Kamel Daoud, en 2015
Kamel Daoud, en 2015 ©Maxppp - Thierry Bordas
Kamel Daoud, en 2015 ©Maxppp - Thierry Bordas
Kamel Daoud, en 2015 ©Maxppp - Thierry Bordas
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Retour sur la fabrique intellectuelle, médiatique et politique d’une controverse si française, ses mots, ses acteurs, le malaise qu’elle traduit ou la vivacité des débats qu’elle suscite.

Avec
  • Ghaleb Bencheikh islamologue, président de la Fondation de l'islam de France et producteur de l’émission "Questions d'islam", le dimanche de 7h05 à 8h sur France Culture
  • Aude Lancelin journaliste, fondatrice de "QG le média"
  • Raphaël Liogier sociologue et philosophe, professeur des universités à Science Po Aix en Provence et enseignant à Paris au Collège international de philosophie.

Kamel Daoud est un journaliste algérien qui n’a pas sa langue dans sa poche. Il aime dire ce qu’il pense et penser ce qu’il dit, en plusieurs langues. Chroniqueur au Quotidien d’Oran, sa dernière tribune "Cologne, lieu de fantasmes" est d’abord parue en Italie dans le quotidien La Repubblica, où elle a fait assez peu de bruit, avant d’être publiée en France par Le Monde, faisant depuis couler beaucoup d’encre.

Auteur de "Meursault, contre-enquête" (Actes Sud), Daoud l’écrivain voit dans les événements de Cologne – des centaines de femmes agressées la nuit du Nouvel An – un "fascinant résumé" de nos fantasmes et de nos perceptions de l’Autre, entre rejet et angélisme. "En Occident, écrit-il, le réfugié ou l’immigré sauvera son corps mais ne va pas négocier sa culture avec autant de facilité". Et dans "sa" culture, il y a aussi selon Kamel Daoud ce "rapport malade à la femme, au corps et au désir", et "la misère sexuelle du monde arabo-musulman". "L’accueillir n’est pas le guérir", prévient-il, "cela pose le problème des valeurs à partager, à imposer, à défendre et à faire comprendre", conclut-il.

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Tribune mal digérée par un collectif d’universitaires qui lui reproche, toujours dans Le Monde, "de recycler les clichés orientalistes les plus éculés", d’alimenter "les fantasmes islamophobes" d’une partie des Européens, et, en jouant du "eux" et du "nous", de "faire croire à un choc des cultures", comme l’explique l’historienne franco-tunisienne Jocelyne Dakhlia de l’EHESS.

Malgré les soutiens affichés de nos penseurs Pascal Bruckner, Michel Onfray, Raphaël Enthoven, Manuel Valls qui se dit "indigné par les attaques et la hargne inouïe dont Kamel Daoud fait l’objet", le Premier ministre très prompt en ce moment à se poser en arbitre du débat intellectuel français, a à son tour trempé sa plume. Celui pour qui "expliquer c’est déjà vouloir un peu excuser" défend cette fois sur Facebook la liberté d’expression, fustige ceux qui "condamnent de manière péremptoire" et "refusent le débat".

Liens

Tribune de Aude Lancelin dans L'obs

Tribune de Kamel Daoud

Peut-on critiquer l’écrivain algérien Kamel Daoud ?

Musique :

Pour sa 18e édition, jusqu’au 20 mars, le Printemps des poètes avec France Culture célèbre les grands poètes du XXe siècle. Aimé Césaire, René Char, Jacques Prévert, Kateb Yacine, Paul Valery, Louis Aragon... Sur notre antenne, un week-end de poèmes lus par Jacques Bonnaffé et ce soir, dans "Dimanche et après ?", "La Noyée", interprétée et écrite en 1971 par Serge Gainsbourg, d’après "Ophélie". Il lisait Shakespeare, voulait approcher Rimbaud, il aimait le verbe et les vers… 25 ans après sa mort, la poésie de Gainsbourg n’est pas fânée.

La noyée

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