Un criminel sur le point d'être exécuté en France en 1920
Un criminel sur le point d'être exécuté en France en 1920 ©Getty - FPG/Hulton Archive
Un criminel sur le point d'être exécuté en France en 1920 ©Getty - FPG/Hulton Archive
Un criminel sur le point d'être exécuté en France en 1920 ©Getty - FPG/Hulton Archive
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Que révèle la peine de mort? Tentative de réponse avec le philosophe Benoît Basse. L'auteur analyse les discours les plus emblématiques des philosophes modernes à propos de la peine de mort et de son abolition.

Le 9 octobre 1981, Robert Badinter parvenait à abolir la peine de mort. A ce moment-là, il y a 35 ans, les Etats abolitionnistes constituaient une minorité, et si aujourd'hui, la tendance s'est inversée : il reste encore une soixantaine de pays qui appliquent cette peine, des sondages récents révèlent que 52% des français y seraient encore favorables, et le cas très récent de la Turquie montre comment la peine de mort peut encore être plébiscitée... Qu'a-t-il donc bien pu se passer en 35 ans ? Comment comprendre un tel écart entre la loi et les mœurs ? Comment accepter que la loi ne parvienne pas à modifier les mentalités et à établir des frontières infranchissables ?

Mais de la même manière, on pourrait très bien retourner la question et se demander de quel droit le droit, justement, aurait-il le pouvoir de transformer nos manières de penser, de juger, d'agir... jusqu'où, en fait, le droit pourrait-il fonder ou récuser ce que l'on pense, ce que l'on croit, ce en quoi l'on est convaincu, et même intimement convaincu ? Jusqu’où pourrait-il nous dire ce que l'on peut justifier par soi-même, par ses propres mots et ses propres arguments, et même ses propres affections ?

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Car même plus qu'une question de croyance ou de conviction, la peine de mort a le pouvoir de s'appuyer sur les arguments du cœur : dans son essai qu'il consacre à la peine de mort, Benoît Basse relève ainsi tout l'étayage théorique des ressentiments les plus enracinés, même chez les philosophes.

Des justifications de la peine de mort selon John Locke à l'abolitionniste Beccaria, voilà donc ce que révèle la peine de mort : le pouvoir rationnel et logique du sentiment, sa capacité à rendre légitime ou illégitime une telle peine. D’où la question : et si finalement, ce n'était donc pas nos sentiments et nos mœurs qui dictaient la loi ?

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