Extrait du film "les ailes du désir"
Extrait du film "les ailes du désir" ©Sipa - NANA PRODUCTIONS
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Pour s'abandonner, faut-il nécessairement mourir?

« Les ailes du désir », le film de Wim Wenders sorti à la fin des années 80, raconte l'histoire d'un ange qui choisit de s'incarner dans une ville qui a connu les horreurs du nazisme, afin d'éprouver la beauté de la vie terrestre et de l'union avec une femme. Il choisit, autrement dit, d'abandonner sa condition d'immortel et son idéal ascétique : il choisit de s'abandonner.

Dans son éloge de l'abandon, le philosophe Vincenzo Sorrentino ouvre justement son livre avec cet exemple. Excellent exemple qui nous oblige à déplier ce problème de l'abandon. Et avec cette question d'abord : pour s'abandonner, faut-il nécessairement mourir, comme cet ange qui choisit de devenir mortel ? L'abandon implique-t-il, du moins, de se laisser aller ? De tout laisser aller ? De renoncer à toute forme de volonté, de maîtrise, de prise sur les choses, le corps et les événements de la vie ? Il y a en fait quelque chose de complètement paradoxal à choisir de s'abandonner : car comment, par un acte de la volonté, peut-on décider d'y renoncer ?

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Pour Vincenzo Sorrentino, tout réside précisément dans cette définition de l'abandon, et l'abandon, pour lui, est bien différent de l'oubli, de la désolation qu'Hannah Arendt décrivait comme la perte de tout repère, ou encore bien différent de l'absence de sens. Alors au final qu'est-ce qu'on abandonne dans l'abandon ?

La grande idée de cet essai est de faire une distinction entre le sens de la vie et la signification que l'on assigne à un projet de vie : imaginez que vous marchez dans le noir : vous vous abandonnez à la situation, vous avancez sans connaissance, vous avancez vers un point indéfini, mais vous avancez vers un point malgré tout, grâce à vos sens, par vous-même. Là est l'abandon : là où le chemin compte plus que le but, là où le sens compte plus que la signification et persiste par lui-même.

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