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Cette semaine dans Culturesmonde, variations autour de la « réparation », obtenir réparation… face à la toute-puissance de certaines multinationales réparations une fois la guerre finie, ou encore la réparation par l’intermédiaire de juridictions traditionnelles, comme les gacaca au Rwanda… Mais ce matin : alors qu’en disant, il y a deux semaines en Haiti, vouloir « s’acquitter de sa dette » à l’égard des haitiens, François Hollande a relancé un débat aussi sensible que complexe : celui des réparations liées à la traite négrière. Comment réparer "l'irréparable"?

Alors que François Hollande parlait de s'acquitter d'une dette morale envers Haïti, des manifestants en appellent à des réparati
Alors que François Hollande parlait de s'acquitter d'une dette morale envers Haïti, des manifestants en appellent à des réparati
© Reuters - Alain Jocard

Cette semaine dans Culturesmonde, variations autour de la « réparation », obtenir réparation. Face à la toute-puissance de certaines multinationales demain, réparations une fois la guerre finie, ou encore la réparation par l’intermédiaire de juridictions traditionnelles, comme les gacaca au Rwanda. Mais ce matin : en disant, il y a deux semaines en Haiti, vouloir « s’acquitter de sa dette » à l’égard des Haïtiens, François Hollande a relancé un débat aussi sensible que complexe : celui des réparations de la traite négrière. Une question qu’il déjà abordé, il y deux ans. Mais différence notable : dans le discours de François Hollande de mai 2013, le chef de l’état souligne « l’impossible réparation » et affirme que le seul choix possible est celui de la mémoire. Tandis que dans le discours prononcé en Guadeloupe il y a quelques jours, le président laissait entendre qu’il s’acquitterait de sa dette lorsqu’il irait en Haïti. Une dette « morale » bien sûr s’est-on empressé de souligné dans son entourage !

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Etonnant « lapsus » qui révèle peut-être toute l’ambigüité de François Hollande qui a fait, dès son arrivée au pouvoir, de cette journée du 10 mai, journée commémorative de l’abolition de l’esclavage, une date symbolique, incontournable, un véritable rendez-vous avec l’Histoire.

François Hollande a emprunté l’expression d’Aimé Césaire, en qualifiant «d’irréparable les crimes de l’esclavage ». Aimé Césaire qui, dans Nègre je suis, nègre je resterai, écrivait, je cite :

Ne nous présentons pas comme une bande de mendiants qui viennent demander réparation . […] Je pense que les Européens ont des devoirs envers nous, comme à l’égard de tous les malheureux, mais plus encore à notre égard pour des maux dont ils sont la cause. C’est cela que j’appelle réparation, même si le terme est plus ou moins heureux.

Nous pourrions également citer Frantz Fanon qui, dans sa conclusion de Peaux noires, masques blancs , écrit :

Vais-je demander à l’homme blanc d’aujourd’hui d’être responsable des négriers du XVIIe siècle? Vais-je essayer par tous les moyens de faire naître la culpabilité dans les âmes? La douleur morale devant la densité du passé? Je suis nègre et des tonnes de chaînes, des orages de coups, des fleuves de crachats ruissellent sur mes épaules. *Mais je n’ai pas le droit de me laisser ancrer […] Je n’ai pas le droit de me laisser engluer par les déterminations du passé. *

Les plus illustres penseurs de la question noire (Fanon, Césaire pour ne citer qu'eux), poètes, intellectuels, pourfendeurs du colonialisme, et bien sûr de la traite négrière n’ont pas laissé de réponse claire, univoque, à cette interrogation cruciale : peut-on réparer l’esclavage ?

Peut-on réparer les *injustices du passé * ? Comment « compenser » les préjudices, les torts commis, les « retards de développement » pour les pays dépecés de leur ressources vives, indemniser les descendants sans culpabiliser ceux qui ne peuvent endosser les responsabilités de leurs ainés ?

Répare-t-on seulement à coup de commémorations, de discours, et de musées mémoriaux – comme celui fraichement inauguré par le président Hollande à Pointe-à-Pitre ? Faudrait-il aller plus loin que la loi Taubira du 10 mai 2001 reconnaissant la traite et l’esclavage ? Ou faut-il, au contraire, tourner cette page sombre de l’histoire et travailler à combattre efficacement les inégalités persistantes sans en passer par un procès du passé ?

Pour évoquer ces questions :

Nous entendrons Lord Ekomy N’dong , rappeur, fondateur du groupe de hip-hop gabonais Movaizhaleine.

Puis nous nous dirigerons vers les Etats-Unis avec Moubala Soumahoro ... où la question des réparations fait consensus parmi la communauté afro-africaine, mais où les fameux « 40 acres et une mule » maintes fois évoqués aux anciens esclaves n’ont jamais été donnés…

Enfin, nous irons du côté du pays qui fut le dernier à avoir aboli la traite transatlantique – en 1888 : le Brésil, là où la démocratie raciale tient plus du mythe que de la réalité…. Même si des efforts sont faits, notamment avec ces quotas raciaux à l’université destinés à « compenser » l’injustice de l’histoire pour les afro-descendants… nous en parlerons avec Francine Saillant

Et pour commencer : Frédéric Regent , maître de conférences en Histoire moderne à l’Université de Paris, spécialiste de l’histoire de l’esclavage.

►►►Vous pouvez entendre, rééentendre, écouter et réécouter à loisir Lord Ekomy N'Dong ici:
Lord Ekomy N’dong , rappeur, et fondateur du groupe de hip hop gabonais « Movaiz Haleine ».

Il vient de **Libreville ** « capitale de l’esclave libéré » et il habite à Nantes , ancienne capitale française de la traite négrière… Chaque année, autour du 10 mai – mais pas que -, il participe à "la marche des esclaves", aux manifestations visant à rappeler, qu’*il y a deux siècles à peine « les noirs étaient encore enchainés dans des cales * » .

On l’a vu aux côté de Rosa Amelia Plumelle , vice-présidente du mouvement international pour les réparations, aux côtés de Louis-Georges Tin , président du CRAN… mais lui aussi s’interroge sur les formes que ces réparations devraient prendre et surtout à qui elles devraient être destinées…. On reconnaitra d’ailleurs** le militant panafricain** , qu’il est, quand il utilise le mythe osirien pour évoquer une Afrique démembrée par les empires coloniaux … et dont il faudrait recoller les morceaux.

On l’écoute au micro de Clémence Allezard.

Interview de Lord Ekomy N'Dong par Clémence Allezard

4 min

Et écouter sa musique, ici par exemple.

Cette semaine sur vos ondes de 11h à 11h50:

►►►Le Temps des réparations

lundi: Esclavage: réparer l'Histoire

mardi: Walmart, Soma, Technicolor : quand les citoyens poursuivent l’entreprise

mercredi: Japon, Corée, Allemagne : Après la guerre

jeudi: Des tribunaux gacaca aux conseils de village : une justice parallèle

Une émission préparée par Clémence Allezard

Pour une nécessaire mise en perspective de l'histoire de l'esclavage, nous recommandons vivement les quatres volets de la semaine "Esclavage" de la Fabrique de l'Histoire mijotée par Emmanuel Laurentin et toute son équipe puisque Séverine Liatard et Séverine Cassar se sont rendues à Pointe-à-Pitre lors de l'inauguration du Mémoriale ACTe par François Hollande.

►►►"Esclavage" par la Fabrique de l'histoire, premier volet à réécouter ici.

Références

L'équipe

Florian Delorme
Production
Tiphaine de Rocquigny
Collaboration
Peire Legras
Réalisation
Clémence Allezard
Collaboration
Xavier Martinet
Xavier Martinet
Xavier Martinet
Production déléguée