Le président Kaïs Saïed au palais présidentiel de Carthage
Le président Kaïs Saïed au palais présidentiel de Carthage
Le président Kaïs Saïed au palais présidentiel de Carthage ©AFP - FETHI BELAID
Le président Kaïs Saïed au palais présidentiel de Carthage ©AFP - FETHI BELAID
Le président Kaïs Saïed au palais présidentiel de Carthage ©AFP - FETHI BELAID
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Résumé

Le 30 mars 2022, le président Kaïs Saïed dissout l'assemblée nationale pour "rendre le pouvoir au peuple". Cette décision témoigne d'une dérive autoritaire dont les institutions et la société civile tunisienne sont les premières victimes. Est-ce la fin de l'exception démocratique tunisienne ?

avec :

Khadija Mohsen-Finan (Enseignante à Paris I, spécialiste du Maghreb et des questions méditerranéennes, membre fondateur d’Orient XXI), Sophie Bessis (Historienne, spécialiste de l'Afrique subsaharienne et du Maghreb).

En savoir plus

En octobre 2019, le candidat Kaïs Saïed se présentait à l’élection présidentielle avec un programme clair : en finir avec la corruption des élites et refonder le contrat social tunisien autour d’une démocratie plus directe. Une rhétorique qui lui a permis de remporter une large victoire, mais aussi de justifier une série de réformes qui sont autant d’atteintes à l’état de droit. De la suspension du travail parlementaire en juillet 2021 à la dissolution pure et simple de l’Assemblée le 30 mars 2022, sous prétexte de rendre le pouvoir au peuple ; Kaïs Saïed a progressivement mis au pas les institutions et la société civile tunisiennes. Juges muselés, associations contrôlées, droits fondamentaux bafoués, à chaque nouvelle mesure, l’ancien constitutionnaliste justifie ses mesures par des interprétations juridiques parfois très discutables. Obnubilé par le droit, il prévoit la tenue d’un référendum le 25 juillet 2022 au terme duquel il espère pouvoir réécrire la Constitution à sa guise.

Comment l’autoproclamé “candidat du peuple” a-t-il construit son ascension politique ? Quels freins et quelles oppositions le chef de l’Etat rencontre-t-il dans sa quête d’un pouvoir de plus en plus absolu ? Est-il de taille à faire face à la grave crise économique et sociale que traverse actuellement la Tunisie ? Et enfin, onze ans après la révolution qui a précipité la chute de Ben Ali, la dérive autoritaire de Kaïs Saïed signe-t-elle la fin de l’espoir démocratique tunisien ? 

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Florian Delorme reçoit Khadija Mohsen-Finan, enseignante à Paris I, spécialiste du Maghreb et des questions méditerranéennes, et Sophie Bessis, historienne, politiste, spécialiste du Maghreb et la Tunisie. 

"Aujourd’hui la Tunisie vit sans constitution et sans lois fondamentales au gré de décrets promulgués par un dirigeant qui est à la fois président, premier ministre, chef du parquet… Kais Saied est la constitution, et c’est ce qui est très dangereux" explique Sophie Bessis.

"Malgré la dérive autoritaire, Kais Saïed reste très populaire en Tunisie car il incarne ce qu’il reste de la révolution : une tentative d’inverser la pyramide des pouvoirs, de mettre en cause les corrompus et par extension les élites dont il est le seul à avoir la définition" analyse Khadija Mohsen-Finan.

Seconde partie : le focus du jour

Ramadan : les mouvements des non-jeûneurs face au durcissement du pouvoir tunisien

Un tunisien boit de de l'eau lors d'une manifestation de tunisiens réclamant le droit de manger et boire publiquement pendant le Ramadan
Un tunisien boit de de l'eau lors d'une manifestation de tunisiens réclamant le droit de manger et boire publiquement pendant le Ramadan
© AFP - FETHI BELAID

En Tunisie, le ramadan non plus n’est pas épargné par la dérive autoritaire du président Kaïs Saïed. Selon la presse tunisienne, le pouvoir tunisien aurait promis plus de fermeté contre les « fattara », ceux qui refusent de jeûner. Pourtant, depuis la révolution de 2011, la liberté de conscience est garantie par la Constitution, et plusieurs mouvements de citoyens n’hésitent plus à revendiquer le droit de manger en public pendant le ramadan. Mais rompre publiquement le jeûne reste un tabou dans une société encore fortement imprégnée par une religion que les différents dirigeants tunisiens n’ont jamais cessé d’instrumentaliser pour asseoir leur pouvoir.

Avec Stéphane Papi, Chercheur associé à l’IREMA (Institut de recherche et d’études sur le monde arabe et musulman), chargé de cours à l’IEP d’Aix en Provence et à l’université de Nice Cote d’Azur. 

"S’il a toujours existé des Tunisiens refusant d'observer le jeûne pendant le ramadan en privé, depuis la révolution un mouvement, minoritaire, a émergé pour revendiquer le droit de ne pas observer le jeûne en public" explique Stéphane Papi

Références sonores

  • Kaïs Saïed  Le Président de la Tunisie annonce la dissolution de l’assemblée(France 24, 31 mars) 
  • Rachid Ghannouchi , le président de l’Assemblée des représentants du peuple critique le “coup d’Etat” opéré par Kaïs Saïed  (France 24 , 1er avril 2022)
  • Une manifestante descendue dans la rue pour s’opposer à la dérive autoritaire du régime de Kaïs Saïed fait part de son inquiétude quant à l’affaiblissement des contre-pouvoirs  (France 24, sept 2021)
  • Une manifestante qualifie la campagne de consultation d’opération de manipulation (Euronews, 20 Mars 2022) 
  • Le Président déclare “la guerre” aux spéculateurs sur les denrées alimentaires (Euronews, 9 Mars 2022) 
  • Le gérant d’un café se plaint de la fermeture de son établissement pendant le ramadan par les autorités et manifeste pour le droit à jeuner (France 24 , mai 2018)

Références musicales

  • Artefakt and claudio prc (label:Sonic rite/Delsin Records)   
  • Jawhar - Malguit Jahwar 
Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Benjamin Hû
Réalisation
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Bertille Bourdon
Collaboration
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Margaux Leridon
Production déléguée
Vincent Abouchar
Réalisation