Comment reconstruit-on un Etat?

France Culture
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Avec
  • Anton de Grauwe spécialiste des programmes, Institut international de planification de l'éducation, UNESCO
  • Jean-Marc Châtaigner directeur général délégué de l'Institut de recherche pour le développement (IRD)
  • Samir Aïta économiste, rédacteur en chef et directeur général de l’édition arabe du Monde Diplomatique, président du Cercle des économistes arabes, directeur général de A Concept/Mafhoum, une société de conseil en économie et technologies de

C’est une enveloppe magique, censée régler d’un coup tous les problèmes du Mali…

Une enveloppe de 3 milliards d’euros, bientôt remise au nouveau président du pays.

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Les bailleurs de fonds l’avaient promise en échange d’un scrutin rapide, qu’ils ont obtenu

D’Ibrahim Boubacar Keïta ou de Soumaila Cissé, on saura bientôt qui en aura la charge.

A quoi doivent servir ces trois milliards d’euros ? Voyons ce que nous disent les bailleurs de fonds…

Il s’agira de : reconstruire un Etat affaibli, lutter contre la corruption, conclure la paix avec les rebelles touaregs, restaurer la légitimité d’un gouvernement qui n’en avait pas

Bref, « construire un nouveau Mali et lui donner un nouveau destin » selon les mots du candidat favori ce matin à Bamako…

C’est ce que les grandes institutions internationales, Nations unies en tête, appellent la « normalisation ».

L’ONU s’est donc piquée de politique, depuis plusieurs années déjà

Assistance électorale, désarmement, respect des droits de l’homme, réforme des structures de l’Etat

Des opérations qui n’ont plus grand-chose à voir avec le classique « maintien de la paix »

Ou alors une mission de paix de plus en plus investie d’une autorité exécutive, législative, judiciaire…

Le tout présenté comme une condition sine qua non de sécurité collective.

Depuis les années 90, et plus encore depuis le 11 septembre

Se font entendre, un peu partout, des discours en tout genre sur l’effondrement de l’Etat en divers endroits du globe et sur les risques de contagion que cela implique

Quand intervention militaire il y a, les arguments se font humanitaires, ceux de la bonne conscience

Et il n’est plus tabou de dire que l’ordre international nécessite une action, délibérée, volontaire… pour la construction d’Etats responsables...

Ce que certains ont théorisé sous le nom de « state building ».

Qui décide qu’un Etat est « fragile » et nécessite une aide de l’extérieur ?

Comment sont conduites les opérations de reconstruction, qu’elles soient matérielles ou politiques ?

Peuvent-elles ne pas devenir synonymes de domination culturelle et d’ingérence ?

Comment reconstruit-on un Etat ? C’est la question que nous posons ce soir dans Du grain à moudre

Anton de Grauwe, Jean-Marc Châtaigner et Samir Aïta
Anton de Grauwe, Jean-Marc Châtaigner et Samir Aïta
© Radio France

Voici la version longue de l'interview de Boris Petric, anthropologue spécialiste de l'Asie Centrale, chargé de recherches au CNRS, membre du LAIOS (laboratoire d'anthropologie des institutions et des organisations sociales) et professeur d'anthropologie politique à l'EHESS. Il étudie le cas de reconstruction de l'Etat et de la société kirghizes après la chute de l'URSS dans son ouvrage On a mangé nos moutons (Belin, 2013). Il explique ici comment l'observation des élections par des acteurs internationaux peut difficilement satisfaire à l'exigence de neutralité qu'elle revendique pourtant. par Giulia Lelli / montage Cécile Laffon

Version longue de l'interview de Boris Petric

11 min

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