France Culture
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Depuis le début des années 1980, la finance a été partout, sauf en Corée du Nord et à Cuba, progressivement dérégulée. Cette vague de fond est venue des Etats-Unis. Mais la France socialiste elle-même - sous la direction de Pierre Bérégovoy en particulier -, a procédé à la levée du contrôle des changes, à la suppression de l'encadrement du crédit, à la création du second marché ; leur a succédé la suppression du monopole des agents de change, lé désintermédiation, qui a privé les banques du monopole du crédit. Depuis cette époque, la finance s'est aussi mondialisée et elle est devenue un des agents de la globalisation des économies. Ce sont les excédents commerciaux asiatiques et les pétrodollars qui ont financé la vie à crédit des consommateurs et de l'Etat américain. Or, depuis qu'ont eu lieu cette libéralisation et cette mondialisation, on dirait bien que les crises financières se suivent à intervalles réguliers, chaque fois un peu plus inquiétantes et destructrices de richesses. Rien de grave, rassurent les professionnels. Juste le système qui se purge. Peut-être. Pourtant, comme les marchés sont interconnectés, et mondialisés, on risque chaque fois la fameuse crise systémique, le retour du spectre de 1929. Pour l'exorciser, les banques centrales sont appelées à la rescousse ; la FED a ainsi ouvert les vannes du crédit afin d'éviter la récession et surtout d'empêcher ce qui s'est produit en 1929 : la faillite en chaîne des banques. Mais cette surabondance de liquidités, réintroduites dans le système, pour mieux « l'huiler », semble devoir provoquer, quatre ou cinq ans plus tard, une nouvelle vague de spéculation, laquelle va elle-même provoquer la prochaine crise, etc. Bref, on a l'impression que l'air que contiennent les bulles, une fois celles-ci éclatées, s'en va gonfler chaque fois une nouvelle bulle. Ainsi, la « bulle internet », en craeant, a alimenté la bulle de l'immobilier américain. En éclatant, la bulle des subprimes, provoque actuellement une ruée sur les matières premières - partiellement responsable de l'actuelle envolée des prix du pétrole, et des produits alimentaires - qui est en train de provoquer des famines... D'où la question, posée jusques et y compris par le secrétaire d'Etat au Trésor de George W Bush, Hank Paulson : l'heure n'est-elle pas venue de réintroduire un peu de régulation dans cette machine financière, dont le moteur semble s'être emballé ? Lorsque le patron de Deutsche Bank, Josef Ackermann, en arrive à dire qu'il ne « croit plus à la capacité à l'auto-médication des marchés », c'est que quelque chose est en train de craquer. Réunis, le mois dernier, les ministres des finances du G7 ont donné un ultimatum de cent jours aux banques pour faire la lumière sur l'étendue réelle de leurs créances « pourries ». Notre ministre nationale, Christine Lagarde, a fait état d'une « volonté commune » du G7 d' « obtenir des marchés plus responsables et plus transparents », avec des produits financiers « moins illisibles ». Ses éventuelles corrections suffiront-elles à nous épargner la prochaine crise ?

L'équipe

Hervé Gardette
Hervé Gardette
Hervé Gardette
Production
Céline Leclère
Collaboration
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Mélanie Chalandon
Production déléguée
Fanny Richez
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Cyril Baert
Collaboration