Vox et le franquisme : la tentation du révisionnisme : épisode 3/4 du podcast Partis d’extrême droite : une certaine idée de l’Histoire

Le leader du Parti d'extrême-droite espagnol Vox, Santiago Abascal, lors d'une manifestation nationale appelée par Vox contre l'augmentation des prix, à Madrid, le 19/03/22
Le leader du Parti d'extrême-droite espagnol Vox, Santiago Abascal, lors d'une manifestation nationale appelée par Vox contre l'augmentation des prix, à Madrid, le 19/03/22 ©AFP - Javier Sorano
Le leader du Parti d'extrême-droite espagnol Vox, Santiago Abascal, lors d'une manifestation nationale appelée par Vox contre l'augmentation des prix, à Madrid, le 19/03/22 ©AFP - Javier Sorano
Le leader du Parti d'extrême-droite espagnol Vox, Santiago Abascal, lors d'une manifestation nationale appelée par Vox contre l'augmentation des prix, à Madrid, le 19/03/22 ©AFP - Javier Sorano
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Vox, premier mouvement d'extrême-droite à émerger en Espagne après la fin du franquisme, fut créé il y a 10 ans. Ses dirigeants se distinguent par un rapport assez décomplexé à l'histoire de la dictature. Ils font régulièrement des sorties révisionnistes qui minimisent les crimes de cette période.

Avec
  • Sophie Baby Maîtresse de conférence en histoire contemporaine à l'université de Bourgogne, spécialiste des enjeux de mémoire en Espagne, de l’espace ibéro-américain aux XXème et XXIème siècles et des violences politiques dans nos sociétés contemporaines.
  • Nicolas Sesma Historien, maitre de conférences en civilisation espagnole à l’université Grenoble Alpes et membre scientifique de la Casa de Velázquez
  • Cécile Gonçalves Historienne du XXème siècle portugais

Cette année, en 2023, cela fera dix ans en Espagne qu’est né Vox. Santiago Abascal est le chef de ce parti d’extrême-droite resté longtemps insignifiant dans le paysage électoral jusqu’en 2019, année d’élections générales où Vox a remporté plus de 10% des voix. Puis, il a accédé l’année dernière à la vice-présidence de la région Castille-et-Leon, dans le centre de l’Espagne.

Nationaliste, eurosceptique et anti-immigration, Vox a toutes les caractéristiques des nouveaux partis populistes apparus en Europe ces dix dernières années. Il entretient aussi un rapport ambigu à la période de la dictature de Francisco Franco et à la guerre civile, de 1936 à 1939, qui fit 540 000 morts. Alors que les socialistes sont très actifs sur les questions de mémoire depuis leur retour au pouvoir en 2018, les dirigeants de Vox se font régulièrement remarquer par leurs déclarations qui minimisent les crimes du franquisme.

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Pourquoi Vox, qui rejette par ailleurs l’étiquette de franquiste, entretient cette ambiguïté sur la mémoire de cette époque ?

Pour répondre à cette question et à bien d'autres, Julie Gacon reçoit Sophie Baby, historienne, maîtresse de conférence en histoire contemporaine à l'université de Bourgogne et spécialiste des enjeux de mémoire en Espagne ainsi que Nicolas Sesma, historien et maître de conférence en civilisation espagnole à l’université Grenoble Alpes et membre scientifique de la Casa de Velázquez.

"Vox ne se dit ni franquiste ni antifranquiste. Le Parti ne se revendique pas, ni ne défend le franquisme explicitement mais il ne le condamne pas pour autant", explique Sophie Baby.

"La stratégie électorale de Vox n'est pas de se revendiquer électoralement et ouvertement du franquisme, ce qui lui porterait préjudice. Le Parti agit plutôt par l'intermédiaire de petits messages, de symboles, qu'un public ciblé, nostalgique de la dictature reconnaît très bien", complète Nicolas Sesma.

Pour aller plus loin :

Seconde partie : le focus du jour

Le Parti d’extrême-droite portugais Chega : la nostalgie d’un “Etat fort”

André Ventura, le leader du Parti d'extrême-droite portugais Chega, lors du 3ème Congrès du Parti, à Coimbra, Portugal, le 30/05/21
André Ventura, le leader du Parti d'extrême-droite portugais Chega, lors du 3ème Congrès du Parti, à Coimbra, Portugal, le 30/05/21
© AFP - Pedro Rocha

"Dieu, patrie, autorité, famille, travail", tel était le slogan cher à Salazar repris à son compte par André Ventura, le leader du Parti d’extrême-droite portugais Chega, lors d’un Congrès du Parti le 29 novembre 2021. Il s’était déroulé en amont des élections présidentielles du mois de janvier 2021 où Ventura remporta 11,93% des voix. Admiratif de Salazar et prônant « l’exceptionnalisme portugais », le leader du Parti ne peut pour autant louer la mémoire de la dictature et de l’ « Etat novo », trop controversées au Portugal. Comment Chega instrumentalise-t-il la mémoire de la révolution des Œillets, qui a mis fin à la dictature, pour mobiliser une partie de l’électorat ?

Avec Cécile Gonçalves, historienne du XXème siècle portugais.

"Chega critique la démocratie telle qu'elle s'est développée après la révolution des Œillets. Celle-ci aurait selon lui abandonné les idéaux de justice sociale en ouvrant la voie à un régime économique dévastateur. Le Portugal serait réduit à n'être qu'une nation dépendante d'un système européen qui lui a volé sa souveraineté" note Cécile Gonçalves.

Une émission préparée par Mélanie Chalandon et Julie Ducos.

Références sonores et musicales

  • En Espagne, le parti d'extrême-droite Vox multiplie les polémiques ( France 3 PACA - 15/04/20)
  • Echange entre Santiago Abascal et Pedro Sanchez ( El Huff Post - 09/09/20)
  • Javier Ortega Smith sur les "13 roses" ( El Pais - 04/10/19)
  • Exhumation de Franco : le gouvernement espagnol tenu par sa promesse ( France 24 - 11/10/19)
  • Andrés Ventura, leader de Chega, adapte le slogan de Salazar lors d'un Congrès du Parti ( Sic Noticias - 29/11/21)
  • "Chromakey dreamcoat" de Boards of Canada
  • " Mi querida Espana" de Cecilia (1975)

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