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Burundi : trois mois après la réélection contestée de Pierre Nkunrunziza à la présidence du Burundi, le pays s’enlise dans la violence… et un passé fait de tensions et de tueries interethniques ressurgit.

Bujumbura, Burundi, pendant les élections en juillet 2015
Bujumbura, Burundi, pendant les élections en juillet 2015
© Reuters - Mike Hutchings

Dans un pays qui a connu trois épidodes de violences à ressorts ethniques :

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Le génocide de 1972 : plus de 300 000 morts.

Le massacre Ntega Marangana de 1988 20 000 morts au bas mot.

La guerre civile de 93 (à 2006) près de 300 000 morts.

: Il y a des mots qui ravivent des traumatismes.

Pour rappel, tout commence en avril 2015, lorsque le président Pierre Nkurunziza, en place depuis 2005 annonce vouloir briguer un troisième mandat.

Depuis 2005 il dirige le pays avec son parti, à majorité hutue le CNDD-FDD (Conseil national pour la défense de la démocratie-Forces de défense de la démocratie), en coalition avec le PALIPEHUTU-FNL (Parti pour la libération du peuple hutu-Forces de libération nationale)…

Son projet de 3e mandat est validé par la cour constitutionnelle alors que la Constitution issue des accords d’Arusha prévoit un maximum de deux mandats, L'opposition appelle alors à des manifestations "pacifiques" afin de contrer ce qu'elle qualifie de "coup d'Etat", mais la situation dégénère, faisant plusieurs morts et se clôturant par un putsch de l'armée burundaise, hostile au président, le 13 mai dernier. Mais au retour de Pierre Nkurunziza le général frondeur est destitué…

Et Les manifestations sont réprimées dans le sang.

En juillet dernier, l'élection présidentielle a lieu malgré les tensions, et Nkurunziza est proclamé vainqueur avec plus de 69% des voix.

Depuis les violences ne désemplissent pas et le pouvoir se crispe :

Près de 300 personnes tuées, près de 200 000 déplacés, et l’usage répété de la torture pour ceux emprisonnés… A Bujumbura, la capitale, on voit désormais des cadavres jonchés les trottoirs, des journalistes et des personnalités politiques sont assassinés et des descentes de police dans des quartiers dit insurgés viennent tuer à domicile… La semaine dernière c'était le fils de l’opposant exilé Pierre Claver qui était abattu pour dit-on punir son père...

Les images aussi de ce cameraman burundais tué par la police chez lui avec sa femme et ses deux enfants ont été largement relayés sur les réseaux sociaux, ou encore celles du correspondant de RFI Esdras Ndikumana qui a été passé à tabac et contraint à quitter le pays… et il n’est pas le seul : tous les médias internationaux ont été poussés vers la sortie.

Répression féroce oblige la plupart des opposants et représentants de la société civile opposés au 3e mandat ont été contraints à l’exil.

Escalade encore : La semaine dernière Nkurunziza fixait un ultimatum de 5 jours aux insurgés : tout détenteur illégal d’armes à feu devait les déposer au plus tard le 7 novembre au risque de peines de prisons très lourdes…

Mais parce que ce discours cible des quartiers en particulier et précisément des quartiers à majorité tutsie, la peur que ne ressurgisse les fantômes du passé est grande…

Car il n’est pas le seul à avoir tenu des propos incendiaires : Le président du Sénat Révérien Ndikuriyo lors d’une réunion avec les responsables administratifs de la capitale a explicitement proféré des menaces d’extermination, en utilisant notamment le terme « kora » « travailler », en Kirundi, la langue nationale du Burundi, un mot qui évoque les injonctions de la radio des Mille collines lors du génocide au Rwanda en 1994… où travailler signifiait « exterminer ».

Faut-il craindre de nouvelles violences inter ethniques au Burundi comme l'alertait **David Gakunzi ** dans une interview donnée à Liberation la semaine dernière ? "C'est un génocide qui se prépare" déclarait-il alors ...

Ou ne s'agit-il là que d'une tentative d'instrumentalisation de l'argument ethnique par le pouvoir ?

Un pouvoir qui n'en serait pas moins pyromane de se risquer à manipuler un tel passé...

Comment comprendre une telle irresponsabilité ?

Une émission préparée par Clémence Allezard

Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Tiphaine de Rocquigny
Collaboration
Peire Legras
Réalisation
Clémence Allezard
Collaboration
Xavier Martinet
Xavier Martinet
Xavier Martinet
Production déléguée