Les Shtisel : une famille à Jérusalem
Les Shtisel : une famille à Jérusalem - Pretty Pictures
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Betipul, Shtisel, Fauda... Israël n’en finit plus de nous divertir, grâce à ses productions originales que l’industrie locale exporte malgré le manque de moyens. Comment expliquer le succès de cette industrie dans ce pays de neuf millions d’habitants ?

Avec
  • François Dubuisson professeur de droit international à l'Université Libre de Bruxelles
  • Jérôme Bourdon historien et sociologue des médias, enseignant à l’université de Tel Aviv
  • Ayelet Lilti enseignante à Science Po pour le cours :"Israeli Politics through Cinema"

On ne présente plus Be Tipul, la série israélienne qui a donné lieu à vingt adaptations à travers le monde. De la Slovénie à l’Argentine, en passant par le Japon, les séances de thérapie ont rencontré un franc succès, comme en atteste la version française En Thérapie diffusée sur Arte l’année dernière. Il en va de même pour Fauda, et son commando d’agents du Mossad sous couverture infiltrés en territoires palestiniens. Moins connues mais tout aussi passionnantes sont Hatufim, Euphoria, Our Boys ou encore On the spectrum. Autant de séries qui n’en finissent pas de nous divertir et qui s’exportent bien. Ces séries nous offrent aussi un miroir dans lequel scruter une société complexe et fracturée, où le spectre de la guerre permanente est devenu un mode de vie.

Comment expliquer le succès de cette industrie dans ce petit pays de 9 millions d’habitants ? Jusqu’où va le réalisme dans ces séries qui sont en premier lieu des objets de divertissement ? D’ailleurs, est-ce uniquement du divertissement ? Comment y sont représentés les conflits internes à la société israélienne ? Et le conflit israélo-palestinien ?

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L’avantage d’Israël repose sur sa médiatisation à l’international à travers le conflit israélo-palestinien. Il s’agit du pays qui a été le plus couvert dans l’actualité mondiale, le public y est donc déjà sensibilisé. Une série sur les ultra-orthodoxes, sur les Juifs, sur les conflits avec les Palestiniens, c’est parlant. Le terrain est favorable à la réception, ou bien à l’adoption des formats. Jérôme Bourdon

Israël est ouvert au marché, grâce à des sociétés de production comme HBO. Cela signifie qu’il y a une volonté de présenter une solution plus humaniste, ou considérée humaniste, pour réduire les écarts avec le public et toucher la vérité. Il ne s’agit pas seulement du narratif juif israélien, mais aussi palestinien, arabe et chrétien. Le combat sur les narratifs semble faire partie d’une forme de diplomatie publique, plus ou moins consciente, et d’une idéologie des créateurs pour faire avancer l’image d’Israël auprès des publics mondiaux, sans être forcément au service de la propagande. Ayelet Lilti

Retrouvez Ayelet Lilti pour la conférence en ligne : La société israélienne à travers les séries télévisées, lundi 3 mai à 19h. 

Seconde partie - le focus du jour

Les séries israéliennes, un miroir menteur pour les Palestiniens 

Début mars 2018, l'association « Boycott, Désinvestissement, Sanction » appelle au boycott de la série Fauda, qui représente les palestiniens comme une menace. La guerre se déroule donc également par le biais culturel. Mais, au-delà de Fauda, certaines séries israéliennes parviennent à faire fi du conflit dans leurs créations. Or, la guerre entre Israël et la Palestine reste omniprésente dans le cinéma palestinien.

Que signifie le boycott de Fauda ? Comment la scène cinématographie palestinienne évolue-t-elle ? Que penser de l’omniprésence du conflit dans le domaine artistique ? 

Le cinéma palestinien ne prend pas la forme de grands films d’action mais se focalise sur le quotidien des Palestiniens, dans les affres du conflit. Notamment en 1987 avec « Noce en Galilée » de Michel Khleifi. Il y a une volonté de produire un récit qui va à l’encontre du conflit israélo-palestinien dominant pour montrer les Palestiniens dans leur vie de tous les jours. François Dubuisson

Lior Raz et Avi Issacharoff créateurs de la série Fauda, lors de la célébration du 70e anniversaire d'Israël à Los Angeles, le dimanche 10 juin 2018.
Lior Raz et Avi Issacharoff créateurs de la série Fauda, lors de la célébration du 70e anniversaire d'Israël à Los Angeles, le dimanche 10 juin 2018.
© AFP - Vivien Killilea / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / Getty Images via AFP

Une émission préparée par Lucas Lazo et Albane Barrau.

Références sonores

  • Extrait de la bande-annonce des Shtisel saison 1 sortie en 2015
  • Hagai Levi au micro de Sonia Devillers dans lequel il analyse l’écriture des séries israéliennes en vue de leur exportation (France Inter, 21 avril 2015)
  • Extrait de l’épisode 04 de la saison 2 de Be Tipul dans lequel un couple se pose la question d’avoir un enfant
  • Extrait de la bande-annonce de la première saison d’ « Our Boys »
  • En janvier 2020, Benyamin Netanyahu critiquait la série « Our boys » (Europe 1, 30 janvier 2020)
  • En mars 2017 lors d’une conférence de l’AIPAC, Avi Issacharoff répondait en ces termes à la question de savoir ce que pensent les palestiniens de Fauda (AIPAC, 27 mars 2017)
  • Extrait de la bande-annonce de Fauda

Références musicales 

  • « Dream Searcher » d’Avi Belleli, compositeur et interprète de la bande-son de la série « Sthisel »
  • « Lean holjim pitom » d’Avi Belleli, chanson titre de la série « Shtisel »