Des adolescents ukrainiens creusent des tranchées pour les soldats, près de Marioupol, en février 2022
Des adolescents ukrainiens creusent des tranchées pour les soldats, près de Marioupol, en février 2022 ©AFP - ALEKSEY FILIPPOV /
Des adolescents ukrainiens creusent des tranchées pour les soldats, près de Marioupol, en février 2022 ©AFP - ALEKSEY FILIPPOV /
Des adolescents ukrainiens creusent des tranchées pour les soldats, près de Marioupol, en février 2022 ©AFP - ALEKSEY FILIPPOV /
Publicité

Initialement pensée comme une “guerre éclair”, l'offensive russe en Ukraine s'enlise, faisant entrer le conflit dans une nouvelle phase : la guerre d'usure.

Avec
  • Michel Goya Ancien colonel des Troupes de marine, auteur du blog "La voix de l'épée"
  • Ioulia Shukan spécialiste de l'Ukraine, maîtresse de conférences en études slaves à l'Université Paris Nanterre et chercheuse à l’Institut des Sciences sociales du Politique.
  • Aude Merlin professeur de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles.

Alors que l’Ukraine vient d’entrer dans son sixième mois de combats pour repousser l’invasion lancée le 24 février dernier par Vladimir Poutine, l’été semble avoir acté une transformation profonde du conflit. Alors qu’il était programmé au Kremlin pour n’être qu’une « guerre éclair » - Kiev devant tomber en quelques jours selon l’armée russe -, il est en train de devenir une véritable « guerre d’usure ». D'ailleurs, le président russe l'a bien compris puisque, la semaine dernière, il a signé un décret ordonnant de nouveaux recrutements dans l’armée s'élevant à environ 137.000 militaires supplémentaires, soit plus d’un dixième des effectifs actuels. Alors qu'au mois de juillet, les prises territoriales des Russes ont été minimes, l'armée ukrainienne aussi tente de se renforcer pour prendre l'ascendant.

De surcroit, l’occupation de la centrale de Zaporijia au sud du pays ainsi que les frappes dont elle fait l'objet continue de faire peser le risque d'un accident nucléaire et marque durablement les populations. Elle constitue aussi, peut-être, pour Vladimir Poutine, un moyen de faire plier l’ennemi et d’éviter, précisément, que la guerre ne s’éternise.

Publicité

Comment la guerre est-elle en train de changer de nature ? Comment s'y adapte-t-on de part et d'autre ? Quelle issue possible pour « une opération spéciale » prévue initialement pour ne durer que quelques jours ou quelques semaines devenue une « guerre d’usure » ?

Pour répondre à ces questions, Florian Delorme reçoit Michel Goya, ancien colonel des Troupes de marine, auteur du blog "La voix de l'épée", Ioulia Shukan, spécialiste de l'Ukraine, maîtresse de conférences en études slaves à l'Université Paris Nanterre et chercheuse à l’Institut des Sciences sociales du Politique.

« Les Ukrainiens se sont placés dans la perspective d’une guerre longue, d’une guerre d’usure, d’une guerre qui va durer, d’une guerre à laquelle il faut s’adapter. » commence Ioulia Shukan.

« En ce qui concerne l'aide militaire occidentale, on est à la fin d’une première phase. Dans l’urgence, on a fait avec ce qu’on avait en stock. L’étape suivante consiste à alimenter dans la durée, et cela suppose des changements beaucoup plus profonds, notamment dans l’outil industriel, de passer de l’artisanat au retour à une production de masse. » explique Michel Goya.

Seconde partie : Le focus du jour

Les témoignages de soldats peuvent-ils faire basculer l'opinion russe ?

Un manifestant portant le slogan "non à la guerre" sur son masque lors d'une manifestation à Saint Pétesbourg contre l'invasion russe en Ukraine.
Un manifestant portant le slogan "non à la guerre" sur son masque lors d'une manifestation à Saint Pétesbourg contre l'invasion russe en Ukraine.
© AFP - Sergei Mikhailichenko

Le 1er août, Pavel Filatiev, un soldat russe engagé en Ukraine, a partagé sur Vkontakt, le réseau social russe, un récit long de cent-quarante pages témoignant du quotidien des militaires et critiquant le bien-fondé de l’invasion russe. Le 24 février, il est déjà dans l’armée lorsque les troupes russes entrent en Ukraine, et il se fait une promesse : « Mon Dieu, si je survis, je ferai tout pour changer ça. » Une critique de l’armée qui l’a contraint à s’exiler, mais qui pourrait être une manière de déjouer la propagande du Kremlin.

Avec Aude Merlin, professeure de sciences politiques à l'Université libre de Bruxelles, spécialiste de la Russie et du Caucase.

"Il est difficile d’imaginer que les témoignages pourraient faire basculer massivement l’opinion.", analyse Aude Merlin.

Pour aller plus loin :

Vous pouvez consulter deux articles d'Aude Merlin : un premier dans la revue "Alternatives Humanitaires" au sujet de la société civile russe à l'épreuve de l'invasion de l'Ukraine et un second intitulé Guerre en Ukraine : voix de Russie, paru dans le cinquième numéro de "La Revue nouvelle" cette année.

A partir du 1er septembre 2022 vous pourrez retrouver dans vos librairies et en kiosque l'entretien exclusif de Ioulia Shukan à propos de l'engagement des civils ukrainiens face à la guerre dans le livre Ukraine, 1ère guerre mondialisée, un nouveau numéro des 1ndispensables réalisés par le journal "le 1 hebdo".

Références sonores

  • L’Ukraine fait un défilé de tanks russes à la veille de sa fête d’indépendance : Itw résidents de Kiev. (Le Parisien - Youtube - 24/08/2022)
  • 24 août, jour de commémoration de l’indépendance ukrainienne, et sixième mois depuis le début de l’invasion russe : déclaration de Volodymyr Zelensky (BFM -24/08/2022)
  • V. Zelensky : La Crimée est ukrainienne - (France 24 - 10/08/2022)
  • Itw d’un réfugié russe en France qui avait dénoncé les torture dans les prisons russes sur Gulagu.net, chaîne youtube

Références musicales

  • "Blind" de Christian Löffler (Label : Ki Records)
  • "Alambari" du groupe ukrainien Dakha Brakha (Autoproduit)

L'équipe

Florian Delorme
Florian Delorme
Florian Delorme
Production
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Léa Capuano
Production déléguée
Bertille Bourdon
Collaboration
Barthélémy Gaillard
Collaboration
Vivian Lecuivre
Réalisation