuses et du service discret de majordomes attitrés. Après la crise sanitaire, des tarifs préférentiels ont permis à une population sud-africaine de profiter d’un service 5 étoiles habituellement réservé aux touristes aisés. Vestige d’un réseau ferroviaire au service de l’élite coloniale, sur quelles dominations est né le Train Bleu ? En quoi offre-t-il à la fois un voyage dans l’espace et dans le temps ?

A partir de la fin du XIXème siècle, on veut construire une nation à partir d’une population divisée, notamment entre les colons britanniques et les colons boers : le train va devenir un instrument de réconciliation de ces deux populations blanches. Solène Baffi

Avec Solène Baffi, docteure en Géographie de l'Université Paris 1, spécialiste des questions de transport et de mobilité dans les villes du Sud. 

  • Pour en savoir plus : Foster J. (2008), Washed with sun : landscapes and the making of white South Africa. Pittsburgh : University of Pittsburg Press, 336 p.

Références sonores

  • Simplon Orient Express, extrait d’un documentaire scénarisé de 1956 dans lequel on suit le Simplon Orient Express de son départ Gare de Lyon jusqu’à ses deux arrivées Athènes et Istanbul. Narration de Pierre Marteville (Inamediapro, RTF, 1er janvier 1956) 
  • Annonce du départ du Direct Orient en 1975 (RTBF, 12 janvier 2022) 
  • Accueil à bord du Andean Explorer par le chef de wagon. L’Andean Explorer a 24 cabines réparties dans 7 voitures, pouvant accueillir 48 passagers et une équipe de 50 personnes dont une infirmière (pour prendre soin des passagers, notamment ceux qui manquent d’oxygène à cause de l’altitude). (Youtube Carioca NoMundo, 28 avril 2018)  
  • Témoignages de passagers du Direct Express en 1975, dont la ligne fait Paris Istanbul. A part quelques immigrés, très peu de passagers font la ligne jusqu’en Turquie. Le jour du reportage le journaliste parle à 4 français en partance pour Istanbul : un curé et trois hippies. Les voix à la fin, qui se plaignent qu’il n’y a plus de wagon restaurant, de première classe... ce sont les hippies (INA, 27 avril 1957)  
  • Paul Morand sur les habitudes et l’excentricité des passagers de l’Orient Express ( Youtube Alex Décotte, 23 novembre 2020) 
  • Témoignages deux passagers du Train Bleu, Piet du Toit et Queen Setshedi, et du conducteur Hendrik Erasmus (VOA, 11 mars 2021)  
  • Ambiance du Train Bleu à l’extérieur (Youtube Gerhard Lesch, 13 octobre 2016) 

Références musicales

  • « Railway Jam » de Saint Etienne (Label : Heavenly) 
  • « Dans le train de nuit » de Petula Clark (Label : Anthology’s) 
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Tina Iung
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Production déléguée
Vincent Abouchar
Réalisation